Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ailleurs’

Doute (David Marino)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



Doute

Est-il vrai que le Souffle se boit sans lumière
Comme une liqueur parfumée de cendre
Qui putréfie le coeur et empoisonne l’âme ?

Faut-il alors chercher une douce clarté
Ailleurs, au delà des plaines célestes
Pour réchauffer le coeur de notre humanité ?

(David Marino)


Illustration: Odilon Redon

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Amour explique moi (Ingeborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Amour explique moi

Ton chapeau se soulève légèrement,
il plane dans le vent,
ta tête découverte a jeté un charme aux nuages,
ton cœur a à faire ailleurs,
ta bouche s’incorpore de nouvelles langues,
l’amourette couvre tout
de son frêle tremblement,
l’été caressant couvre et souffle les asters,
aveugle de flocons tu relèves le visage,
tu ris, tu pleures et succombes à toi-même,
que doit-il encore t’arriver –
Amour, explique-moi!

Le paon solennellement étonné fait la roue,
la tourterelle remonte sa collerette,
gonflée de roucoulade,
l’air se dilate,
le canard crie,
tout le pays consomme ce miel sauvage,
et même dans le parc rangé
les plates-bandes sont ourlées de pollen d’or.
Le poisson rougit, dépasse l’essaim des autres
et se jette à travers grottes sur le lit de corail.
Le scorpion craintif danse au son du sable argent.
Le scarabée sent de loin la Merveilleuse.
Si j’avais seulement un sens,
je sentirais aussi
que des ailes scintillent sous sa carapace
et prendrais le chemin du fraisier lointain!
Amour, explique-moi!

L’eau sait parler,
la vague prend la vague par la main,
le raisin gonfle dans les vignes, éclate et tombe.
L’escargot sort si innocemment de sa maison!
Une pierre sait en attendrir une autre!
Amour, explique-moi ce que je ne peux expliquer:
dois-je tout ce temps épouvantable et court
ne fréquenter que des pensées
et seule
ne rien connaître de cher,
ne rien faire de cher?
Faut-il que quelqu’un pense?
Ne manque-t-il pas à d’autres?

Tu dis:
un autre esprit compte sur lui.
Ne m’explique rien.
Je vois la salamandre passer à travers tous les feux.
Aucune averse ne la chasse,
et rien ne lui fait mal.

(Ingeborg Bachmann)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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Quel ailleurs? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019


leve-toi-c

 

N’empruntant aucun ciel
N’usant d’aucune figure
Ne jouant d’aucun nom
L’ailleurs nous provoque!

Sous les voûtes du temps
Nous nous heurtons aux signes

Nos pas se brouillent
Les mots balbutient.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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Dans une larme du temps (Rivka Basman)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
Dans une larme du temps
Comme il est dur
De sertir
Un sourire,
Une mélodie
Se couvre
De nuages
Le chemin
Du berceau.
Seul le bleu, ce bleu-là,
Galope
Sur un faon
Et veut percer de part en part
Le brouillard
Et le
Temps

Un désert verdoyant
Est-il impossible ?
Je suis un désert verdoyant,
Mon aridité fleurit,
Mes étoiles éteintes
M’illuminent par le regard,
Parmi les sables
Je vois des traces
Éparpillées –
Qui donc les découvrira ?
Permettez-moi de demander encore
Est-ce qu’un désert
Peut verdir ?

Il arrive parfois
Que même une abeille
Oublie son gîte et son travail
Et reste la dernière
Sur un arbre
À cause d’un lilas en fleur,
La grande nuit ne l’effraie pas
Qui tourbillonne avec l’ailleurs.
Alentour il n’y a personne,
Elle seulement,
Amoureuse
Jusqu’à la mort
En fleur.

(Rivka Basman)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gant rouge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Le gant rouge

Le gant rouge perdu par un enfant
et sans doute oublié,
un passant sur la place
l’a suspendu à une branche

Chaque matin, je le regarde,
le salue des yeux et du coeur.
Un instant, je m’attarde
rêvant de son éclat
dans le vert du feuillage,
rêvant de la main nue et du visage
de cet enfant, ailleurs,
dans l’inconnu du monde.

Reviendra-t-il un jour,
soudain joyeux reprendre
le gant perdu?

Il y aurait alors comme un vide,
une absence,
une flamme envolée de la muraille verte.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Un testament d’équinoxe (Edouard J. Maunick)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



Illustration: Raymond Douillet
    

Un testament d’équinoxe

… si parler le poème
est une manière de vivre /
alors / j’ai bien vécu
le temps de tous les mots
sédentaires et nomades
dont j’ai forgé le sens
jusqu’au dire infini
du pain et de la boue /
des arbres et des grands vents /
des noces à jamais vives
des îles et de l’ailleurs /
à ma passion rebelle
à tout agenouillement /
mes bruyants soliloques
au nom des petites terres
et de la mienne en propre /
j’ai joint le tressaillement
des choses de la vie /
mais aussi de la mort /
si Dieu est une question /
peu importe la réponse /
l’éternité s’épelle /
elle ne s’écrit que peu.

(Edouard J. Maunick)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Mon bien-aimé passa (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019



    
Mon bien-aimé passa voilé de rêverie,
L’âme ailleurs,
Sans me rien dire hélas ! sans me voir et j’en meurs.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pierre (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Pierre tombée du mur,
Et tenue dans ma main,
J’ai ta géométrie.

Je peux la tendre ailleurs
Et me loger dedans.

Tu me donnes aussi
Ta chaleur, ton grain,
Ton poids, ta couleur.

Je peux en habiller cette géométrie
Que je projetterais.

Mais la pulpe de ton silence,
Ton soupir avorté,

Viens voir en moi
Si tu t’y reconnais.

(Guillevic)

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N’importe ? Pensée, Alerte ! (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

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N’importe ? Pensée, Alerte !
L’écho de nos pas nous approuve ;
Marchons vers la vaste mer verte
Sur la route qui s’ouvre.

Je t’interpelle dans l’ombre,
Ou me tais pour entendre ta voix
— Le ciel s’est fait bas et sombre
Et pèse comme la voûte des bois —

Alerte, vers ailleurs ! Ma pensée ;
Vers demain et sa rive ignorée :
Une chanson de route cadencée
Vibre au loin, comme un vol essoré…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Mon village (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Mon village, c’est la Terre.
Ailleurs, seconde patrie.

(Géo Libbrecht)

 

 

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