Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘aisselles’

Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Le fleuve est désert (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Le fleuve est désert. Et tu le sais trêve
aujourd’hui des prouesses éclatantes d’hier.
J’embrasse dans tes aisselles, humides, fiers,
les parfums d’un été qui se gâte.

***

Deserto è il fîume. E tu lo sai che basta
ora con le solari prodezze di ieri.
Bacio nelle tue ascelle, umidi, fieri,
gli odori di un’estate che si guasta.

(Sandro Penna)

Illustration: Egon Schiele

 

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Finement granulée (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Finement granulée l’aréole
de chacun de ces seins participe des couleurs d’une rose ambrée
penchée sur un proche abîme.
Cette poitrine évoque caresses
tortures, de par ses pointes épuise la splendeur d’un corps entier
à visage oblong aux yeux verts
elle ne sera ni caressée
ni torturée, même approchée
le soleil éclaire d’abondance le buisson
de la figue ouverte, ceux plus pâles des aisselles.
Les fesses, duvet du sillon
reposent sur un sable éternel
infimes débris des coquilles de la mer.

(Jean Follain)

 

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Prendre corps (Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2015



Prendre corps

Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m’odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m’enjambes
tu m’insupportable
je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m’absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m’effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t’invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t’épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m’aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières

je te haleine je t’aine

je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t’ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris

je t’écris
tu me penses

(Ghérasim Luca)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

 

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