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Poésie

Posts Tagged ‘aliment’

Gué (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

La Tisseuse et le Pâtre  Vega et Altaïr

Gué

L’an ne contient qu’un seul gué
qui me conduit vers toi. À chaque fois
je le retrouve submergé davantage, les eaux
plus gonflées, le courant
plus menaçant. Et pourtant
pourtant je t’ai rejoint encore, et le moindre instant
en fera son aliment. Et si une dure loi
nous imposait un « jamais », à nous condamnés
immobiles sur des rives opposées,
nous croiserons toutefois
les échos d’un désir transmué en splendeur.
Ainsi la Tisseuse et le Pâtre
se répondent : Vega et Altaïr
entre eux se dénoue haut perché
le fleuve des étoiles.

(Margherita Guidacci)

 

 

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Ah quel plaisir! (Chinséki)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



Que les aliments
à nouveau prennent du goût
ah quel plaisir!

(Chinséki)


Illustration

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Franchises vénéneuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Franchises vénéneuses
salutaires mensonges
subtilités sauvages
agressives patiences
pardons impitoyables
dévorants aliments
nourrissantes morsures
baisers qui font saigner
aveux qui font mystère

Si rugueuses tendresses
si donnantes conquêtes
si riantes rigueurs
si douces cruautés
si ferventes froideurs
et si fraîches brûlures
qu’on ne sait pas
entre ombre et jour
entre supplice et volupté
où naît et meurt l’amour

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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La topaze (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Quand tu la touches, la topaze
te touche aussi :
et le doux feu s’éveille
comme s’éveillerait
le vin dans le grain de raisin.
Même avant sa naissance, le vin clair
dans une pierre
cherche à circuler, i1 demande à parler,
il livre son aliment mystérieux,
ii prend et rend le baiser de la peau de l’homme :
et le contact serein
de la pierre et de l’être humain
allume une brève corolle
qui redevient bientôt ce qu’elle était:
chair et pierre : entités à jamais ennemies.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Le paysage (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



cerveau  [1280x768]

Le paysage

L’horizon, surligné d’accents vaporeux,
semble écrit en petits caractères,
d’une encre plus ou moins pâle selon les jeux de lumière.
De ce qui est plus proche je ne jouis plus que comme d’un tableau,
De ce qui est encore plus proche que comme de sculptures, ou architectures,
Puis de la réalité même des choses jusqu’à mes genoux,
comme d’aliments, avec une sensation de véritable indigestion,
Jusqu’à ce qu’enfin, dans mon corps tout s’engouffre
et s’envole par la tête, comme par une cheminée qui débouche en plein ciel.

(Francis Ponge)

Illustration

 

 

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L’Esprit vit du Coeur (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



L’Esprit vit du Coeur
Comme tout Parasite –
Si c’est plein de Chair
L’Esprit prospère.

Mais si le Coeur manque
La Pensée s’émacie –
Son Aliment
Si infini.

(Emily Dickinson)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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J’ai tant rêvé (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
J’ai tant rêvé

J’ai tant rêvé que je n’ai plus de rêves,
que le réel est mon rêve à présent.
Il a pour moi des douceurs de nuage
et le tranchant des lames de couteau.

J’ai tant marché que je n’ai plus de pas,
que mon errance est celle d’un oiseau.
De l’altitude il me faut le vertige
et je me veux l’aliment du soleil.

J’ai tant écrit que je n’ai plus de mots.
Quel est celui qui contient tous les autres ?
Je l’ai cherché depuis la glaise rouge
jusqu’à l’étoile en ne le trouvant pas,

mais je revis chaque aube de l’attendre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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DIEU ÉCRIT DROIT (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
DIEU ÉCRIT DROIT

Dieu écrit droit avec des lignes courbes
Et la vie ne se vit pas en ligne droite
En chaque cellule de l’homme sont inscrites
La couleur des yeux et l’acuité du regard
Le dessin des os et le contour des lèvres
C’est pour cela que tu te regardes dans le miroir
Et que dans le miroir tu te cherches pour te reconnaître
Mais en chaque cellule depuis le début
Fut inscrit le signe véhément de ta liberté
Car tu fus créé et tu dois être réel
N’oublie donc jamais ta très austère ferveur
Ton exigence de toi parmi
Les miroirs déformants les désastres les détours
Pas un seul moment tu ne peux perdre
La ligne musicale de l’enchantement
Qui est ton soleil, ta lumière, ton aliment

***

DEUS ESCREVE DIREITO

Deus escreve direito por linhas tortas
E a vida não vive em linha recta
Em cada célula do homem estão inscritas
A cor dos olhos e a argúcia do olhar
O desenho dos ossos e o contorno da boca
Por isso te olhas ao espelho :
E no espelho te buscas para te reconhecer
Porém em cada célula desde o inicio
Foi inscrito o signo veemente da tua liberdade
Pois foste criado e tens de ser real
Por isso não percas nunca teu fervor mais austero
Tua exigência de ti e por entre
Espelhos deformantes e desastres e desvios
Nem um momento só podes perder
A linha musical do encantamento
Que é teu sol, tua luz, teu alimento

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

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Ils devraient (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    

Ils devraient trouver bons leurs aliments grossiers ;
beaux, leurs simples habits, des asiles de paix
leurs pauvres demeures, et leur vie ordinaire
une source de joie.

(Lao Tseu)

 

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