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Poésie

Posts Tagged ‘altéré’

LES DIMENSIONS DU JOUR (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



Illustration: Koloman Moser
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (V)

Sur ton corps lisse de caillou
mes mains vont, forêts en liberté,
comme vers des sommets d’où je retombe,
source altérée de soleil.

Ton coeur est si proche de mon coeur
que nos artères se mêlent les unes aux autres
et ne retrouvent plus à nos fronts qu’une seule tempe
pour faire battre l’espace.

Bateau venu de la haute mer,
je vais très loin au fond de tes plages
et je me renverse dans les fougères
qui naissent de ton corps entr’ouvert.

Lorsque nous n’avons plus pour respirer
que l’air écrasé dans nos baisers,
le jour qui nous sépare a beau faire,
il n’arrive pas à être aussi nu que toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Communion (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Communion

Près des ruisseaux obscurs dont se plisse la moire
Et que moirent parfois d’agiles frissons d’or,
Comme en un sanctuaire, archaïque trésor,
Des iris ont ouvert leur bleuâtre ciboire.

Le vain réel s’embrume au fond de ma mémoire:
Jours tièdes, affadis! Dans la flamme se tord
Consumé par mes soins le poussiéreux grimoire.
Voluptueux iris qui fleurissez le bord

De l’ombre et du mystère, accueillez et ma lèvre
Et la sienne, – où la mienne en la mordant s’enfièvre, –
Offrez à mes désirs d’extases altérés

Insatiablement ces parfums qui vous baignent,
Grâce au mystique vin que vous nous verserez,
Que plus intensément nos deux âmes s’étreignent.

(Marie Dauguet)

 

 

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Mon corps et mon esprit sont malades du besoin de Toi (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

 

Mon corps et mon esprit sont malades du besoin de Toi.
O bien aimé ! Entre dans ma maison.
Si le peuple dit que je suis ton épousée, j’ai honte;
car encore je n’ai point touché ton coeur avec mon coeur.

Alors qu’est en moi cet amour ?
Je n’ai plus goût pour me nourrir et je ne puis dormir;
mon coeur ne goûte aucun repos, non plus dans ma maison que dehors.
Comme l’eau pour l’altéré, ainsi est l’amant pour l’épouse.
Ah ! qui portera mon message à celui que j’aime ?

Kabîr ne connaît plus le repos,
et il meurt s’il ne le contemple.

***

My body and my mind are grieved for the want of Thee;
O my Beloved! come to my house.
When people say I am Thy bride, I am ashamed;
for I have not touched Thy heart with my heart.

Then what is this love of mine? I have no taste for food,
I have no sleep; my heart is ever restless within doors and without.
As water is to the thirsty, so is the lover to the bride.
Who is there that will carry my news to my Beloved ?

Kabîr is restless :
he is dying for sight of Him.

(Kabîr)

 

 

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Mon corps et mon esprit sont tristes (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



Illustration: Vincent Van Gogh

    

Mon corps et mon esprit sont tristes;
ils ont besoin de Toi.

Ô mon Bien-Aimé !
Viens à ma maison.

Quand on m’appelle ta fiancée, j’en suis honteuse,
car mon coeur n’a pas possédé ton coeur.
De quelle sorte est donc mon amour ?
Je n’ai pas faim; je n’ai pas de sommeil;
en Lui comme en dehors de Lui je ne trouve jamais de repos.

Comme l’eau est à l’altérée, ainsi est l’amoureux à la fiancée.
Qui portera mon message à mon Bien-Aimé ?

Kabîr est dans l’angoisse.
Il meurt de ne L’avoir pas vu.

(Kabîr)

 

 

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Reste immobile (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Ne tourne pas la tête, un miracle est derrière
Qui guette et te voudrait de lui-même altéré:
Cette douceur pourrait outrepasser la Terre
Mais préfère être là, comme un rêve en arrêt.

Reste immobile, et sache attendre que ton coeur
Se détache de toi comme une lourde pierre.

(Jules Supervielle)


Illustration: Fanny Verne

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Ne tourne pas la tête (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016




Ne tourne pas la tête, un miracle est derrière
Qui guette et te voudrait de lui-même altéré :
Cette douceur pourrait outrepasser la Terre
Mais préfère être là, comme un rêve en arrêt.

Reste immobile, et sache attendre que ton cœur
Se détache de toi comme une lourde pierre.

***

Écoute, apprendras-tu à m’écouter de loin,
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille,
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
Pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille.

Qu’importe en sa longueur l’Océan Atlantique,
Les champs, les bois, les monts qui sont entre nous deux ?
L’un après l’autre un jour il faudra qu’ils abdiquent
Lorsque de ce côté tu tourneras les yeux.

(Jules Supervielle)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Chants nouveaux (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2016



Chants nouveaux

Le soir a dit : Je suis altéré d’ombre !
La lune a dit : Moi, d’étoiles brillantes.
La source cristalline veut des lèvres
Et des soupirs le vent.

Mais moi, j’ai soif de parfums et de rires,
J’ai soif de chants nouveaux
Sans lunes et sans lys
Et sans amours défuntes,

Soif d’un chant matinal qui troublerait
Les eaux dormantes
De l’avenir, emplissant d’espérance
Leurs ondes et leurs fanges.

Il serait lumineux et pacifié,
Plein de riches pensées,
Virginal dans sa mélancolie,
Son angoisse et ses rêves.

Exempt de pesanteur, il peuplerait
De rires le silence.
(Tel un essaim de colombes aveugles
Lâché dans le mystère.)

Ce chant toucherait à l’âme des choses,
A l’âme des rafales,
Pour se résoudre enfin dans la joie
Du coeur immémorial.

(Federico Garcia Lorca)

Découvert ici: http://cetairderien.com/

 

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Lui, le scribe accroupi (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2016



 

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Lui, le scribe accroupi c’est-à-dire altéré
il s’évade par des liens
d’herbe coupante d’impatience tressés

Elle son corps imprononçable
comme une amande qu’on brise
entre deux pierres disparues

(Jacques Dupin)

 

 

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Ces êtres aimés aux visages altérés par l’oubli (Sylvestre Clancier)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Ces êtres aimés aux visages altérés par l’oubli
ces frôlements d’ailes, froissements de tissus
ces souvenirs d’été, ces impressions d’antan
où sont-ils ?
Ont-ils jamais existé ?
Tu voudrais remonter le temps
revenir à l’instant où tu savais déjà
qu’un jour ils ne seraient plus là.

(Sylvestre Clancier)

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Je m’enivre d’une eau que je ne boirai jamais (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2016


 

Les images se sont dispersées.
Rien n’a pris leur place.
La respiration est désormais d’une subtile douceur.

Rien ne s’est altéré, rien n’est arrivé.
Et rien n’arrivera.
Je m’enivre d’une eau que je ne boirai jamais.

L’évènement sera toujours purement à venir ou déjà passé.
L’Absence sera la forme la plus pure,
parce que nulle, de la Présence.

Blanche consomption de quelques mots ténus et flexibles,
afin que le coeur obscur puisse par moments
devenir la pulsation même de la clarté.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Vito Campanella

 

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