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Bonne nuit (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Georgy Kurasov 32

Bonne nuit, nos ennuis s’évanouissent lorsque glissent nos pas réunis
Pas à pas, tous les papillons tristes, sur la piste, ne reviennent pas
Tour à tour, les détours, les figures ont l’allure des gestes d’amour

Mais autant, nos vingt ans sont agiles
Sont fragiles l’horloge et le temps

Bras ballants, se balancent nos hanches
Carte blanche pour tous nos élans
Entre nous, nos genoux se chuchotent
Et complotent d’autres rendez-vous

Mais autant, nos vingt ans sont agiles
Sont fragiles l’horloge et le temps

Que ma joue à ta joue s’harmonise et se grisent nos souffles qui jouent
En chemin, nos deux mains se sont jointes
Nos étreintes commencent demain
Tour а tour les détours, les figures ont l’allure des gestes d’amour

Mais autant, nos vingt ans sont agiles
Sont fragiles l’horloge et le temps

Bonne nuit, nos ennuis s’évanouissent lorsque glissent nos pas réunis

(Guy Béart)

Illustration: Georgy Kurasov

 

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UNE BONNE FORTUNE SUR LE CHEMIN (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
UNE BONNE FORTUNE SUR LE CHEMIN
Li-Taï-Pé

Je montais un cheval superbe, à l’allure fière et gracieuse.
Il marchait dans les fleurs, dont les arbres printaniers jonchaient la route.

Voici que je vis venir vers moi, un char fermé,
un de ceux dont le nom est : cinq nuages…

Quand il passa à mon côté, je chatouillai légèrement ses roues, du bout de mon fouet.
Alors, écartant le rideau de perles, une femme ravissante m’éblouit de son sourire.

Puis, avant de disparaître, d’un geste furtif,
elle m’indiqua, au loin, une haute maison aux toitures rouges…

Et ce fut comme si elle me disait : « Votre petite servante habite là… »

(Dynastie des Thang, VIIIe siècle de notre ère.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Levée de nous (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Levée de nous tu quittes la chaleur
où nous étions couchés à nous tenir
d’une enjambée tu donnes à voir et tu reprends
offrant le clair de toi offrant le sombre
emportés par ton allure mais suspendus
avec l’odeur qui m’abandonne pour te suivre
nue à trois pas de l’instant qui tremble
tu poses en équilibre entre le monde et moi
souriante à caresser du geste le regret
dans l’air ténu penche-toi que je désespère
un peu plus de te voir là qui recommences
en essayant sur moi le pouvoir d’apparaître

(Ludovic Janvier)

Illustration Pierre Pelot

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TSIGANE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018


 


 

TSIGANE

Dans la course effarée et sans but de ma vie
Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs,
J’ai franchi d’âpres monts, d’insidieux vallons.
Ma trace avant longtemps n’y sera pas suivie.

Sur le haut des sommets que nul prudent n’envie,
Les fins clochers, les lacs, frais miroirs, les champs blonds
Me parlent des pays trop tôt quittés. Allons,
Vite ! vite ! en avant. L’inconnu m’y convie.

Devant moi, le brouillard recouvre les bois noirs.
La musique entendue en de limpides soirs
Résonne dans ma tête au rythme de l’allure.

Le matin, je m’éveille aux grelots du départ,
En route ! Un vent nouveau baigne ma chevelure,
Et je vais, fier de n’être attendu nulle part.

(Charles Cros)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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PROMENADE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alexander Ye Pavlovets -  9

PROMENADE
À Emmanuel des Essarts.

Ce n’est pas d’hier que d’exquises poses
Me l’ont révélée, un jour qu’en rêvant
J’allais écouter les chansons du vent.

Ce n’est pas d’hier que les teintes roses
Qui passent parfois sur sa joue en fleur
M’ont parlé matin, aurore, fraîcheur,

Que ses clairs yeux bleus et sa chevelure
Noire, sur la nuque et sur le front blancs,
Ont fait naître en moi les désirs troublants

Que, dans ses repos et dans son allure,
Un charme absolu, chaste, impérieux,
Pour toute autre qu’Elle a voilé mes yeux.

Ce n’est pas d’hier. Puis le cours des choses
S’assombrit. Je crus à jamais les roses
Mortes au brutal labour du canon.

Alors j’aurais pu tomber sous les balles
Sans que son nom vînt sur mes lèvres pâles
— Car je ne sais pas encore son nom.

Puis l’étude austère aux heures inertes,
L’ennui de l’été dans les ombres vertes,
M’ont fait oublier d’y penser souvent.

Voici refleurir, comme avant ces drames,
Les bleuets, les lys, les roses, les femmes,
Et puis Elle avec sa beauté d’avant.

*

Dans le grand jardin, quand je vous retrouve,
Si je ralentis, pour vous voir, mes pas,
Peureuse ou moqueuse, oh ! ne fuyez pas !

Me craindre ?… Depuis que cet amour couve
En mon coeur, je n’ai même pas osé
Rêver votre bras sur le mien posé.

Qu’est-ce que je viens faire en votre vie,
Intrus désoeuvré ? Voilà votre enfant
Qui joue à vos pieds et qui vous défend.

Aussi, j’ai compris, vous ayant suivie,
Ce qu’ont demandé vos yeux bleus et doux :
« Mon destin est fait, que me voulez-vous ? »

Mais, c’est bien assez, pour qu’en moi frissonne
L’ancien idéal et sa floraison
De vous voir passer sur mon horizon !

Car l’âme, à l’étroit dans votre personne,
Dépasse la chair et rayonne autour,
— Aurore où s’abreuve et croît mon amour.

Diamants tremblant aux bords des corolles,
Fleur des pêches, nacre, or des papillons
S’effacent pour peu que nous les froissions.

Ne craignez donc pas d’entreprises folles,
Car je resterai, si cela vous plaît,
Esclave lointain, inconnu, muet.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Ye Pavlovets

 

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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VOIR VENIR (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



    

VOIR VENIR

Il y a des mains des feuilles qui tombent
Ce soir un nouveau jour
Dans les draps du matin le sillon de l’amour
Les neiges déployées
Les cheminées d’usine
Celui qui marche au fond de l’ombre
Et qu’on devine
Un guichet de lumière
Une cloche en retard
Cet ami inconnu qui remet son départ
La même voix qui recommence
La même plainte
Et un silence
Toujours la même allure
Des bouquets de moineaux piqués dans les ramures.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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La Baigneuse (Abu Nuwâs)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



La Baigneuse

Furtive elle ôte sa chemise et s’arrose d’eau
Par excès de pudeur sa joue éclôt
Elle accueille nue la brise juste et fluide
Allure plus subtile que l’air
Elle tend le creux de sa main comme
Empli d’eau vers une vasque pleine
Et quand elle croit avoir fini et pense
Vite prendre habit elle en voit un
Aux aguets qui la contemple de près
Elle couvre sa clarté du noir de sa chevelure
Et l’aurore recule dans la nuit
Et goutte à goutte l’eau tombe sur l’eau

(Abu Nuwâs)


Illustration: Paul Emile Chabas

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PAYSANNES EN VILLE (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



 

Paul Gauguin   Paysannes bretonnes

PAYSANNES EN VILLE

Par la pluie et la boue elles sont descendues
Des coteaux où l’ajonc est tondu par la dent
Du bétail et, les doigts gênés par des gants blancs,
Puissantes, elles ont l’allure des charrues.

(Francis Jammes)

Illustration: Paul Gauguin

 

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Source (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
Source

L’une se pencha. Elle tendit sa paume vers l’eau.
La peau prenait l’allure d’une amphore.
La main s’approcha, coupe charnelle.

Le forestier était créature honnête.
Il tira d’abord en l’air.
Ensuite il ajusta, comme au stand d’entraînement.
De façon que le corps en tombant ne rougisse pas le flux transparent
et ne perturbe pas les poissons autorisés à aller et revenir selon leur fantaisie.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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