Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aiguiser’

VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À DEVENIR SOURD (Leib Kvitko)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




Illustration: ArbreaPhotos … Oradour
    
À DEVENIR SOURD

À devenir sourd
J’affinai mon ouïe.
Jusqu’à être aveugle
J’aiguisai ma vue,
Avec une acuité morbide,
Évaluant tout chuchotement
Pour le livrer totalement
À mon âme endolorie,
À ma chair brûlante,
Cherchant où se cacher
Tourbillonnent en moi
Tous les bruits et toutes les ombres,
Croissent en moi, fructifient,
Enfouis profondément dans mon fiel et mon sang.
Alors qui veut, quel bruit
Quel coup,
Celui du massacre des jeunes gens
Sur les toits de chaume ?
Celui sauvagement qui hurle et qui s’échappe
Des lits comblés ?
Chaque chose à son heure :
Tout, de mes ennemis, jour et nuit
Vit en moi.

(Leib Kvitko)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DANS LA CHAMBRE (Isaïe Spiegel)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



Illustration: Ernest Pignon Ernest

    

DANS LA CHAMBRE
(extrait)

Chauve-souris — la peur sur les sombres grabats,
À leur chevet des sacs, lugubres paquetages.
Dans l’ombre du cachot, par d’étroits soupirails
Jaillissait sur les murs la peur blanche, sauvage.

Une terrible nuit de soupirs et de pleurs
S’étend nouée avec le vent sur les planètes,
Au ciel des milliers d’étoiles sont phtisiques,
Ta main tiède caresse une dernière larme.

Tu gis sur le grabat, mais tes yeux sont rivés
Aux planches du chariot de mort,
C’est le couteau de l’abattoir que le vent aiguise dehors
O qui viendra dans l’aube nous sauver?

Et des songes sereins avec les yeux mi-clos,
Les sourcils trempés dans le plomb ardent
On rêve de vergers en fleurs dans les prairies,
Des eaux qui prient chantent en passant.

Les vêtements qu’on a laissés dans les armoires,
Les voilà maintenant qui s’échappent tout seuls
Et chacun d’eux contient un visage, et l’on voit
Pendre au coeur de la chambre une lune rougeâtre.

(Isaïe Spiegel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Est-ce pour être aiguisée (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019


glace

Est-ce pour être aiguisée
Que l’eau se glace?

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , | 2 Comments »

L’absence (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
l’absence aiguise la présence
le secret n’est révélé
qu’à l’écoute de l’absence
la présence le dérobe

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Autres séjours
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

SOMMEIL BLESSE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



 

SOMMEIL BLESSE

Tu respires dans un autre monde
vivante à peine et soulevée par un nuage de poudre
tirée en arrière par des troupes de fumées
et sourde à l’eau des lèvres
aux coups de grâce
au beau rêve humide de la nuit
qui rejette dans le sommeil
les armées d’ombelles qui te lèchent les jambes
la poitrine nue où bat
l’haleine d’une longue paresse
avec des bouquets de feu dans les cheveux
dans tes mains trop grandes pour retenir la mer
que j’entends ruisseler au fond des routes
et j’aiguise le tranchant de la vie
sur ta belle peau mouillée de soupirs.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: José Vital Anselmo

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’AVANT DU COMMENCEMENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



 

Guillermo Oyaguez Montero (30)

L’AVANT DU COMMENCEMENT

Bruits confus, clarté incertaine.
Un autre jour commence.
C’est une chambre dans la pénombre
et deux corps étendus.
Dans mon front je me perds
en une plaine désertée.
Maintenant les heures aiguisent leurs couteaux.
Mais à mon côté tu respires ;
très aimée et éloignée
tu coules et ne bouges pas.
Inaccessible si je te pense,
te palpe avec les yeux,
te regarde avec les mains.
Les rêves nous séparent
et le sang nous réunit :
Nous sommes un fleuve de battements.
Sous tes paupières mûrit
la semence du soleil.
Le monde
n’est pas toujours réel,
le temps doute :
seule est certaine
la chaleur de ta peau.
Dans ta respiration j’écoute
la marée d’être,
la syllabe oubliée du Commencement.

(Octavio Paz)

Illustration: Guillermo Oyaguez Montero

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MATIN ORDINAIRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



MATIN ORDINAIRE

C’est un matin ordinaire
Tout gris de nuit
Comme une taupe secoue la terre
Sur son pelage d’argent
Cligne des yeux au sortir
D’un long souterrain noir
Se remet à vivre
Lentement
Comme à regret
Tandis qu’une boule de feu
Derrière les nuages
Prépare sa lumière crue
Sans ménagement
Aiguise mille couteaux flamboyants.

(Anne Hébert)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Présent, Passé, Avenir (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Présent, Passé, Avenir

Un instant, au passé, mon œil vague s’adresse.
Le présent le poursuit. Il ne peut se poser
Sur de vieux souvenirs. Non, il ne peut oser.
Le présent qui revient le tourmente sans cesse.

Le présent, le présent… toujours me tient en laisse.
Partout il me coudoie ! Je le vois aiguiser
Ses épines, hélas… promptes à m’inciser.
Il m’ôte tout espoir. Il me met en détresse.

Mais malgré la torture, il ne peut me ravir.
– Tout s’accomplit comme il est écrit – l’avenir!
L’avenir m’aidera sur mon chemin d’épines.

En l’avenir se glorifie l’être souffrant.
Me montrant le chemin, c’est toi qui m’illumines,
Avenir! Tous les deux, nous irons de l’avant.

(Attila Jozsef)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :