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Poésie

Posts Tagged ‘amande’

Elle avait des seins (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Ora Tamir  
    
Elle avait des seins durs comme une cuirasse
dans le plein été d’une étreinte d’homme.

Lisse autour de son sexe
elle fermait les bras sur celui
qui l’emportait un instant au-delà de sa chair,
au-delà de toutes les forêts qui montaient d’elle
d’une seule poussée de reins.

La buée qui recouvrait son corps
comme celle qui est sur les fruits qu’on n’a pas touchés
l’empêchait de luire comme une vitre bien faite.

On cherchait l’amande de sa chair
comme on cherche une source dans les bois
quand la chaleur fait tanguer le monde.

A longues gorgées, sans se reprendre,
l’homme buvait les seins de la femme.
C’était un enchantement de rosée
et les mains, les bras, les jambes
faisaient un doux et lent travail de bielle.

Quand elle fermait les yeux
elle avait tout le ciel derrière les paupières
quand elle fermait les cuisses
un arbre s’enracinait entre elles.
Ses cheveux se liaient à la terre
rendue soudain à la liberté de ses herbes.

Elle était longue comme la lumière
qui se jette du haut d’un nuage.
Elle était belle parce qu’elle avait des yeux,
elle était vivante parce qu’elle avait une bouche,
elle était femme parce qu’un homme poussait en elle comme une plante.

Avec une tête qui ne tenait plus que par la carotide,
avec une tête qui se penchait sur un gouffre,
elle déroulait sa peau et celle de l’homme
pour en faire une seule épaisseur qui se tordait
comme un drap tout frais de lessive.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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C’était dans cette impénétrable retraite (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
[…]

C’était dans cette impénétrable retraite
que dormait,

entouré par l’univers,
ceinturé par le zodiaque,
environné par l’horizon,
enveloppé par l’océan,
enclos dans le récif,
emprisonné dans les montagnes,
niché dans sa chambre,
ceint de l’insigne royal,
serré entre des bras,
replié sur lui-même,

l’indivisible Donjalolo,
monarque absolu de Juam

– amande au coeur de sa triple écorce,
étincelle au plus secret du rubis,
pépin blotti dans la pulpe juteuse d’une orange dorée,
royal noyau de pourpre dans la pêche efféminée,
sphère encapsulée au centre des sphères.

(Herman Melville)

 

Recueil: Mardi et le voyage qui y mena

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Non, tu ne sais pas (Shaül Tchernichovsky)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration
    
Non, tu ne sais pas

Non, tu ne sais pas ta beauté,
La longueur de tes jambes,
Le secret prodigieux
Qui file vers une hanche suave,
Vivace et ténu, gracieux et coquet,
Telle la trace d’une sirène sur la dune
Par la lame rejetée…
Non, tu ne sais pas ta beauté !

Non, tu ne sais pas ta beauté !
Tes yeux, deux amandes
Taillées couleur de mer,
Captifs du secret de la création,
Témoins des mystères d’une décision
Qui t’appellent dans une langue perpétuée,
Séduisants ensorceleurs.

Tu ne réponds pas, figée d’immobilité.
Non, tu ne sais pas ta beauté !
Non, tu ne sais pas ta beauté !

Pour mon bonheur, parfois,
Tu es toute à moi,
Caprice turbulent, tempête déchaînée.
Prise et pas prise, attrapée et manquée,
Conquise et libre, étincelle rescapée du feu,
Oisillon au nid resté,
Non, tu ne sais pas ta beauté !

(Shaül Tchernichovsky)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: M. Itzhaki et M Garel
Editions: Gallimard

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La nature serait mieux faite (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



La nature serait mieux faite
si la truite plutôt que d’écailles
était couverte d’amandes effilées.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Le mot dans le Noyau (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Le mot dans le Noyau

Le MOT que nous avons Écrit dans le noyau
Et caché dans la terre
Et qu’un arbre remplace
Il ressuscitera
Par cent multiplié
Pour les enfants futurs
Cherchant au cœur du fruit
Le message secret
Sur l’amande gravé

Si ce mot est amour
Qui le pourrait changer?

(Marcel Béalu)


Illustration

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PLUS HAUT VOLANT (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



PLUS HAUT VOLANT

Nous qui n’avons que nos étreintes
Pour démontrer notre innocence
Nous aimons la neige qui prouve
L’existence des bêtes
Que l’on ne voit jamais.

Je voudrais être
Le linge que tu portes
Les pavés où tu marches
Les branches qui t’écorchent
La dent d’acier qui jamais ne te quitte
La nourriture que ton ventre sanctifie
Ta pulpe, mon amande fraîche
Ton bocal, mon poisson gentil
Ton lit, ma toujours nue
Ton cercueil, ma mortelle.

Tant que nous sommes encroués
Comme deux arbres fraternels

Ne sachant plus si c’est ta bouche
Qui me dévore ou bien la mienne

Si c’est ton coeur qui bat des ailes
Dans ma poitrine ou bien mon coeur

Tout le temps que nous disputons
A qui ces seins cette fourrure

Et ces exquises confitures
Que pourrait contre nous la mort

Hormis nous foudroyer tous deux
Dans le bois sacré de ton ventre

Et ce ne serait pas mourir
Puisque nous flamberions ensemble.

(Jean Rousselot)

Illustration: René Julien

 

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Au bord de l’eau (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Au bord de l’eau

Des grenouilles faisaient un grand charivari ;
Une caille très loin jetait son double cri,
Et, comme préludant à quelque sérénade,
Des oiseaux réveillés commençaient leurs chansons.
Le vent me paraissait chargé d’amours lointaines,
Alourdi de baisers, plein des chaudes haleines
Que l’on entend venir avec de longs frissons,
Et qui passent roulant des ardeurs d’incendies.
Un rut puissant tombait des brises attiédies.
Et je pensai : « Combien, sous le ciel infini,
Par cette douce nuit d’été, combien nous sommes
Qu’une angoisse soulève et que l’instinct unit
Parmi les animaux comme parmi les hommes. »
Et moi j’aurais voulu, seul, être tous ceux-là !

Je pris et je baisai ses doigts ; elle trembla.
Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande
Et de thym, dont son linge était tout embaumé.
Sous ma bouche ses seins avaient un goût d’amande
Comme un laurier sauvage ou le lait parfumé
Qu’on boit dans la montagne aux mamelles des chèvres.
Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.

(Guy de Maupassant)

 Illustration: Dimitra Milan   

 

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Brève invitée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2017


Brève invitée

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt,
Je te regarde demain t’emporte
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s’éloigne à reculons,
A toi les oiseaux et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l’impossible que j’aimais
À toi la vie, sel et soleil,
A toi, brève invitée.

(Andrée Chedid)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Chaque personne (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2017


écureuil

Chaque personne que je rencontre
Est pour moi une Expérience
Si elle contenait une Amande?
La tournure d’une Noix

Sur un Arbre inspire
Autant confiance,
Mais de la Viande est exigée à l’intérieur
Pour les Ecureuils, et Moi.

***

Experiment to me
Is every one I meet
If it contain a Kernel?
The figure of a Nut

Presents upon a Tree
Equally plausibly,
But Meat within, is requisite
To Squirrels and to Me.

(Emily Dickinson)

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Pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Il faut parcourir le rivage
du lac Tragosoldo à Antiñana,
très tôt, quand la rosée
tremble dans les feuilles dures du canelo,
et ramasser des pierres mouillées, des raisins
de la rive, des galets
de flamme, de jaspe,
des cailloux violets ou des alvéoles
de roche, perforés
par les volcans ou les intempéries,
par le mufle du vent.

Mais oui, la chrysolite oblongue
ou le basalte d’Éthiopie
ou la carte cyclopéenne
du granite
t’attendent ici, mais nul ne vient
hormis le pêcheur ignoré
tout à sa marchandise palpitante.

Moi seul accours, parfois,
au petit jour,
à ce rendez-vous avec les pierres échouées,
humides, cristallines,
cendrées,
et les mains pleines
d’incendies éteints,
de structures secrètes,
d’amandes transparentes,
je retourne à ma famille,
à mes devoirs,
plus ignorant qu’au temps de ma naissance,
plus simple chaque jour,
chaque pierre.

(Pablo Neruda)


Illustration

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