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Poésie

Posts Tagged ‘aimant’

Un mystère plus fort (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



 

Franz von Stuck  52 [1280x768]

Un mystère plus fort
que leur malédiction innocentant leur coeur,
ils plantèrent un arbre dans le Temps,
s’endormirent au pied,
et le Temps se fit aimant.

(René Char)

Illustration: Franz von Stuck

 

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JE PLONGE EN TOI… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



JE PLONGE EN TOI…

Je plonge en toi comme un forçat
Dans les douves de sa prison :
L’eau se referme et l’enracine
De tout son ventre, mais, au bord,
Dans les fusils monte en silence
La sève noire de la mort.

Qu’importe, puisqu’il est au fond
De lui-même comme une pierre
En son ciment d’éternité,
A sa belle, à sa libre étoile,
Pour la première fois couché.

Qu’importe, puisque dans ces chambres
Où l’on se jette en haletant,
Je vis en toi le seul instant
Où les choses sont dans le monde
Ce que les font mes mains aimantes !

Dehors, la salve et la curée !
Dedans, la bête se fait homme :
Je suis nageur, je suis poumon,
Je suis la vague, je suis l’air
Qui me manquera tout à l’heure
Quand je tomberai sous les coups,
Emerveillé d’avoir vu naître
Ma propre image dans ta chair.

(Jean Rousselot)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Ce qui n’est pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


Brume et soleil voilà Paris
petit printemps comme il fait beau
Songez à tout ce qui n’est pas.

… Le ciel pourrait être invisible
il pourrait pleuvoir des crapauds
on pourrait mourir en naissant
on pourrait mourir en aimant
le soleil pourrait être noir
et les fruits gonflés de poison.

L’eau des fleuves pourrait bouillir
et le bain serait donc mortel
et les lèvres de l’amoureuse
seraient couvertes de serpents
et dans les jours du bel été
on entendrait des voix géantes
nous annoncer qu’il est trop tard.

Mais rien dans la nuit de l’esprit
ne descend jusque dans ma main
et j’aime Paris sous la brume
le petit printemps de Dimanche
le roulement des voitures
mon pas sur le macadam
mon regard dans le matin.

(Jean Tardieu)

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Ritournelle (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Philippe Loubat _n

Ritournelle

Dans la plaine blonde et sous les allées,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailées,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.

Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et près des roseaux,
Pour mieux écouter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumées,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

Et l’amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-là, l’été plus charmant :
Je serai poète, et toi poésie ;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.

(François Coppée)

Illustration: Philippe Loubat

 

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Lumière lumineuse (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Hommage aux anges
[25]

… du n’a que faire
de la lune pour luire,

car minute après minute il cliquait
(le réveil à la tête de mon lit,

avec son disque terne, lumineux)
quand la Dame a frappé ;

Je parlais, bavardais
avec des amis dans l’autre pièce,

quand nous avons vu le vestibule
s’éclairer — alors nous avons vu où était la porte,

il n’y avait pas de porte
(c’était un rêve, évidemment),

et elle se tenait là,
en fait, sur le palier de l’escalier.

[26]

L’un de nous a dit, c’est étrange,
elle est vraiment là-bas,

je me demande ce qui l’a fait venir ?
un autre d’entre nous a dit,

avons-nous un pouvoir en groupe,
nous trois ensemble,

qui agisse comme une sorte d’aimant,
qui attire le surnaturel ?

(et pourtant c’était tout à fait naturel,
nous en convenions) ;

j’ignore ce que j’ai dit
ou si j’ai dit quelque chose,

car avant d’avoir le temps de parler,
j’ai compris que j’avais rêvé,

que j’étais alors couchée sur mon lit,
que la lumière lumineuse

était le cadran phosphorescent
de mon petit réveil

et les coups légers à la porte
étaient le tictac du réveil.

[27]

Et pourtant de façon très subtile,
elle était là plus que jamais,

comme si elle s’était miraculeusement
rattachée au temps d’ici,

ce qui n’est pas une chose facile, difficile
même pour un étranger plein d’expérience,

à propos desquels n’oubliez pas
car il y en a eu qui ont logé des Anges sans le savoir.

***

… of the no need
of the moon to shine in it,

for it was ticking minute by minute
(the clock at my bed-head,

with its dim, luminous disc)
when the Lady knocked;

I was talking casually
with friends in the other room,

when we saw the outer hall
grow lighter—then we saw where the door was,

there was no door
(this was a dream of course),

and she was standing there,
actually, at the turn of the stair.

One of us said, how odd,
she is actually standing there,

I wonder what brought her?
another of us said,

have we some power between us,
we three together,

that acts as a sort of magnet,
that attracts the super-natural?

(yet it was all natural enough,
we agreed) ;

I do not know what I said
or if I said anything,

for before I had time to speak,
I realized I had been dreaming,

that I lay awake now on my bed,
that the luminous light

was the phosphorescent face
of my little clock

and the faint knocking
was the clock ticking.

And yet in some very subtle way,
she was there more than ever,

as if she had miraculously
related herself to time here,

which is no easy trick, difficult
even for the experienced stranger,

of whom we must be not forgetful
for some have entertained angels unawares.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Marc Chagall

 

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Le chat (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé pour l’avoir
Caressé une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il Dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

(Charles Baudelaire)

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Blesser un coeur aimant (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018


Blesser un coeur aimant et se trouver contraint de garder le silence:
Les tourments ne pourraient être plus acérés qu’invente Rhadamante.

***

Kränken ein liebendes Herz, und schweigen müssen: geschärfter
Können die Qualen nicht sein, die Rhadamanth sich ersinnt.

(Goethe)

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Pour lui parler (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots :
des mots simples, des mots essentiels, qui vont du cœur au cœur.
Des mots qui se glissent, petit à petit,
avec leurs consonnes, leurs voyelles, dans le corps et la pensée de Marie.

Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée,
des mots à lent parcours qui traverseront le conduit auditif,
atteindront la caisse du tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher;
des mots qui se frayeront lentement passage dans le labyrinthe de l’oreille.

Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l’espérance.
Des mots vrais même s’ils mentent.
Des mots forgés d’amour et de promesse, même s’ils simulent.
Des mots réels et fictifs.
Des mots pour vivre et pour rêver.

(Andrée Chedid)

Découvert ici: https://jasminsurterre.wordpress.com/

 

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UTOPIE (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Josephine Wall
    
UTOPIE

Il est en nous des rivages
Si chauds et bleus,
si clairs et sages
Tellement… heureux…

Il est en nous des montagnes
Si belles et pures,
Si bulles de champagne
Tellement… sûres…

Il est en nous des cieux
Si bleus, si blancs,
Si tendres et pieux,
Tellement… aimants…

Il est en nous une vie
Si belle et pure
Si dépourvue d’ennui
Tellement… parure…

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre
Pour qu’on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s’écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l’espérance,
Et qu’unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l’écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.

(Yves Bonnefoy)

 

 

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