Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘amante’

La Madone aux Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



La Madone aux Lys

J’AI bu, tel un poison, vos souffles éplorés,
Vos sanglots de parfums, lys fauves, lys tigrés

Dédiez au matin votre rose sourire,
Lys du Japon, éclos aux pays de porphyre.

Ténèbres, répandez vos torpeurs d’opiums,
Vos sommeils de tombeaux sur les chastes arums.

Lys purs qui fleurissez les mystiques images,
Sanctifiez les pelouses et les feuillages.

Lys de Jérusalem, lys noirs où la nuit dort,
Exhalez froidement vos souvenirs de mort.

Vastes lys des autels où l’orgue tonne et prie,
Brûlez dans la clarté des cierges de Marie.

Sollicitez l’avril, ses pipeaux et ses voix,
O muguets, lys de la vallée et des grands bois.

O lys d’eau, nymphéas des amantes maudites,
Anémones, lys roux des champs israélites,

Soyez la floraison des douleurs de jadis
Pour la vierge aux yeux faux que j’appelai mon Lys.

(Renée Vivien)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La chanson des ingénues (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2021



 

Alexander Sulimov (12) [1280x768]

La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’oeil bleu,
Qui vivons, presque inconnues,
Dans les romans qu’on lit peu.

Nous allons entrelacées,
Et le jour n’est pas plus pur
Que le fond de nos pensées,
Et nos rêves sont d’azur ;

Et nous courons par les prés
Et rions et babillons
Des aubes jusqu’aux vesprées,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur
Et nos robes – si légères –
Sont d’une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades
Et les chevaliers Faublas
Nous prodiguent les oeillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos coeurs sous nos mantes
À des pensers clandestins,
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



Mer furieuse
Mer rieuse
Mer agressive
Mer lascive
Mer démente
Mer amante
Je l’aime
Sous toutes ses formes
Et ne sais laquelle préférer.

(Jean-Baptiste Besnard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si l’angoisse (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Casey Baugh -   (6)

Si l’angoisse qui nous évide
abandonnait sa grotte glacée,
si l’amante dans notre coeur
arrêtait la pluie de fourmis,
le Chant reprendrait.

(René Char)

Illustration: Casey Baugh

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tronc versé au fossé de tes hanches (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



Tronc
versé au fossé
de tes hanches

Les lierres du ventre
à l’écorce des eaux
Fourreau
comme la chair à l’os
Mes mains
aux ronces de l’approche

Différemment:

Amande amère douce
Etoile aux toiles des toisons
toujours toi
sexe insecte aux élytres d’odeurs
Amanite incertaine amante

(Werner Lambersy)


Illustration: Zhaoming Wu

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les éolides (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



William Holman Hunt _-_Amaryllis [800x600]

Les éolides

O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.

L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Holman Hunt

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant d’automne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Chant d’automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

(Charles Baudelaire)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Refuge (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Refuge

Il est du moins au-dessus de la terre
Un champ d’asile où monte la douleur ;
J’y vais puiser un peu d’eau salutaire
Qui du passé rafraîchit la couleur.
Là seulement ma mère encor vivante
Sans me gronder me console et m’endort ;
O douce nuit, je suis votre servante :
Dans votre empire on aime donc encor !

Non, tout n’est pas orage dans l’orage ;
Entre ses coups, pour desserrer le coeur,
Souffle une brise, invisible courage,
Parfum errant de l’éternelle fleur !
Puis c’est de l’âme une halte fervente,
Un chant qui passe, un enfant qui s’endort.
Orage, allez ! je suis votre servante :
Sous vos éclairs Dieu me regarde encor !

Béni soit Dieu ! puisqu’après la tourmente,
Réalisant nos rêves éperdus,
Vient des humains l’infatigable amante
Pour démêler les fuseaux confondus.
Fidèle mort ! si simple, si savante !
Si favorable au souffrant qui s’endort !
Me cherchez-vous ? je suis votre servante :
Dans vos bras nus l’âme est plus libre encor

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gleb Nazarov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

POURQUOI ? (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018




POURQUOI ?

Pourquoi toujours cette aile ouverte
Vers d’autres ciels, vers d’autres nids ?
Pourquoi ces pas toujours bannis,
Cette âme en éternelle alerte ?

A l’impossible découverte
Pourquoi ces départs infinis ?
Alors que belle et calme, et sous des ciels béni
Amante à ton amour offerte,

Là,
la
plaine,
pleine
d’or,
dort.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Vincent Van Gogh

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De ton rêve trop plein (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

*

Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante
si loin d’Ève, de sa première alerte ,
rose qui infiniment possède la perte.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :