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Poésie

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Les caractères (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


 

caractèresl

Les caractères foulaient les vélins épais
qui freinaient tels des murs de prison
leur poussée vers des ciels sans encre

Coalition des a seigneuriaux
e à tout faire
w rares
qui en bagarres incertaines suscitaient
la débandade des mots

Et le cri de révolte :
« Ils sont inconscients de notre poésie
et nous ajoutent pour fabriquer la leur »

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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Un poème a perdu l’image (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration
    
Un poème a perdu l’image qui le fit naître.
La petite illumination qui accompagnait l’image
et qui l’avait peut-être créée,
resta là désabritée comme un vol sans oiseau.

La petite illumination
oublia alors le poème
et entra dans les yeux du poète
afin qu’ils voient au moins
le poème non écrit.

Et aussi pour attendre en eux
et s’ajouter à tout poème futur.

***

Un poema perdió la imagen que lo hizo nacer.
La pequeña iluminación que venía con la imagen
y que quizá la había creado,
quedó allí desguarnecida como un vuelo sin pájaro.

La pequeña iluminación
olvidó entonces al poems
y ypenetró en los ojos del poeta,
para dejar que vieran por lo mens
el poema no escrito.

Y además para aguardar en ellos
y sumarse a cualquier poema futuro.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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LES FENÊTRES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018



    

LES FENÊTRES

1
Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre,
une femme hésite…, pour être
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras tendre vase
pour nouer ses cheveux,
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat!

2
Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre ;
déjà presque bouge ton rideau beige.
Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?
Ou me défendre, fenêtre ? Qui attendrais-je ?

Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,
avec ce coeur tout plein que la perte complète ?
Avec cette route qui passe devant, et le doute
que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

3
N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort circonscris
notre vie énorme ?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

4
Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, —
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

5
Comme tu ajoutes à tout,
fenêtre, le sens de nos rites :
Quelqu’un qui ne serait que debout, .
dans ton cadre attend ou médite.

Tel distrait, tel paresseux,
c’est toi qui le mets en page :
il se ressemble un peu,
il devient son image.

Perdu dans un vague ennui,
l’enfant s’y appuie et reste;
il rêve… Ce n’est pas lui,
c’est le temps qui use sa veste.

Et les amantes, les y voit-on,
immobiles et frêles,
percées comme les papillons
pour la beauté de leurs ailes.

6
Du fond de la chambre, du lit, ce n’était que pâleur qui sépare,
la fenêtre stellaire cédant à la fenêtre avare
qui proclame le jour.
Mais la voici qui accourt, qui se penche, qui reste :
après l’abandon de la nuit, cette neuve jeunesse céleste
consent à son tour !

Rien dans le ciel matinal que la tendre amante contemple,
rien que lui-même, ce ciel, immense exemple :
profondeur et hauteur!

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Double accès séquentiel (Linda Maria Baros)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Double accès séquentiel

Au début, on cherche une paire d’yeux
et on y enfonce ses regards.
Peut-être que là-bas, dans les profondeurs,
il y a quelqu’un qui aboie,
tranche les têtes, tire les cordages.

On prend ensuite une paire de lèvres
et on dessine leur contour,
délicatement, avec le bout de la langue.

Puis, une paire de bras
qui ressemblent à quelques ailes endormies,
qui, tangentiels, par-dessus tes épaules,
sont en train de s’arquer.

Et à tout cela s’ajoutent la paire d’yeux,
la paire de lèvres, d’ailes endormies,
de cuisses, qui sont tiennes.

S’y ajoute ainsi, paire et sans paire, tout le reste,
jusqu’à ce qu’on arrive à une paire de coeurs.
qu’à ce qu’on arrive à se retrouver soi-même.

(Linda Maria Baros)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Donnez à chaque instant (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




    
Mon Dieu, source sans fond de la douceur humaine,
Je laisse en m’endormant couler mon cœur en Vous
Comme un vase tombé dans l’eau de la fontaine
Et que Vous remplissez de Vous-même sans nous.

En Vous demain matin je reviendrai le prendre
Plein de l’amour qu’il faut pour la journée. Ô Dieu,
Il n’en tient guère, hélas ! Vous avez beau répandre
Vos flots en lui, jamais il n’en garde qu’un peu.

Mais renouvelez-moi sans fin ce peu d’eau vive,
Donnez-le-moi dès l’aube, au pied du jour ardu
Et redonnez-le-moi lorsque le soir arrive,
Avant le soir, Seigneur, car je l’aurai perdu.

Ô Vous de qui le jour reçoit le jour sans trêve,
Par qui l’herbe qui pousse est poussée en la nuit,
Qui sans cesse ajoutez à l’arbre qui s’élève
L’invisible hauteur qui dans l’air le conduit,

Donnez à mon cœur faible et de pauvres limites,
Mon cœur à si grand’peine aimant et fraternel,
Dieu patient des œuvres lentes et petites,
Donnez à chaque instant mon amour éternel.
Ainsi soit-il.

(Marie Noël)

 

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Le soleil est toujours ponctuel chaque jour (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



La diligence est passée sur la route, puis s’en est allée;
Et la route n’en est pas restée plus belle,
ni même plus laide.
Il en est ainsi de l’action humaine
tout autour du monde.
Nous n’enlevons rien,
nous n’ajoutons rien;
nous passons et l’on nous oublie;
Et le soleil est toujours ponctuel chaque jour.

(Fernando Pessoa)

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La poésie crie plus de réalité (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



Illustration: René Magritte
    
La poésie crie plus de réalité,
ajoute du réel au réel,
elle est réalité.

Et le poème, qui apparaît ainsi comme une organisation
ou une structure ouverte, intentionnellement incomplète,
puisqu’elle devra se compléter chez le lecteur ou l’auditeur,
s’impose parfaitement à nous comme une présence.
Et c’est le poème comme présence qui va au-delà des affirmations et des explications,
pour configurer cette efficace plus que logique et non discursive qu’est la poésie.

Partant, le poème rompt encore la solitude de l’homme, lui sert de compagnie essentielle
et l’aide à transcender le jeu ténébreux des questions et des réponses.

Voilà pourquoi la poésie est le plus grand réalisme possible,
même si les naïfs, les ignorants et les arrogants la considèrent comme une abstraction,
une évasion ou une velléité subsidiaire de la toute-puissance politique ou idéologique.
Oui, la poésie est le plus grand réalisme possible.

Elle franchit même l’obstacle du nom des choses,
pour les nommer d’une autre façon,
loin du leurre et de l’arbitraire de l’étiquette.
Elle dé-nomme, comme l’ont souligné Roger Munier

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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J’inventerai pour toi (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018




    
J’inventerai pour toi d’autres paroles
Singulières, des mots étranges, rien ne suffit.
Je leur ajouterai des brassées d’images.

Ne joue pas dans la fuite. Explore le silence,
Pénètre au plus secret de toi, remonte loin,
Plus loin, jusqu’à l’obscur où la parole sourd,
Cachée dans les feuillages.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ODEUR DU LINGE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration
    
L’ODEUR DU LINGE

Tu dis:
« J’aime bien cette odeur »
quand nous plions un drap
resté toute la journée
au soleil du jardin.

Nous prenons chacun
les coins entre nos doigts
les rabattons ensuite
presque l’un sur l’autre.
Puis nous tirons
chacun de notre côté
d’un coup sec
ensemble.

Mais souvent
je lâche tout.
Et tout est à reprendre
dans l’odeur du linge
où tu ajoutes simplement :
« Je m’en serais doutée ! »
Comme si je l’ignorais.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Au matin un soleil rouge (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018



    

Au matin un soleil rouge
L’amour prend sa place
Le bleu
La nuit me chante une berceuse
Le rêve ajoute d’autres couleurs
Demain, je sais
Tu es là

(Joséphine Bacon)

 

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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