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N’importe ? Pensée, Alerte ! (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

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N’importe ? Pensée, Alerte !
L’écho de nos pas nous approuve ;
Marchons vers la vaste mer verte
Sur la route qui s’ouvre.

Je t’interpelle dans l’ombre,
Ou me tais pour entendre ta voix
— Le ciel s’est fait bas et sombre
Et pèse comme la voûte des bois —

Alerte, vers ailleurs ! Ma pensée ;
Vers demain et sa rive ignorée :
Une chanson de route cadencée
Vibre au loin, comme un vol essoré…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’hiver (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




L’hiver la terre a sa belle voix
commémorante et haute ou sourde
comme alors elle abrite
le son clair des sabots
la jaune lanterne et la vierge alertée
dans la région bleue.
C’est la voix de traduction précise et simple.

(Jean Follain)

Illustration: Giacomo Balla

 

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La nuit palpite comme un sein alerté (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



la nuit palpite
comme un sein alerté

je dors dans la marée du ciel
son vertige ciselé

nuit errante
ressuscitée perdue
immobile

je rêve d’espaces ivres
d’ailleurs de suds
d’heures désertes

tu poses la main
sur ma peau

les yeux sur l’autre nuit

je rêve de loups rouges
de sang sur les pierres

tu sculptes mon épaule
du sommeil de tes doigts

la nuit bat des paupières
noie mon chant

je rêve de visages
ouverts comme des fleurs

d’oiseaux suspendus
au fil des jours

ma nuit s’attarde

nous nous retrouvons
au coeur d’une nuit nouvelle

(Amina Saïd)

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C’était tiède – au début – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


le-froid-laisse-des-traces_313

C’était tiède – au début – comme Nous –
Puis peu à peu s’y déposa
Une Froideur – de givre sur la Vitre –
La scène entière – s’effaça –

Le Front imita la Pierre –
Les Doigts s’engourdirent –
Et comme un Ruisseau sous les Glissades –
Les yeux alertes – se figèrent –

Il se raidit – et ce fut tout –
Entassa Froide sur Froid –
Multiplia l’indifférence –
Fort de son seul Orgueil –

Et même lorsqu’avec des Cordes –
On le descendit, tel un Poids –
Sans un Signe, sans hésitation,
Comme un Roc il s’abîma.

(Emily Dickinson)

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SONNET A MADAME S. C. (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Schnorr von Carolsfeld Ruth

SONNET A MADAME S. C.

Bien que
Parisienne en tous points, vous avez
Conservé dans votre être un parfum bucolique,
Legs immatériel des poèmes rêvés
Par votre mère; ainsi votre forme s’explique.

En effet, votre voix a des sons dérivés

Du parler berrichon lent et mélancolique.

Et tous vos mouvements, que j’ai bien observés,

Me font penser à
Ruth, la glaneuse biblique.

De vous s’échappe un vague arôme de foins mûrs.
Comme ceux des lézards qui dorment sur les murs,
Vos yeux pleins de soleil sont prêts à toute alerte,

Et, par bonté pour ceux que ces yeux ont touchés,
Sous des aspects mondains et roués, vous cachez
Que vous n’aimez au fond que la campagne verte.

(Charles Cros)

Illustration: Schnorr von Carolsfeld

 

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Alerte (Anonymes)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



Ils dorment, harassés
alerte:
le feu sur nous, le feu!

***

Soir de bataille
au loin, les canons…
Tout près, les blessés.

***

Attaque de nuit;
Tirez ! Mais tirez donc !
dans le tas…

***

Il neige encore — encore un haïkaï!
La terre a recouvert les corps.
La neige veut recouvrir les ruines.

(Anonymes)

(Guerre de 1914)

 

 

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DES batailles se livrent (Álvarez Ortega)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018




    
DES batailles se livrent à chaque rencontre,
des solitudes qui auparavant, dans l’isolement initial,
supportaient l’oeuvre commune.

Dans l’espace révélé, après chaque conjonction,
seule demeure la terreur,
le mystère qui à l’âme ne suffit pas.

En alerte, cependant,
une absence rôde, rôdera toujours,
autour des humides dépouilles du lit.

(Álvarez Ortega)

 

Recueil: Genèse suivi de Domaine de l’ombre
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Le Taillis Pré

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EN CHINE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018



EN CHINE

Alors, la jambe, ça va, père Wan-tou-fou ?
Vous êtes alerte, ce matin.
— Guérie, cher enfant, elle est meilleure que l’autre maintenant.
— Et madame Wan-tou-fou ?
— Rajeunie, délicieuse, de nouveau dix-sept ans ;
les seins de jade et elle m’adore.
— C’est le bonheur, ô Wan-tou-fou et cependant ce fils mort et la guerre ?
— Ressucité, mon ami, resssucité. Il remplit la maison de ses chants.
J’ai demandé ces bienfaits à Bouddha qui m’a tout accordé sur l’heure.

Et Wan-tou-fou s’en fut, claudiquant de plus belle.

(Norge)

 

 

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Alerte! (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Hier soir j’ai rêvé que j’entendais
Dieu me crier : Alerte!
C’était ensuite Dieu qui dormait
et moi je criais : Réveille-toi!

(Antonio Machado)

 

 

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