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Posts Tagged ‘âme’

L’ART D’AIMER (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



 

L’ART D’AIMER

Si tu veux sentir le bonheur d’aimer, oublie ton âme,
C’est l’âme qui gâte l’amour.
En Dieu seul, elle peut trouver satisfaction,
Jamais en une autre âme.
En Dieu seul — ou hors du monde.

Les âmes sont incommunicables.

Laisse ton corps s’entendre avec un autre corps.

Les corps s’entendent, les âmes non.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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SAGESSE (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

SAGESSE

La facette secrète du diamant
L’impossible vérité
L’intime du souffle
L’encre figée sur le papier.
La présence du silence
A l’instant de mourir
Étrangers, de se perdre dans le tourment d’une antique parole,
J’ai rêvé l’émerveillement du soleil sur une pierre blanche
et l’eau de lune enveloppée de la nuit.
Sur le carreau du temps bourdonne une libellule,
Devenir, le silence, le repos, le passage, l’exil
l’ombre commune, le malheur commun, l’errance
la soif, l’absolu, le désert de l’âme, la source de la joie
l’amer, l’infini, le grain de sable, l’étoile
Les mots, corps célestes
Une interrogation
éternelle en deçà de la mort
Présence des visages
Avec pour exil, le même mot
Avec
pour voyage, le regard de la
même eau
Avec pour bagage, l’amour
du même feu.

(Nicole Barrière)

 

 

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Encore ! (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



James Joyce

Encore !
Viens, donne, cède-moi toute ta force !
De loin un mot murmure tout bas au cerveau brisé
Son calme cruel, misérable soumission,
Adoucissant son craintif respect comme à l’âme prédestinée.
Cesse, amour silencieux ! Mon destin !

***

Again !
Come, give, yield all your strength to me!
From far a low word bretahes on the breaking brain
Its cruel calm, submission’s misery,
Gentling her awe as to a soul predestined.
Cease, silent love! My doom!

(James Joyce)

 

 

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Berceuse (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver
    

Berceuse

Pose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;
Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Eveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sècheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.

***

Lullaby

Lay your sleeping head, my love,
Human on my faithless arm;
Time and fevers burn away
Individual beauty from
Thoughtful children, and the grave
Proves the child ephemeral:
But in my arms till break of day
Let the living creature lie,
Mortal, guilty, but to me
The entirely beautiful.

Soul and body have no bounds:
To lovers as they lie upon
Her tolerant enchanted slope
In their ordinary swoon,
Grave the vision Venus sends
Of supernatural sympathy,
Universal love and hope;
While an abstract insight wakes
Among the glaciers and the rocks
The hermit’s carnal ecstasy.

Certainty, fidelity
On the stroke of midnight pass
Like vibrations of a bell,
And fashionable madmen raise
Their pedantic boring cry:
Every farthing of the cost,
All the dreaded cards foretell,
Shall be paid, but from this night
Not a whisper, not a thought,
Not a kiss nor look be lost.

Beauty, midnight, vision dies:
Let the winds of dawn that blow
Softly round your dreaming head
Such a day of welcome show
Eye and knocking heart may bless,
Find the mortal world enough;
Noons of dryness find you fed
By the involuntary powers,
Nights of insult let you pass
Watched by every human love.

(Wystan Hugh Auden)

 

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A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
A quel rivage veux-tu atteindre, ô mon coeur ?
Il n’y a aucun voyageur devant toi.
Il n’y a pas de route.
Où est l’action, où est le repos sur ce rivage ?

Il n’y a pas d’eau : aucun bateau, aucun marin ne sont en vue.
Il n’y a pas même de corde pour hâler le bateau, ni d’homme pour la tirer.
Ni terre, ni ciel, ni temps; rien n’y existe : ni fleuve, ni rive.

Il n’y a là, ni corps, ni esprit
et où pourrais-tu y apaiser la soif de ton âme ?
Tu ne trouverais rien dans ce néant.

Sois fort et rentre en toi-même.
Là tu seras sur un terrain solide.
Considère ceci, ô mon coeur !
Ne va pas ailleurs.

Kabîr dit : « Rejette toute imagination et
affermis-toi dans ce que tu es. »

(Kabîr)

 

 

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Sur cet arbre est un oiseau (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
Sur cet arbre est un oiseau;
il danse dans la joie de la vie.

Nul ne sait où il est.
Et qui peut dire quel est le refrain de sa chanson ?
Où l’ombre la plus épaisse tombe des branches, c’est là qu’il a son nid.
Il y vient au soir et s’en vole au matin; je ne le comprends pas.
Nul ne peut me dire quel est cet oiseau qui chante en mon âme.
Ses plumes ne sont ni colorées ni incolores.

— Il n’a ni forme ni contour.
Il se tient dans l’ombre de l’amour.
Il dort au sein de l’Inaccessible, de l’Infini et de l’Éternel
et nul ne sait quand il s’envole et nul ne sait quand il revient.

Kabîr dit : « Ô frère Saint ! profond est ce mystère.
Laisse les sages chercher où habite cet oiseau. »

(Kabîr)

 

 

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À LA MUSE (Stephen Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



À LA MUSE

1
« Parfois je rêve »
De me confondre au charme de tes yeux
Pour étancher ma soif à la même fontaine
Parfois, je rêve
D’une autre rive
De la caresse d’un baiser suprême
À la croisée des âmes
Parfois, je rêve
Le coeur en partance vers n’importe quel monde
Où je pourrais t’aimer en lettres d’or
Où je pourrais m’abandonner tel un enfant
Sous l’ambre des goémons
Avec tout l’amour des vagues insoumises.

J’attends l’aurore à tes lèvres vermeilles.

2
« Si tu avais bu dans mon verre… »
Tu aurais trouvé les pleurs salés de mes sonnets sans nom
Toutes les odes inspirées par des souffles d’amour
Tout le désespoir d’un clown aux clarines de l’automne
Tout le requiem inachevé de mes douleurs muettes
Et puis sous l’écume des jours
Ce fleuve de tendresse où je me noie sans fin
A fendre l’âme,
À contre coeur de mes désirs
Car je ne suis rien pas même un songe
Mais tout simplement une solitude qui ne demande qu’à mourir
En silence, au bord de ma mémoire
Ô Muse, peut-être ta main…

(Stephen Blanchard)

 

 

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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Depuis que je t’ai vue… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Depuis que je t’ai vue,
Le chant du rossignol, le doux chant de l’oiseau
Se fait encor plus beau.
Et, dissipant la nue,
L’éclat du grand soleil
Est soudain sans pareil.
Mais nul mot ne me vient de ta bouche menue,
Nul sourire pour l’éclairer…
Doucement. Et celui qui t’aime
N’est plus que l’ombre de lui-même.
Il voudrait t’embrasser. Il voudrait te serrer.

Depuis que je t’ai vue, ô toi, femme cruelle,
Dans les champs, je perçois
Une senteur nouvelle.
Plus fines qu’autrefois
Sont les fragrances, plus câlines,
Et l’orgueilleux rosier ne porte plus d’épines.
Mais ton âme est de glace et trop fier est ton cœur.
Ce qui fut la brise du désespoir, ô Femme,
A présent brûle avec ardeur
Et devient amoureuse flamme!

Depuis que je t’ai vue – et pourquoi le nier! –
Le ciel, pour moi, est toujours printanier.
Aucun oiseau n’est prisonnier d’aucune fille.
Et moi seul, ton captif, suis derrière une grille.
Il me sera doux de mourir.
Car mon cœur douloureux à toi n’a pu s’offrir.
En quittant cette terre,
En me sentant partir,
J’exhalerai le nom de celle qui m’est chère.

(Attila Jozsef)


Illustration: William Bouguereau

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Je viendrai (Vahan Terian)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je viendrai

Moi je viendrai, quand tu resteras seul
Sous les ombres mélancoliques du soir
Quand tu enterreras tes rêves brisés
Et t’éloigneras découragé…

Moi je viendrai comme une chanson oubliée,
Tissée de prières, d’amour et de fleurs,
Quand dans ton cœur sans vie, affluera le chagrin
Je t’appellerai vers d’autres rives.

Moi je viendrai quand tu seras triste,
Quand tes rêves seront dissipés pour toujours,
Je prendrai ta main je prendrai ta peine
J’allumerai d’autres lumières dans ton âme…

(Vahan Terian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Alberto Galvez

 

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