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Poésie

Posts Tagged ‘alphabet’

Au temps de l’alphabet (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Au temps de l’alphabet

des pieds des mains pour rire
mais les yeux pour pleurer

un bel oiseau se mire
des pieds des mains pour rire
la nuit vient de tomber

le pied boitera
la main sèchera
le monde mourra
mais moi moi moi …

laissons le monde dire
et les yeux se fermer

un bel oiseau pour rire
des pieds des mains pour rire
la nuit peut bien tomber

la nuit peut bien tomber

(Paul Nougé)

 

 

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QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE…

Que l’eau tombe goutte à goutte
Dans les paumes de la nuit,
Et nous disons : Solitude,
Remords, Enfance immolée,
Quand c’est en langage d’eau
Des choses d’eau qui se disent,
Des choses d’eau qui se font.

Que le vent froisse soudain
La ramée de nos épaules,
Et nous disons : Prophétie,
Imminence du verdict,
Quand c’est une gerbe d’air
Qui se défait dans la vasque
Desséchée de l’univers.

Pas de danger que les choses
De leur côté s’imaginent
De prendre pour alphabet
Nos piètres métamorphoses !
Elles nous diraient plutôt
De boire nos propres larmes
Pour retarder notre soif ;

Elles nous diraient plutôt
De prendre garde au langage,
Aux avances qu’il nous fait
D’un royaume ou d’un exil,
Comme on fera d’un miroir
A nos lèvres bleuissantes
A l’heure de notre mort ;

Elles nous diraient plutôt
De faire des choses d’homme,
De vin rouge et de pain blanc,
Et d’oser ce que nous sommes
Dans le chantier des vivants,
Pendant que Dieu s’abandonne
Aux délices du néant.

(Jean Rousselot)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)

 

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Cygnes (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020




    
Cygnes

Quand Un fit l’amour avec Zéro
Les sphères embrassèrent les tores
Et les nombres premiers s’avancèrent
Tendant leurs mains vers les frais sycomores
Et les fractions continues blessées à mort
Dans le torrent des décimales muettes se couchèrent

Quand B fit l’amour avec A
Les paragraphes s’embrassèrent
Les virgules s’avancèrent
Tendant leur cou par-dessus les ponts de fer
Et l’alphabet blessé za mort
S’évanouit dans les bras d’une interrogation muette

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

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EN VITRAUX D’HIRONDELLES (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration
    
EN VITRAUX D’HIRONDELLES

Fonds sans repos où je suis
l’oublieuse, nourrie des jours
où je me lave d’elle, où sans passé
je redeviens spore d’azur, chair ajourée
ou lampée d’eau, soleil liquide allié au rivage
qu’on dirait en vitraux d’hirondelles
Derrière la lumière des vagues
l’alphabet du vivant semble un instant
écarter l’ombre sous les mots
et je me plais à voir s’y inventer
le jeu muet de lèvres de sourires
et de feux désirés que je ne peux atteindre
le désir n’en invente-t-il pas l’instant heureux

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Je t’offre un collier de mots (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



 

Albert Ritzberger _1280 [1280x768]

Ecoute
je t’offre un collier de mots

désert
blessure
miel
étoile
fatigue
horizon
splendeur
lèvres
estuaire
fièvre
baptême
rosée
alphabet

[…]

je voudrais t’asperger de mes mots
comme de gouttes d’eau
prises au silence
dérober ta sueur
aux lèvres de la nuit
je voudrais que tu germes

(Zéno Bianu)

Illustration: Albert Ritzberger

 

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Je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils touchent ton nom.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Nous apprenons des alphabets (Erri De Lucas)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Illustration: Natasha Wescoat   
    
Nous apprenons des alphabets et nous ne savons pas lire les arbres.
Les chênes sont des romans,
les pins des grammaires,
les vignes sont des psaumes,
les plantes grimpantes des proverbes,
les sapins sont des plaidoiries,
les cyprès des accusations, le romarin est une chanson,
le laurier une prophétie.

(Erri De Lucas)

Découvert ici: https://jasminsurterre.wordpress.com/

 

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Le lichen sur la pierre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Le lichen sur la pierre, vrilles
de gomme verte, trame
le plus ancien des hiéroglyphes,
Il étire l’écriture
de l’océan
sur la roche ronde.
Le soleil la lit, les mollusques la mordent,
et les poissons glissent
de pierre en pierre comme des frissons.
Dans le silence l’alphabet
complète peu à peu les signes submergés
sur la hanche claire de la côte.

Le lichen tisserand avec son écheveau
va et vient et monte et monte
en tapissant la grotte d’air et d’eau
pour que la vague seule y danse,
pour que rien n’y arrive que le vent.

(Pablo Neruda)

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Toi (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018




Mon livre doré sur tranches que je veux lire de bout en bout.
Mon gâteau d’anniversaire qui n’a pas besoin de bougies pour être illuminé.
Mon alcool qui enivre sans nausée ni mal de tête.
Mon établi pour une espèce immatérielle de menuiserie.
Mon bateau de plaisance toujours prête à prendre la mer.
Mon violon qui se fait mélodie dès que ma main effleure ses cordes.
Mon arme de précision que ne salit aucune piqûre de rouille.
Mon aube sur les jardins verts et sur les tas de charbon.
Mon sentier de forêt tout jalonné de cailloux blancs.
Ma fable trop merveilleuse pour comporter le post-scriptum d’une moralité.
Mon château à multiples tourelles, évanoui alors que son pont-levis vient à peine de s’abaisser.
Mon unité, dans la présence et dans l’absence.
Mon alphabet – d’arc-en-ciel à zodiaque – aux vignettes peintes des tons les plus acides et, aussi bien , les plus doux.
Ma déchirure et ce qui la recoud.
ma preuve par neuf.
Ma partie et mon tout.
Ma panacée..
Ma chance.
Ma raison et ma déraison.
Ma fraîcheur et ma fièvre.

(Michel Leiris)

Illustration: Chakir Alla

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J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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