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Posts Tagged ‘ambre’

Tes étangs de saphir, où croissent les lotus, luisent dans tes vallons (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Hindouismef [800x600]

Tes étangs de saphir, où croissent les lotus,
Luisent dans tes vallons d’un éclair revêtus;
Une rouge vapeur à ton épaule ondoie
Comme un manteau de pourpre où le couchant flamboie
Mille fleurs, sur ton sein, plus brillantes encor,
Au vent voluptueux livrent leurs tiges d’or,
Berçant dans leur calice, où le miel étincelle,
Mille oiseaux dont la plume en diamants ruisselle.
Kaîlaça ! Kaîlaça, soit que nos pieds hardis
Atteignent la hauteur pure où tu resplendis,
Soit que, le souffle humain manquant à nos poitrines,
Nous retombions mourants sur tes larges racines;
Ô merveille du monde, ô demeure des Dieux,
Du visible univers monarque radieux,
Sois béni ! Ta beauté, dans nos coeurs honorée,
Fatiguera du temps l’éternelle durée.
Salut, Route du ciel que vont fouler nos pas;
Dans la vie ou la mort nous ne t’oublîrons pas !

*

Ayant chanté le mont Kaîlaça, les Brahmanes
Se baignèrent trois fois dans les eaux diaphanes.
Ainsi purifiés des souillures du corps,
Ils gravirent le Mont, plus sages et plus forts.
Les Aurores naissaient, et, semblables aux roses,
S’effeuillaient aux soleils qui brûlent toutes choses;
Et les soleils voilaient leur flamme, et, tour á tour,
Du sein profond des nuits rejaillissait le jour.
Les Brahmanes montaient, pleins de force et de joie.
Déjà les kokilas, sur le bambou qui ploie,
Et les paons et les coqs au plumage de feu,
Annonçaient le Séjour, l’inénarrable Lieu,
D’où s’épanche sans cesse, en torrents de lumière,
La divine Mâyâ, l’Illusion première.
Mille femmes au front d’ambre, aux longs cheveux noirs,
Des flots aux frais baisers troublaient les bleus miroirs,
Et du timbre argentin de leurs lèvres pourprées
Disaient en souriant les hymnes consacrées;
Et les Esprits nageaient dans l’air mystérieux;
Et les doux Kinnaras, musiciens des Dieux,
Sur les flûtes d’ébène et les vinés d’ivoire
Chantaient de Bhagavat l’inépuisable histoire.

(Leconte de Lisle)

 

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HYACINTHE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



HYACINTHE

Au sablier des schistes et des granits clos
tes grains sont le comput des astres révolus.
Mais leur éclat demeure : arêtes vives,
ambre luisant. Et au cadran du soir
comme étoiles d’airain, ce lourd lever d’auriges.

(Jacques Lacarrière)

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AUTOMNE AU TEMPLE LUK WU (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

balai

AUTOMNE
AU TEMPLE LUK WU

1.
Longue marche le long de la côte
maintenant dans la brume du soir
le portail rouge

2.
Pourquoi Bouddha est-il venu de l’ouest ?
— un bol de nouilles
et ce thé couleur d’ambre

3.
Un temple dans la montagne —
le balai qui passe
le balai qui passe

4.
Vent dans les pins
la cloche du toit qui tinte
à travers la moustiquaire : la lune

5.
Départ à l’aube
après un gruau de riz —
le cri du ramier
(Ile de Lantao, mer de Chine du Sud)

*

AUTUMN
AT LUK WU TEMPLE

1.
Long miles along the coast
now in the evening mist
the red gates

2.
Why did Buddha come from the west?
— a bowl of noodles
and this amber-coloured tea

3.
A temple in the mountains —
thesound of sweeping
the sound of sweeping

4.
Wind in the pines
the roof bell tolling
through the mosquito net : the moon

5.
Leaving at dawn
after a bowl of rice gruel —
thecall of a wood pigeon
(Lantao Island, South China Sea)

(Kenneth White)

Illustration

 

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Je sais un lieu où l’Été lutte (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Je sais un lieu où l’Été lutte
Contre un Gel si expert —
Que — tous les ans — ramenant ses Pâquerettes —
Elle note en bref — «Perdues» –

Mais quand le Vent du Sud éveille les Étangs
Et se démène sur les chemins —
Son Cœur La trahit, touchant Son Serment —
Et dans le giron Adamantin

Elle verse de doux Refrains —
Des épices — et la Rosée —
Qui sans bruit se fige en Quartz —
Sur son Chausson Ambré —

***

I know a place where Summer strives
With such a practised Frost —
She — each year — leads her Daisies hack —
Recording briefly — « Lost » —

But when the South Wind stirs the Pools
And struggles in the lanes —
Her Heart misgives Her, for Her Vow —
And she pours soft Refrains

Into the lap of Adamant —
And spices — and the Dew —
That stiffens quietly to Quartz —
Opon her Amber Shoe —

(Emily Dickinson)


Illustration

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Une rose rouge à ma main (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Une rose rouge à ma main
Si pure
chaque feuille brûle,
à l’instant c’est plein feu
en chacun de mes yeux, ma tête en feu.

Ô mat carmin
vin gelé qui
éclate soudain en flammes rouges
et sang couleur feu
chaleur des fontaines,
échappé des digues du coeur.

Je peux d’un regard prendre votre lumière,
je peux me coucher humblement, plume voletant,
haletant, haletant pour vous,
je peux me laver au fond des flaques,
je peux tout boire votre brillance
vos douces flammes.

Une rose rouge pour mon sommeil
voyez comme elle est sombre,
du sang dans mon sommeil
un rêve d’ambre,
sur une mer rouge rêvée, moi cap blanc.

Ô triste clapotis
et sombres chocs
autour de mon pied rêveur —
Ô fontaine de deuil,
rêve immobile de femme,
blanc éclatant et sombre comme la suie.

Je peux me rêver près de vous
je peux pleurer, à vos côtés,
vous si rouge dans mon âme —
vous volcan brûlant, â jamais furieux
où je suis tombé.

Mort, o mort,
sombre, sombre rouge figé,
viens, o viens.

Mes mains sont si chaudes —
mes yeux brûlent de fatigue
au fond de ma tête, je ne sais
plus rien, je suis si fatigué.

Des voix dans la rue,
vent et lumière céleste —
autour de moi des mots vides,
mon oreille cède.

1l ne reste rien en moi
que ce pauvre désir affamé —
Il est la depuis si longtemps, si longtemps,
Il ne veut plus partir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Le jardin musical (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Le jardin musical

Qui entend bien l’amour
Plante fleurs en l’oreille.
Et chante l’alouette
Au plus haut de l’été.

Ce sont là semaisons
De notes de musique
Sur l’étrange portée
Des bordures de thym.

Romarin des abeilles,
Calices des bourdons,
Herbes des sauterelles,
Palais d’ambre et de sucre.

Des couleurs symphoniques,
Des caresses qui voient.
Jusqu’au sommeil des rêves
Qui refuse la nuit.

Je dirai l’odyssée
D’une chaste pervenche,
Je conterai l’histoire
De ce brin d’herbe jaune.

Muguet, mon clavecin.
Lavandin, mon pipeau.
Orange, ma guitare.
Chêne, ma contrebasse.

Je m’enivre des mots
Qui chantent les parfums
Dans ce jardin si jeune
Qu’il est d’éternité.

Ainsi tout un orchestre
Pour éblouir le jour.
Qui entend bien la terre
Ne connaît pas le froid.

(Robert Sabatier)

Illustration: Josephine Wall

 

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Les demeures (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Les demeures

Je dors dans un palais de marbre et d’ambre,
le jour n’a pas soulevé ma paupière.
J’entends rôder tes pas de chambre en chambre
comme y rôdaient les matins de septembre
et mon sommeil s’emplit de ta lumière.

Mais t’entendrai-je encor si tu m’éveilles,
si tu m’ouvres les yeux pour ne rien voir?
Mes yeux ne sont pas faits pour le soleil.
Mon lendemain vaudrait moins que la veille
si tu montrais sans précaution ta gloire.

Puisque j’étais convié à tes demeures
je n’avais peur ni de toi ni des anges
mais je suis si peu fait pour ta splendeur
qu’il m’eut suffi d’être le maraudeur
qu’on laisse asseoir sous ton portail de grange.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les parvis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Belle Cloris (Góngora)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: James Sant
    
XV

Quel ivoire du Gange, quel marbre
blanc de Paros, quel ébène luisant,
quel ambre fauve, quel or excellent,
quel argent fin, ou quel cristal si clair,

quelle rosée si frêle, quel saphir
oriental si rare, quel rubis ardent,
ou, en l’heureux âge présent,
main si savante de sculpteur si rare

rendra le visage, quoiqu’outrage
miraculeux à la beauté
son beau labeur, son aimable fatigue,

qui ne ferait figure au soleil d’une cire,
en regard de tes yeux — son image,
belle Cloris, Ô ma douce ennemie ?

***

XV

¿ Cuál del Ganges marfil, o cuál de Paro
blanco mármol, cuál ébano luciente,
cuál ámbar rubio, o cuál oro excelente,
cuál fina plata, o cuál cristal tan claro,

cuál tan menudo aljófar, cuál tan caro
oriental safir, cuál rubí ardiente,
o cuál, en la dichosa edad presente,
mano tan docta de escultor tan raro

bulto de ellos formara, aunque hiciera
ultraje milagroso a la hermosura
su labor bella, su gentil fatiga,

que no fuera figura al sol de cera,
delante de tus ojos, su figura,
oh bella Clori, oh dulce mi enemiga?

(Góngora)

 

Recueil: Sonnets
Traduction: François Turner
Editions: Imprimerie Nationale

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Veille (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018




    
Veille

Posée sur une chaise
une chemise
En boule sur le tapis
couleur de nuit
la robe
Sur sa poitrine
un papillon
qui scintillait.

Entre les murs
dans une lumière ambrée
veillait
la saveur d’un parfum.
Sous le toucher bavard
dans des bruits sourds
l’étreinte
et dans le lit
un adagio de baisers
se mêlait
aux draps bleus
sommeillants.

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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Invitation (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018




    
Invitation

Épluche une grenade
dans la cour.
Ramasse les grains d’ambre
et viens me trouver
à l’heure où le vague
soir prend congé du soleil
en s’inclinant.

Derrière le sourire
de l’iris
je t’attendrai
entre les bruissements
du vent
et les chants des oiseaux
en écho.
J’aurai suspendu
demain aux branches
et tous les hiers
dans la terre profondément
cachés.

Quand tu les auras trouvés
avance — d’un pas lent
dans la clairière
de nos enfances.
Retourne le jour
et fabrique, si tu peux,
des rêves touchant le ciel.

Je t’attendrai
derrière le sourire
de l’iris…

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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