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Poésie

Posts Tagged ‘âme’

Un homme (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 

Jean-Michel Follon pluie-parapluie

Un homme
Un seul un homme
Et rien que lui
Sans pipe sans rien
Un homme
Dans la nuit un homme sans rien
Quelque chose comme une âme sans son chien
La pluie
La pluie et l’homme
La nuit un homme qui va
Et pas un chien
Pas une carriole
Une flaque
Une flaque de nuit
Un homme.

(René-Guy Cadou)

Illustration: Jean-Michel Follon

 

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La cinquième saison (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017




Illustration: Marc Chagall

    
La cinquième saison

S’il faut nommer le ciel je commence par toi
Je reconnais tes mains à la forme du toit

L’été je dors dans la grange de tes épaules
Les hirondelles de ta poitrine me frôlent

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang
Le rideau de ta chevelure qui descend

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes
Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts
Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines
On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine

En hiver tu secous la neige de ton front
Tu es la tache lumineuse du plafond

Et je ferme au-delà des mers le paysage
Avec les hautes falaises de ton visage

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux
Lentement le soleil s’est approché de nous.

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe
Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison
La fleur la branche et l’aile au bord de la maison

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse
Sur le mur le dernier reflet d’une caresse.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Le vent je l’entends qui soupire (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Le vent je l’entends qui soupire
L’automne n’a pas plus triste accent,
Au sol les feuilles mortes gisent
Aussi serrées que fleurs du printemps —

Cette nuit sombre m’a invitée
À vagabonder au loin.
Des sentiments anciens sur moi fondent
Comme vautours cernant leur proie —

Tendres ils furent jadis, et chéris,
Mais froids et sans joie à présent —
Que leur ombre tenace n’a-t-elle péri
Quand leur lumière a fui mon front !

On dirait la vieillesse qui feint
La souplesse de l’enfant,
Mon âme faussée durcie quand elle se plie
À leurs fantaisies sauvages

Pourtant je pourrais avec les plaisirs d’hier,
Du malheur d’hier obtenir l’oubli —
Afin que par la mort de mes plus chers trésors
Meurent mes plus mortels soucis

Oh alors l’aube d’un nouveau jour
Poindrait peut-être là-haut —
Un autre été dorerait ma joue,
Mon âme, un autre amour —

***

The wind I hear it sighing
With Autumn’s saddest sound,
Withered leaves as thick are lying
As spring flowers on the ground —

This dark night has won me
To wander far away.
Old feelings gather fast upon me
Like vultures round their prey —

Kind were they once, and cherished,
But cold and cheerless now —
I would their lingering shades had perished
When their light left my brow

Tis like old age pretending
The softness of a child,
My altered hardened spirit bending
To meet their fancies wild

Yet could I with past pleasures,
Past woe’s oblivion buy —
That by the death of my dearest treasures
My deadliest pains might die

O then another daybreak
Might haply dawn above —
Another summer gild my cheek,
My soul, another love —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Je ne pleurerai pas (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: Edvard Munch
    
Je ne pleurerai pas de voir que tu me quittes
Ici il n’y a rien d’enchanteur,
Et doublement m’affligera le sombre monde
Tant qu’y souffre ton coeur —

Je ne pleurerai pas — car la splendeur de l’été
Toujours doit finir en ténèbre
Et le conte le plus heureux, à terme
Se clôt avec la tombe —

Et puis je suis lasse de la détresse
Qu’engendrent les hivers grandissants
Ecoeurée de voir l’esprit se languir
Dans le pur désespoir des ans —

Si donc une larme à l’heure de ta mort
Vient par hasard à m’échapper
C’est seulement que mon âme soupire
D’aller près de toi reposer —

***

I’ll not weep that thou art going to leave me
There’s nothing lovely here,
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there —

I’ll not weep — because the summer’s glory
Must always end in gloom
And follow out the happiest story,
It closes with the tomb —

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear —
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair —

So if a tear when thou art dying
Should haply fall from me
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Oui, le voilà ! (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Oui, le voilà ! Il éveille ce soir
Des pensées douces, qui ne mourront pas
Et les feux du coeur flambent aussi vifs
Que dans les années écoulées ! —

Et je devine à ta joue altérée,
A ton regard de braise,
Aux paroles qu’à peine tu prononces,
Comme l’imagination se déchaîne —

Oui je jurerais que ce vent splendide
A balayé l’univers
A chassé de ton âme son souvenir
Comme du flot les bulles d’écume —

Et là maintenant tu es un esprit répandant
Ta présence en toute chose —
L’essence du tumulte de la Tempête
Et de son apaisement —

Une influence universelle
Libérée de la Tienne propre —
Un principe de vie intense
Perdue pour le mortel —

Aussi quand ce sein sera froid, en vérité
Ton âme prisonnière montera
je cachot se mêlera à l’humus —
La captive aux ciels —

***

Aye there it is ! It wakes tonight
Sweet thoughts that will not die
And feeling’s fires flash all as bright
As in the years gone by ! —

And I can tell by thine altered cheek
And by thy kindled gaze
And by the words thou scarce dost speak,
How wildly fancy plays —

Yes I could swear that glorious wind
Has swept the world aside
Has dashed its memory from thy mind
Like foam-bells from the tide —

And thou art now a spirit pouring
Thy presence into all —
The essence of the Tempest’s roaring
And of the Tempest’s fall —

A universal influence
From Thine own influence free —
A principle of life intense
Lost to mortality —

Thus truly when that breast is cold
Thy prisoned soul shall rise
The dungeon mingle with the mould —
The captive with the skies —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER

Je ne pleurerai pas de te voir me quitter
Il n’est rien d’aimable ici-bas,
Et doublement m’affligera ce sombre monde
Tant que ton coeur y pâtira.

Je ne pleurerai pas : la splendeur de l’été
Nécessairement s’enténèbre;
L’histoire la plus heureuse, quand on la suit,
Se termine avec le tombeau!

Et je suis excédée de l’angoisse qu’apporte
Le long cortège des hivers,
Outrée de voir l’esprit languir au long des ans
Dans le plus morne désespoir.

Si donc un pleur m’échappe à l’heure de ta mort,
Sache-le, il ne marquera
Qu’un soupir de mon âme impatiente de fuir
Et d’être en repos avec toi.

***

I’LL NOT WEEP THAT THOU ART GOING TO LEAVE ME

I’ll not weep that thou art going to leave me,
There’s nothing lovely here;
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there.

I’ll not weep, because the summers’ glory
Must always end in gloom;
And, follow out the happiest story—
It closes with the tomb!

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear;
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair.

So, if a tear, when thou art dying,
Should haply fall from me,
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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MOIS APRÈS MOIS, ANNÉE APRÈS ANNÉE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
MOIS APRÈS MOIS, ANNÉE APRÈS ANNÉE

Mois après mois, année après année,
Ma lyre a fait entendre une note plaintive;
Voici qu’enfin un son plus animé
Va l’accorder, joyeuse, au timbre du plaisir.

Qu’importe que le clair de lune et les étoiles
S’éteignent dans le gris maussade du matin?
Ce ne sont là que signes de la nuit,
Et ceci, mon âme, est le jour.

***

MONTH AFTER MONTH, YEAR AFTER YEAR

Month after month, year after year,
My harp has poured a dreary strain;
At length a livelier note shall cheer,
And pleasure tune its chords again.

What though the stars and fair moonlight
Are quenched in morning dull and grey?
They are but tokens of the night,
And this, my soul, is day.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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VOICI S’OUVRIR LES FLEURS DE MAI (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
VOICI S’OUVRIR LES FLEURS DE MAI

Voici s’ouvrir les fleurs de mai,
S’éployer librement les feuilles;
Dans chaque corolle une abeille
Et sur chaque branche un oiseau.

Le ruisseau chante avec bonheur,
Le soleil rayonne avec joie,
Je suis la seule à me languir
Et tout est ténèbre pour moi.

Ô de glace est mon coeur, de glace!
Il ne veut, ne peut s’exalter;
Il est sans sympathie aucune
Pour ce ciel baigné de clarté.

Ô défunte est ma joie, défunte!
Il me tarde d’être en repos
Et que la terre humide couvre
Cette poitrine désolée.

Fussé-je entièrement seule,
Peut-être serait-ee moins sombre :
Une fois tout espoir perdu,
Je n’aurais plus sujet de craindre.

Mais les yeux ravis qui m’entourent
Devront pleurer comme les miens,
Je devrai voir le même orage
Éclipser leur radieux matin.

Si le ciel déversait sur moi
Cette pluie de futurs malheurs
En épargnant leurs tendres âmes,
Je la souffrirais de bon coeur.

Hélas, comme l’éclair dessèche
Tant le vieil arbre que le jeune,
Eux et moi nous devrons subir
Un inéluctable destin.

***

MAY FLOWERS ARE OPENING

May flowers are opening
And leaves opening free;
There are bees in every blossom
And birds on every tree.

The sun is gladly shining,
The stream sings merrily,
And I only am pining
And all is dark to me.

D cold, cold is my heart!
It will not, cannot rise;
It feels no sympathy
With those refulgent skies.

Dead, dead is my joy,
I long to be at rest;
I wish the damp earth covered
This desolate breast.

If I were quite alone,
It might not be so drear,
When all hope was gone,
At least I could not fear.

But the glad eyes around me
Must weep as mine have done,
And I must see the same gloom
Eclipse their morning sun.

If heaven would rain on me
That future storm of care,
So their fond hearts were free
1’d be content to bear.

Alas! as lightning withers
The young and agèd tree,
Both they and 1 shall fall beneath
The fate we cannot flee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN

Mon plus grand bonheur, e’est qu’au loin
Mon âme fuie sa demeure d’argile,
Par une nuit qu’il vente, que la lune est claire,
Que l’oeil peut parcourir des mondes de lumière —

Que je ne suis plus, qu’il n’est rien —
Terre ni mer ni ciel sans nuages —
Hormis un esprit en voyage
Dans l’immensité infinie.

***

I’M HAPPIEST WHEN MOST AWAY

I’m happiest when most away
I can bear my soul from its home of clay
On a windy night when the moon is bright
And the eye can wander through worlds of light—

When I am not and none beside—
Nor earth nor sea nor cloudless sky—
But only spirit wandering wide
Through infinite immensity.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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JE VIENDRAI QUAND TU CONNAITRAS LA PIRE ANGOISSE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    
JE VIENDRAI QUAND TU CONNAÎTRAS LA PIRE ANGOISSE

Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse,
Allongé, seul, dans la chambre assombrie,
La folle joie de la journée évanouie
Et l’heureux sourire banni
Des ténèbres glacées du soir.

Je viendrai quand le vrai sentiment de ton coeur
Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir,
Et que mon influence, se glissant en toi,
Aggravant la désolation, gelant la joie,
Emportera ton âme.

Ecoute : voici l’heure, voici
Pour toi le moment redoutable;
Ne sens-tu pas déferler sur ton âme
Un flot d’étranges sensations,
Signes avant-coureurs d’un plus rude pouvoir,
Hérauts de mon avènement?

***

I’LL COME WHEN THOU ART SADDEST

I’ll come when thou art saddest,
Laid alone in the darkened room;
When the mad day’s mirth has vanished,
And the smile of joy is banished
From evening’s chilly gloom.

I’ll
come when the heart’s real feeling
Has entire, unbiassed sway,
And my influence o’er thee stealing,
Grief deepening, joy congealing,
Shall bear thy soul away.

Listen, ’tis just the hour,
The awful time for thee;
Dost thou not feel upon thy soul
A flood of strange sensations roll,
Forerunners of a sterner power,
Heralds of me?

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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