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Poésie

Posts Tagged ‘ambre’

La flûte d’écorce (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Josette Bardoux 
    
La flûte d’écorce

Voici chanter sur la lande déserte
La flûte acide et verte,
Et danser dans le vent, dessous
L’ambre remuante des pins, les boucs,
Les gnomes et les loups-garous.

Parmi la bruyère rien qu’une hutte
Et rien qu’une âpre flûte
De bois suintant la sève et l’eau
Et brisant ses chansons en clairs morceaux
A l’abri maigre des bouleaux;

La flûte fraîche comme de la glace
Dont la chanson se casse
– Ainsi les pins que le gel mord. –
Aux doigts du vieux berger jeteur de sorts,
Fait sauteler les boucs sur les rochers des fjords.

(Marie Dauguet)

 

 

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Chromatisme (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Jean-Louis Salvadori
    
Chromatisme.

Un trésor de prestige, un fumet immortel !
Une gouache en eau de saphir, la vendange
De son âge est un vin fruité — Ô l’éternel !
Demain tout l’horizon redeviendra louange.

Dans ta fontaine humide et aux baisers volés,
Mes ruisselets d’amour nageront dans ton âme
Comme un flocon d’étoile en fleur du bien ! Beauté
Je te veux ! Je me hâte ainsi vers toi, ô femme !

À l’heure de mon doux crépuscule, soumis
Dans mon corps retrouvé, c’est l’artiste incompris
Qui se débat du Pur, un opulent royaume.

Une eau cruelle ambrée au midi virginal,
Qui dessine un climat paisible où je me paume
Dans un rêve maudit qui meurt, un choc vagal !

(James Denis)

 

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L’invisible (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
L’invisible

Où fut la truite il reste un éclair blanc,
Où fut l’oiseau le paraphe dans l’air.

Cette fleur morte a laissé son parfum,
Ce tournesol éteint sa graine d’ambre.

Le rossignol a déposé la nuit
Sur le lilas des gouttes de musique.

Pour les roseaux, l’avenir est caresse
Et le passé rit dans chaque platane.

Il reste un goût de soleil sous les ailes
Des guêpes d’or à leur dernier voyage.

Dans ce jardin superbe tout est trace
Et l’on entend ce qui ne parle plus.

L’éternité, c’est un caillou dans l’onde
Agrandissant les cercles d’infini.

Moi le passant je réserve mes gestes
Où mon silence a même son écho.

Où fut mon ombre une autre passera
Qui sera moi le temps de me connaître.

Je lui dédie un reste de mystère
Pour qu’il le cueille ainsi qu’un fruit tardif.

Que le jour s’ouvre à ces coeurs désertés
Pour que la nuit soit l’étreinte furtive.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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A la Bien-Aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



A la Bien-Aimée

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon parc et mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma palme,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages de mer.

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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MONK EN SON SILENCE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
MONK EN SON SILENCE
pour Yves Buin

Corps et cosmos synchronisés —
la musique naît en moi
sans arrêt

*

Présence absente
absence présente —
un imprécision qui tombe pile

*
Je flotte en dansant —
je rends
plus élégante

*

Chantiers d’énigmes
plénitudes ambrées —
je suis le maître de la dislocation

*

Une musique espiègle —
au beau milieu
d’un champ de ruines

*

Sentinelle de l’insondable —
d’une seule pièce
parce que démembré

*

Je joue au dépourvu —
j’appartiens
à la lignée du murmure farouche

*

D’espace en espace —
aspiré
par un seul point de beauté

*

Silence —
le fakir en sueur
rentre dans sa coquille d’absolu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Les Roses sont entrées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



Les Roses sont entrées

MA brune aux yeux dorés, ton corps d’ivoire et d’ambre
A laissé des reflets lumineux dans la chambre
Au-dessus du jardin.

Le ciel clair de minuit, sous mes paupières closes,
Rayonne encor… Je suis ivre de tant de roses
Plus rouges que le vin.

Délaissant leur jardin, les roses m’ont suivie…
Je bois leur souffle bref, je respire leur vie.
Toutes, elles sont là.

C’est le miracle… Les étoiles sont entrées,
Hâtives, à travers les vitres éventrées
Dont l’or fondu coula.

Maintenant, parmi les roses et les étoiles,
Te voici dans ma chambre, abandonnant tes voiles,
Et ta nudité luit.

Sur mes yeux s’est posé ton regard indicible…
Sans astres et sans fleurs, je rêve l’impossible
Dans le froid de la nuit.

(Renée Vivien)

Illustration: Julie Heffernan

 

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SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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VOLUPTE (Camille Lemercier d’Erm)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



   Illustration: Jolly Koh
    
VOLUPTE

Rentrons à la maison du Bonheur ! Le soir pleut.
Ma bouche a la douceur de ton édredon bleu
Et de ta houppe en duvet blanc comme ton âme;
Ma lèvre a la douceur des horizons de flamme
Où passent des nuages roux, fauve bétail ;
Ma langue a la douceur des plumes d’éventail
Dont j’agace tes seins fiers de leurs pointes roses,
La douceur des jours gris et des neiges moroses
Des neiges que le couple attendri des amants
Voit tomber sur les toits douloureux et fumants,
Comme l’effloraison du verger des étoiles ;
Ma langue a la douceur flottante de tes voiles,
La douceur de tes cils longs comme des cheveux
Et la douceur de tes impudiques aveux.
Ma langue te sera plus douce qu’un poème.
Plus douce que ton bain parfumé d’ambre, et même
Plus douce que mon cœur mûri comme un fruit lourd ;
Ma bouche te sera plus douce que l’amour.
Et ma bouche est à loi, ma divine maîtresse !
Ta chair voluptueuse ignore sa caresse.

(Camille Lemercier d’Erm)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Le sommeil de Leïlah (Charles-Marie Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le sommeil de Leïlah

Ni bruits d’aile, ni sons d’eau vive, ni murmures ;
La cendre du soleil nage sur l’herbe en fleur,
Et de son bec furtif le bengali siffleur
Boit, comme un sang doré, le jus des mangues mûres.

Dans le verger royal où rougissent les mûres,
Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,
Leïlah, languissante et rose de chaleur,
Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;
L’ambre de son pied nu colore doucement
Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,
Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,
Qui rafraîchit le coeur en altérant la bouche.

(Charles-Marie Leconte de Lisle)

Illustration: Fabio Cipolla

 

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