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Posts Tagged ‘amarre’

Il n’y a que la vie (Daniel Biga)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Illustration: Jérôme Royer
    
Il n’y a que la vie

Excusez-moi je ne vais pas très bien
mais vous non plus peut-être …
les masques que jour après jour
les masques que d’instant en instant
je porte pour me dérober à moi-même :
qui suis-je ?

une souffrance qui s’aiguise puis s’émousse
une peur qui s’épuise et se revigore
une souffrance une peur
mais il ne s’agit pas que de cela encore
derrière les mots qu’y a-t-il ? qui est là ?
derrière les mots peut-être rien n’existe
mais « rien » encore n’est qu’un mot
alors comment dire l’au-delà des mots

excusez-moi je ne vais pas très bien
mais vous non plus peut-être …
« le bonheur est une décision » (Tilman) peut-être
pourtant je n’arrive pas à la prendre
mais peut-être certains sont-ils plus doués
mais peut-être ai-je raté un aiguillage mais
je ne sais pas grand-chose je ne sais pas vraiment
effectivement j’ai l’impression de n’avoir pas décidé de ma vie
mais sans doute n’est-ce qu’une impression
ni le monde où je suis né ni la famille où j’ai grandi
ni la tristesse qui peu à peu m’a enveloppé
ni les métiers que j’ai faits ou n’ai pas faits
ni les lieux où j’ai vécu ou n’ai pas vécu
ni les femmes que j’ai aimées ou n’ai pas aimées
IL N’Y A QUE LA VIE

Martine Raymond Robert Michel Marie-Claude Yves …
le suicide fut-il votre décision ?
Laurence Jean-Claude André Christiane Tahar Rabah Gilles …
la maladie de la mort fut-elle votre choix ?

J’ai vécu légèrement sans ancre ni boussole
plus d’une fois rompant mes minces amarres flottantes
comme si j’allais mourir jeune
et voilà que je ne le suis plus
qu’il me reste peut-être même longtemps à tirer
j’appréhende ce ne sera pas facile facile
– est-ce ma seule lucidité ?
l’art d’aujourd’hui ne correspond guère à ce que je cherche
pourtant dès que j’affirme ou nie quoi que ce soit
mes propos ne sont que masques et démasques
dans son infinité de courants et de mouvances
indéchiffrables inconnus inclassifiables infigeables
IL N’Y A QUE LA VIE

[…]

(Daniel Biga)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Il n’y a que la vie
Traduction:
Editions: Castor Astral

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Liberté (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Liberté

Je relève d’un pays où personne ne règne,
Traversé de crevasses et d’oiseaux.
La main trace l’avenir, le coeur ses extrêmes,
Un appel lui donne voiles, une grimace le ternit.

Je relève d’un pays sans fanion, sans amarre,
La mort a ses sentences comme ailleurs ;
Demain, son étendue ; le printemps, ses preuves.
Il s’y trouve partout d’endroit où se tenir.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Le vent dans l’île (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Le vent dans l’île

Le vent est un cheval:
écoute comme il court
travers mer et ciel.

Pour m’emmener : écoute
comme il parcourt le monde
pour m’emmener au loin.

Cache-moi dans tes bras,
cette nuit solitaire,
tandis que la pluie blesse
à la mer, à la terre,
innombrable, sa bouche.

Entends comme le vent
m’appelle en galopant
pour m’emmener au loin.

Ton front contre mon front,
ta bouche sur ma bouche,
nos deux corps amarrés
à l’amour qui nous brûle,
laisse le vent passer,
qu’il ne m’emporte pas.

Laisse courir le vent
d’écume couronné,
qu’il m’appelle et me cherche
en galopant dans l’ombre,
tandis que moi, plongé
au fond de tes grands yeux,
cette nuit solitaire,
amour, reposerai.

(Pablo Neruda)


Illustration: Ibara

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EFFIGIES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

môle-brouillard

EFFIGIES

1.
Routes d’eucalyptus : ce qui reste du ciel pâle
frémissant dans ma gorge. A travers le ballast
le bourdonnement de l’été

les herbes folles ce silence
ton pas même.

2.
Innombrables rendez-vous de la lumière.
Et chaque chose perdue — mémoire

de ce qui n’a jamais été. Les collines. Les impossibles
collines

perdues dans l’éclat de la mémoire.

du fil de fer barbelé.

3.
Comme si tout cela était

encore à naître. Survivant dans l’oeil,
là où l’oeil s’ouvre aujourd’hui sur le bruit

de la chaleur : une guêpe, un chardon suspendu aux griffes

4.
Toi qui demeures. Et toi
qui n’es pas là. Parole d’extrême nord, dispersée

dans les heures blêmes du monde sans image —

comme une simple parole

que le vent lance et anéantit.

5.
Albe. La lumière immense, alluviale. Le carillon
de nuages à l’aube. Et les bateaux
amarrés dans le brouillard du môle

sont invisibles. Et s’ils sont là

ils sont invisibles.

(Paul Auster)

Illustration

 

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« ÉCOUTE… » (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Phetsamay Rigaud 
    
« ÉCOUTE… »

Dans les forêts du non-être
Nous agitons nos mouchoirs.

Ah! d’invisibles lavoirs
Chantent au bas des fenêtres…

Petit, rentre tes moutons,
Ton étable de carton.

Pas une amarre au sommeil
Sur le partage des eaux

Les forêts du bloc soleil
Voguent chargées de gros oiseaux.

Gabiers du cycle des lunes
Face à la mousson des soirs.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis sans peur (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: William Blake
    
Je suis sans peur

Je suis sans peur. Je largue les amarres
de la détresse. À vous de m’enlever.
Je suis fin prêt, j’ai défait mes bagages
car où je vais, la nudité s’impose.

Pour voyager sans les soucis du jour,
il n’est que Mort, et c’est ma voyageuse
et mon Virgile. Aux cercles des Enfers,
je serai Dante, un Dante analphabète.

J’ai mis du temps à comprendre que l’être
n’existe pas, que je ne fus jamais,
qu’on crut me voir, que je le crus moi-même
en n’étant pas — sinon dans quelques lignes.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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LES DIMENSIONS DU JOUR (VIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



 

Illustration: Paul Delvaux
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (VIII)

Dans les trains que les gares tirent
à bout portant sur la nuit,
dans la chambre où nous nous brûlons
au plomb fondu de l’amour,

dans la rue où tu passais tout à l’heure
en faisant descendre le ciel jusqu’à toi,
dans les mains qui ne peuvent déchirer
les dernières affiches du plus beau des couchants,

dans l’espace qu’on voudrait tirer à soi
pour le contraindre à s’ancrer quelque part,
dans les paroles lancées comme des amarres
qu’autour de nous rien ne peut retenir,

il y a toujours le même miroir où la vie regarde
sans savoir pourquoi les pas qu’elle entend décroître
sont ceux d’un être qui n’existe plus
que par les gestes que lui permet ton amour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le jour ne coupe plus (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Le jour ne coupe plus les carreaux noirs
d’où il est chassé sans le moindre éclair.
Le ciel est plus cassant, moins abrité
sur les terres amarrées par le gel.

Les murs sont pensifs comme des visages.
Les mains couvent des caresses démesurées
et la campagne n’approche des routes
que par quelques pas dans la neige.

Elle reste des jours sans une voix d’homme.
Parfois se casse le doigt sec d’une herbe
et le bruit s’en propage jusqu’à la ferme.
Le vent renifle la senteur du charbon

sort à la même heure nocturne
de sa chambre sans plafond
et l’on voit mieux les bords de la solitude
cerner la tache d’un front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La petite chercheuse de coquillages (Jacqueline Saint-Jean)7

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2017



Il marche au milieu du lignage secret
L’écolier court à l’avant
les doigts violents dans les cavales du vent
Il marche comme on se multiplie
amarré à son peuple d’ombres
à ses fables de survie
Par vagues revient comme un chant errant
Mais la plaine s’amplifie
On voit clignoter le cavalier des leurres
et les moissons cachent leurs morts
Reste dans la fragilité des marges
fugace comme un signe
la petite chercheuse de coquillages

(Jacqueline Saint-Jean)


Illustration

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