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LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ

À vue de corbeau
le quartier est d’un blanc indécent
à la fin de juin.
Une femme arrose les fleurs et regarde
de loin les reflets noirs et aveuglants
de l’oiseau dans la cage
qu’un enfant accroche sur le balcon d’en face.
Un jour l’enfant va oublier
de fermer la porte de la cage.
Un jour la femme va traverser
l’unique mur de verre de sa boîte en béton
et ils vont se rencontrer dans l’infini
de cinq mètres entre les immeubles :
quand quelqu’un se jette dans le vide
Dieu construit un pont pour lui,
lance une échelle
ou bien lui envoie un oiseau.

Mais peut-on sortir d’un paysage
gravé dans l’œil
d’un corbeau empaillé ?

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si tu m’entends chanter, sache que je viens de pleurer (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021




    
Si tu m’entends chanter, sache que je viens de pleurer.
CHANSON POPULAIRE

Pourquoi es-tu couché là,
comme la grosse poutre du parapet
qui m’empêchait de voir la femme claire ?
Sa voix m’arrivait saturée des odeurs d’autrui
et ça fait vingt ans que je ne peux pas traverser
la salle remplie,
rejoindre
ma féminité oubliée.

Parce que je sais que tu ne m’enjamberas pas
quand tu viens là-haut, répond-il,
et tes doigts, teints par des noix vertes,
vont m’apporter la douceur d’un jardin
que nous avons aimé ensemble.

Il est couché comme une conversation inachevée
à travers le couloir de ma maison paternelle,
emmailloté comme de langes
ou d’un linceul,
je sors mon sein pour nourrir le bébé
et la solitude de l’homme,
mais le lait tarit, la ganse rouge
serrant les couches se relâche
et une chanson se lève entre mes pleurs
comme du pain
pour rassasier
l’enfant et l’homme.

Une poutre lourde est couchée
au bout de mon songe,
un papillon noir est couché
sur ma poitrine.

On n’enjambe pas un corps mort.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tandis que j’essaie d’habiller le monde (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



 Illustration: Nathalie Montel
    
À ma fille Théa

Tandis que j’essaie d’habiller
le monde derrière la porte vitrée
en couleurs chaudes
elle plonge un pinceau
dans le ciel de ses cinq ans
et son rire se met à couler
de l’horizon de la serrure
vers le seuil.

Un jour elle comprendra
que chacune de nous a son fleuve
où elle se réveille avec des yeux de femme,
puis entasse des silences dans sa gorge,
les plie en barques de papier
et s’endort avec des yeux de poisson.

À présent son rire gonfle les toiles
de toutes les barques
ensablées dans le delta du monde.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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INTÉGRITÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020




    

INTÉGRITÉ

Un crépuscule couleur de figue
imprègne les rideaux,
une folie mûrit dans la bouche,
mais tu ne te demandes plus quand
ni qui l’avait plantée là,
tu sors le marteau et les clous
pour réparer le fauteuil cassé
dont tu ne peux te séparer
comme des mille autres échecs
qui arrondissent ton être.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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MÉDITATION (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration: Pascal Renoux    
    
MÉDITATION

Il me dit
que je suis un ange
et caresse ma tête.

Puis, s’enfonce
dans le premier corps de femme
émergé du mur en liège
de la terrasse

et moi, depuis des années je me demande
laquelle de mes deux moitiés sombres
est la plus angélique.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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ET PUIS CONTINUE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration
    
ET PUIS CONTINUE

Rien dans cette vie n’arrive par hasard,
penses-tu en regardant les ombres dans le parc
qui se réveillent deux par deux
dans la première percée du soleil.
Tu les couvres avec ton regard
et tu fais un nœud
de tes cris.

Tout dans cette vie a un sens
incompréhensible parfois ou imprévisible
comme les arbres le long du chemin de fer :
les uns se jettent sous les trains qui passent
les autres coupent la main qui fait un signe d’adieu
Et toi, tu roules encore
le nœud dans la gorge,
en refusant d’accepter :

quoi qu’il arrive dans ta vie
permets-lui d’advenir.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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COL EN DENTELLES BLANCHES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

COL EN DENTELLES BLANCHES
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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NETTOYAGE DE PÂQUES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration
    

NETTOYAGE DE PÂQUES

Un après-midi lent,
il pleut sur la page dix-huit du livre :
le pleur des hommes !

La pluie lave la poussière
des étagères de l’âme,
la rage
des angles de l’impuissance :
ils pleuvent les mots des poètes morts.

Et puisque les femmes savent
que les vérités sont nombreuses,
elles se taisent,
mordent leurs lèvres et regardent
la montagne qui descend dans la ville
à la fin d’avril
et transforme la pluie
en flocons de neige hésitants :

le pleur des femmes.

Elles lèvent leurs mains en prière,
en approchant d’un pas de plus
vers Dieu.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration: Edouard Manet
    
NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES

Cet homme qui quitte la ville
au matin pluvieux
son cœur emballé sous un imperméable
cache une gomme dans la main.

Tour à tour il efface
la vision du chameau de Marrakech
agenouillé au bord du lit
où une lune toute mouillée
allaitait son impatience,
les sanglots des jarres le long du couloir
et l’avertissement de la machine à coudre
exilée sous l’escalier en bois.

Il descend la rue pavée
une clé brûlante dans sa poche
et il jette un dernier regard
vers la maison
où, dans leur ignorance,
dorment encore
côte à côte
la rose et les cisailles.

Mais la pluie a déjà retaillé les rideaux
des saisons et inondé la serrure.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il faut que tu le dises lentement (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

Il faut que tu le dises lentement,
syllabe après syllabe
tout comme tes mains articulent
les formes de mon corps,
longent les longues galeries du désir
et les murs du labyrinthe vacillent.
Maintenant ne parle pas,
enlève juste les nœuds
dans mes cheveux
et ceux de mes pensées
qui me font mal,
coiffe ma tristesse
pour qu’elle soit belle
avant que je parte :

je suis encore cette douceur, mon amour,
mais je suis aussi la sœur têtue d’Ariane
et je ne te donnerai pas la pelote.

Pas encore.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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