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Poésie

Posts Tagged ‘amasser’

Poésie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Poésie

Mais, hélas ! les vers sont si peu de chose quand on les écrit trop tôt!
Il faudrait attendre, amasser du sens et de la douceur pendant toute une vie,
une longue vie si possible, et puis, tout à la fin, peut-être
pourrait-on alors écrire dix vers qui soient bons.
Car les vers ne sont pas, comme les gens le croient,
des sentiments (ceux-là viennent suffisamment tôt),
— ce sont des expériences.

Pour un seul vers,
il faut voir beaucoup de villes, de gens et de choses,
il faut connaître les animaux,
il faut sentir comment les oiseaux volent
et savoir les gestes avec lesquels,
le matin, s’ouvrent les petites fleurs.

Il faut pouvoir se remémorer des chemins qui conduisent dans des régions inconnues,
se souvenir de rencontres inopinées et d’adieux que l’on a vus venir de loin,
— de jours de l’enfance encore non clarifiés.

(Rainer Maria Rilke)

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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NAVIGUER (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



 

Berit Kruger Johnsen - (12)

NAVIGUER

J’ai navigué
De nuits de jours

J’ai dérivé
Chaviré
Parmi les flots
Sans havre
Au creux des ouragans

J’ai cherché un écho
A ma voix souterraine
Le passage se murait

A mains pleines
Amassant ma terre
En sa quête rebelle
Sa réponse
Suffirait.

(Andrée Chedid)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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LE POISSON ROUGE (Allen Upward)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
LE POISSON ROUGE

Comme un souffle de musc amassé,
Comme les nageoires d’or qui vont
Vers les ombres vertes du bassin —
Flammes vivantes issues du crépuscule —
Sont les battements lumineux de l’amour
Dans le coeur de l’amant passionné.

(Allen Upward)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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Toujours, encore, demain (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Alex Nabaum
    
Toujours, encore, demain, ces mots de peu,
de rien, jetés en passant, nous débordent.
Ils amassent dans les marges de nos vies
un sable lisse et sans

vertige, auquel nul ne prête attention
jusqu’à ce que le coeur soudain batte
de l’aile et commence à compter ses pas,
parce que tout est dit,

tout, il n’y a plus qu’à tirer la porte.
Mais elle résiste soudain et grince comme
la mémoire devant une montagne d’oublis :
ce tas de sable, ce

silence qui prend toute la place et qui crie.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tout pauvre (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



    

Tout pauvre à qui tu donnes toi-même,
Tu l’aimeras comme toi-même.
Donne joyeusement ton obole,
N’amasse pas de trésor à léguer ;
Hâte-toi joyeusement de préférer
La présence à la mémoire.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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PENSÉES D’AUTOMNE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
PENSÉES D’AUTOMNE
Thou-Fou

Voici les tristes pluies ;
on dirait que le ciel pleure le départ du beau temps.

L’ennui couvre l’esprit, comme un voile de nuages,
et nous restons tristement assis à l’intérieur.

C’est le moment de laisser tomber sur le papier,
la poésie amassée pendant l’été ;
ainsi, des arbres, les fleurs mûres tombent.

Allons, je tremperai mes lèvres dans ma tasse,
chaque fois que j’imbiberai mon pinceau,

Et je ne laisserai pas ma rêverie s’en aller,
semblable à un filet de fumée, car le temps s’envole,
plus vite que l’hirondelle.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Retour (Gu Cheng)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



Retour

Reste éveillée, reste mon amour,
la route est longue encore.
N’écoute pas l’appel de la forêt !
Ne perd pas l’espoir !

Avec l’eau froide de la neige, dans ta main
écris l’adresse ou appuyée sur mon épaule.
Passons la brume de l’aube !

Derrière le voile de l’orage,
nous arriverons au pays,
cette terre verte et ronde
qui s’étend au pied de la tour.

Là bas, Je veillerai tes rêves fourbus.
Je chasserai toutes ces nuits.
Je te laisserai tambours et soleils.

De l’autre coté de la tour,
il y aura de petites vagues muettes,
s’accrochant à la plage,
amassant leur musique tremblante

(Gu Cheng)

 

 

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La Clef des Songes (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Nathalie Ragoust
    
La Clef des Songes

1
Cuisinière ou poétesse
Buss’nessman ou charpentier
Tout l’ monde aime la paresse
Le loisir, le sommeil et rêver
Car le rêve est un spectacle
C’est un billet de faveur
Dont la nuit fait cadeau au rêveur
Fortune qui nous est due
C’est un quotidien miracle
Une nuit sans rêver
Sans aimer
Est perdue.

Refrain 1
La Clef des Songes m’a dit
Rêver d’eau claire
Et de soleil qui resplendit
Ou qu’on perd une molaire
C’est bon signe
Voir un cygne
C’est bon signe
Voir des vignes
C’est bon signe
C’est l’amour le bonheur qui la nuit
Sont venus visiter votre lit
Écoutez la Clef des Songes
Même si c’est des mensonges
Rêvez en dormant
Car le jour on n’a pas le temps.

2
L’autre jour ma p’tite amie
Avec un gros va-nu-pieds
M’a trompé quelle infamie
Je l’ai su, je l’ai épiée
Et le soir dans ma colère
J’achetais un revolver
À six coups, bien en main, pour gangster
Méditant crime et suicide
J’hésitais sur la manière
Dont j’allais me venger
Et juger
La perfide.

Refrain 2
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
De cauch’mars et de carnages
Bon présage
— L’encornage
Bon présage
— Rêver d’cage
Bon présage
Oui l’amour le bonheur cette nuit
Sont venus te bercer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Et pardonne les mensonges
Pardonne à l’instant.
Car demain il n’ serait plus temps.

3
Au dernier tour de lot’rie
Je n’ai pas gagné un clou
Et j’ai juré sur ma vie
De ne plus risquer un sou
Dans un’ belle tirelire
J’aurais caché en secret
Mes gros sous, mon argent, mes billets
J’aurais amassé fortune
Pour ach’ter ce que j’ désire
Un’ maison un château
Une auto
Ou la lune.

Refrain 3
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
D’additions et de mirage
Bon présage
Héritage
Bon présage
Bon présage
Prends courage
La chance et la fortun’ cette nuit
Sont venues t’inspirer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Car ce n’est pas un mensonge
Prends l’ billet gagnant
Car demain il n’ sera plus temps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Retouche à la vieillesse (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017



    
retouche à la vieillesse

l’éboulement du bonheur
patiemment amassé de silence en silence
fait de cette heure la dernière pyramide

l’Éternel y habite la chambre vide

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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