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Poésie

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POÉSIE, 3 (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2021



Illustration: Francis Picabia
    
POÉSIE, 3

Poème
femme faite défaite souveraine
tremblement d’eau d’azur
dans l’œil du paysage
quête incertaine
où les mots vont par couple
comme les enfants
traversant la forêt

(Guy Goffette)

 

Recueil: Pain perdu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



 

Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme,
Si tu m’as souri, Dieu ! tout mon être bondit ;
Si, madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
À haute voix : Bonjour, monsieur, et bas : Je t’aime !
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant ;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles ;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ;
Je cours, je vais, je ris ; plus d’ennuis, plus de maux ;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse !
Mais que ton cœur injuste un jour me méconnaisse ;
Qu’il me faille porter en moi jusqu’à demain
L’énigme de ta main retirée à ma main :
— Qu’ai-je fait ? qu’avait-elle ? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous ? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée ;
Je m’en vais courbé, las, sombre comme un aïeul ;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,

Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ;
Le chagrin — âge et deuil, hélas ! ont le même air —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans ; triste, j’en ai soixante.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Aujourd’hui, soudain (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2020



    

Aujourd’hui, soudain de l’amour pour cette montagne
j’y suis allé.
J’ai cherché la pierre où je m’étais assis l’an passé.

***

(Ishikawa Takuboku)

 

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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En chemin, une impulsion (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2020



Illustration: Koho Shoda 
    
En chemin, une impulsion,
je n’irai pas travailler,
aujourd’hui encore j’irai flâner au bord du fleuve.

***

(Ishikawa Takuboku)

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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Le lys pur (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



    

Le lys pur

Le jardin invite au bonheur,
à l’agréable compagnie.
bienvenue, ô saison des fleurs !
Voici le temps des beuveries.
a brise du matin apporte
ses doux effluves à chacun.
Oh oui ! Oh oui ! Comme elle est douce,
l’odeur du souffle protecteur !
La peine est éclose la rose
qu’elle chante un chant du départ :
Gémis donc, pauvre rossignol,
car ton cri nous va droit au cœur.
Voici, oiseau mélodieux,
pour toi une bonne nouvelle :
En amour, il faut bien gémir
toute la nuit, ô triste amant !
Le bonheur ne s’achète pas
au bazar du monde, ici-bas :
Il se trouve dans les façons
des voyous, des mauvais garçons.
Au lys pur j’ai entendu dire
— de ses lèvres à mon oreille
Qu’il ne faut pas être chargé,
dans le monde, ce vieux couvent.

O Hâfez, le renoncement
est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
que la vie des mondains soit bonne

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Le vacher et le garde-chasse (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le vacher et le garde-chasse

Colin gardait un jour les vaches de son père ;
Colin n’avait pas de bergère,
Et s’ennuyait tout seul. Le garde sort du bois :
Depuis l’aube, dit-il, je cours dans cette plaine
Après un vieux chevreuil que j’ai manqué deux fois
Et qui m’a mis tout hors d’haleine.
Il vient de passer par là bas,
Lui répondit Colin : mais, si vous êtes las,
Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,
Et j’irai faire votre chasse ;
Je réponds du chevreuil. – ma foi, je le veux bien.
Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,
Va le tuer. Colin s’apprête,
S’arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu’à regret,
Court avec lui vers la forêt.
Le chien bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le chevreuil… Colin impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Et blesse le pauvre Sultan.
À la suite du chien qui crie,
Colin revient à la prairie.
Il trouve le garde ronflant ;
De vaches, point ; elles étaient volées.
Le malheureux Colin, s’arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;
Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,
Colin retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l’affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit : chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Les deux voyageurs (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020



    
Les deux voyageurs

Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l’empoche aussitôt. Lubin, d’un air content,
Lui dit : pour nous la bonne aubaine !
Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n’est pas bien dit, pour moi c’est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,
Nous n’est pas le vrai mot, mais toi, c’est autre chose.
Cela dit, il s’échappe à travers les taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris,
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu’à soi quand sa fortune est bonne
Dans le malheur n’a point d’amis.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Mais que cherchais-tu donc (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2020




    
Mais que cherchais-tu donc qui ne fût pas
le vent debout, ni le ressac d’enfance
dans les soirs gris, ni le redoublement
du vertige d’aimer

une autre terre que celle-ci, un autre
ciel, un autre temps ? Que cherchais-tu
sur la route que tu n’aies pas trouvé déjà
dans l’herbe familière

et déjà reperdu, bague de rosée ou signe
qu’un homme allant à son pas t’a laissé
sur la vitre avant de disparaître,
ouvrant entre les arbres

un puits où la lumière se nourrit de tes yeux.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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On ne s’accroche pas, comme ça (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2020



Illustration: René Julien
    
On ne s’accroche pas, comme ça,
À n’importe quoi,

À quelque chose
Qui est là,

Qui vient tout seul,
À la verticale.

Alors,
Il faut bien aller.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Ouvrir
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le soleil, aujourd’hui, je me le suis donné (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2020




    
Le soleil, aujourd’hui,
Je me le suis donné.

J’en ai mis plein mes poches
Et dans d’autres endroits
Où mes mains ne vont pas.

Je peux escalader
Ce qui me séparait.

Je peux montrer aux gens
Comment c’est, la lumière.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Ouvrir
Traduction:
Editions: Gallimard

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