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Posts Tagged ‘aile’

AUTRE FOIS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

AUTRE FOIS

Fidélité du soir
les yeux clos qui répondent oui
lenteur et mollesse
le soir vole
et des milliers d’ailes
ou une seule plus grande
s’étendent et font un bruit
qui élargit le silence
qui éloigne la nuit
un peu plus loin
encore un peu plus loin
Ce n’est pas le repos
mais la soif des pays froids
qui ne réclame pas
Ce n’est pas l’angoisse
le soir est un bon chien qui attend
Et puis ce vide qui cherche
ce murmure qui tournoie
ce chemin qui monte et qui descend
cet homme qui souffle la lumière
ce feu qui va mourir
tout ce qui n’existe pas
et qui est là
encore une fois
puis une autre fois

(Philippe Soupault)

Illustration: Carry Akroyd

 

 

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Les pas lointains (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Les pas lointains

Mon père dort. Son auguste visage
figure un coeur serein ;
il est maintenant si doux…
s’il est en lui quelque chose d’amer, ce doit être moi.

Il y a de la solitude au foyer; on prie;
et pas de nouvelles des enfants aujourd’hui.
Mon père s’éveille, ausculte
la fuite en Égypte, l’adieu apaisant.
Il est maintenant si proche;
s’il est en lui quelque chose de lointain, ce doit être moi.

Et ma mère se promène là-bas dans les jardins,
savourant une saveur désormais sans saveur.
Elle est maintenant si suave,
si aile, si départ, si amour.

Il y a de la solitude au foyer sans tumulte,
sans nouvelles, sans vert, sans enfance.
Et s’il est quelque chose de brisé ce soir,
et qui descend et qui grince,
ce sont deux vieux chemins blancs, courbés.
Mon coeur les parcourt à pied.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Chanson (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

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Chanson

A l’heure du réveil des sèves
L’Amour, d’un geste las,
Sème les rimes et les rêves
Parmi les lis et les lilas.

La brise, soeur des hirondelles,
Déferle son essor,
Et frôle de mille coups d’ailes
Les corolles d’azur et d’or.

Amour, pour fêter ta victoire
Les cieux se sont fleuris,
Et mai t’auréole de gloire,
O roi des Roses et des Ris !

(Stuart Merrill)

Illustration: Sol Halabi

 

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Loisible à Dieu (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019


icare

 

Loisible à Dieu de nous donner des ailes,
Loisible à Dieu de nous crever les yeux…

(Maurice Fombeure)

 

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Je le sais bien (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Je le sais bien, que tu déposes
O jour, en moi cet air, cette eau,
Ce vol, ce chant, cette corolle
Qui se closent et se reposent
Et qui vont s’endormir en moi.
Mais vienne un jour, un autre jour,
Du fond de ces jours qui me restent,
Du fond de l’effort et des veilles,
De cette hâte sans répit,
De cette impatiente angoisse,
Pourquoi jaillis et d’où germés
Le vol et le chant ressuscitent.

Je suis venue au monde avec des cheveux blancs,
La souffrance, je la savais avant de naître
Et j’ai séché vos pleurs avec des doigts tremblants.
Je sais qu’ils vont s’ouvrir les liens que je me tresse !
La mort enfin sera peut-être la jeunesse ?

A moitié je surgis du tronc, la prisonnière
Dont les bras libres sont tendus vers les nuages.

Un pays sans oiseaux légers, plein d’ailes lourdes
Et noires, de corbeaux par troupes et criantes
Dans l’air et sur la terre immobile des champs
Où pesamment ils avancent, comme des poules.

Larges les feuilles, sous l’étale
Fraîcheur de l’air, et sous les ailes
Sans un battement, qui se mêlent
Au soir immobile, pétales.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Ricardo Fernandez Ortega 

 

 

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LE PRESAGE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



LE PRESAGE

Oui, je vais le revoir, je le sens, j’en suis sûre !
Mon front brûle et rougit ; un charme est dans mes pleurs ;
Je veux parler, j’écoute et j’attends … doux augure !
L’air est chargé d’espoir … il revient … je le jure …

Me voici sur la route, et j’ai fui ma fenêtre.
Trop de fleurs l’ombrageaient … Quoi ! c’est encor l’été ?
Quoi ? les champs sont en fleurs ? Le monde est habité ?
Hier, c’est donc lui seul qui manquait à mon être ?
Hier, pas un rayon n’éclairait mon ennui ;
Dieu ! … l’été, la lumière et le ciel, c’est donc lui !

Oui, ma vie ! oui, tout rit à deux âmes fidèles.
Tu viens : l’été, l’amour, le ciel, tout est à moi,
Et je sens qu’il m’éclôt des ailes
Pour m’élancer vers toi.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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SOLEIL CACHÉ (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



SOLEIL CACHÉ

L’oiseau n’est plus l’oiseau, le trait de chair
Ailé, mais un effleurement en haut du monde.
Le mont n’est plus le mont, c’est le voile d’un songe.
Les yeux fermés je tente un rêve sans contour
Où vapeur l’âme vit sans vivre dans le jour,
Et s’oublie à travers un brouillard de visages.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Odilon Redon

 

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Chaque plume sur l’autre rayonne (Bernard Manciet)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Chaque plume sur l’autre rayonne
et te diapre et t’accroît en épaules
d’une aile à l’autre échange de torches
quand te bouscule l’orage en foule

de l’envergure l’ireuse joie
par à-coups argentés tremble et s’ouvre
hausse les dieux affamés de foudre
les ralentit et leurs pas retourne

(Bernard Manciet)


Illustration

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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Regret (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Jean-Jacques Henner er

Regret

Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir :
L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l’Aurore passa triste, sans la revoir !

Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n’a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie :
Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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