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Poésie

Posts Tagged ‘amener’

Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Dialogue avant le lever de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

George Clair Tooker 1920-2011 - American Magic Realist painter - T  (22) [1280x768]

Dialogue avant le lever de la lune

– Je veux bien vivre ; mais vraiment,
L’Idéal est trop élastique !

– C’est l’Idéal, son nom l’implique,
Hors son non-sens, le verbe ment.

– Mais, tout est conteste ; les livres
S’accouchent, s’entretuent sans lois !

– Certes, l’Absolu perd ses droits,
Là où le Vrai consiste à vivre.

– Et, si j’amène pavillon
Et repasse au Néant ma charge ?

– L’Infini, qui souffle du large,
Dit –  » pas de bêtises, voyons !  »

– Ces chantiers du Possible ululent
A l’Inconcevable, pourtant !

– Un degré, comme il en est tant
Entre l’aube et le crépuscule.

– Être actuel, est-ce, du moins,
Être adéquat à Quelque Chose ?

– Conséquemment, comme la rose
Est nécessaire à ses besoins.

– Façon de dire peu commune
Que Tout est cercles vicieux ?

_ Vicieux, mais Tout !

_ J’aime mieux
Donc m’en aller selon la Lune.

(Jules Laforgue)

Illustration: George Clair Tooker

 

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PROGRAMME MATINAL (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Françoise Naudet
    
PROGRAMME MATINAL

Heures claires du lever du Soleil
auxquelles mille trompettes d’or
annoncent le divin réveil !
Salut à toi, Orbe céleste et sonore !

Dans l’angoisse de l’ignorance
de l’avenir, sachons recevoir
la barque chargée de fragrances
dont les rames sont d’ivoire.

Épicuriens ou bien rêveurs,
aimons la Vie triomphante,
toujours couronnés de fleurs,
la torche toujours flamboyante !

Puissions-nous extraire des raisins
de notre existence transitoire
les plaisirs qui animent nos destins
et les champagnes de la gloire.

Dévidons les fils d’Amour,
faisons le Bien — il est amène,
dormons ensuite sans détour,
pour toujours, à jamais. Amen.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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CONQUÉRANT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



    

CONQUÉRANT

J’ai balayé tout le pays
En une fière cavalcade;
Partout les gens se sont soumis,
Ils viennent me chanter l’aubade.

Ce cérémonial est fade;
Aux murs mes ordres sont écrits.
Amenez-moi (mais pas de cris)
Des filles pour la rigolade.

L’une sanglote, l’autre a peur,
La troisième a le sein trompeur
Et l’autre s’habille en insecte.

Mais la plus belle ne dit rien;
Elle a le rire aérien
Et ne craint pas qu’on la respecte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Encore ? Non ! (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



    
Encore ? Non !
Des fois je suis gêné
par la récurrence de ce pronom
qui place au centre, voire en
exergue, mon seul visage.

Bien sûr, je
suis gêné, est-ce possible autrement ?
Pareil pour le serveur et son plateau sur quoi
reposent (seulement) ses mains.

Toujours —
dimanchelundimardimercredijeudivendredisamedi —
où que je regarde,
je suis là.

Il y avait de la brise et un coquillage
amena Vénus —
mais je peux être là
sans aller ailleurs.

Alors au revoir
jusqu’à nos retrouvailles,
et quand tu viendras, entre sans frapper.
C’est je.

(Robert Creeley)

 

 

Recueil: Le sortilège
Traduction: Stéphane Bouquet
Editions: Nous

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Plus besoin de savoir écrire (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




Illustration: Joséphine Bacon
    
Plus besoin de savoir écrire
Ni de savoir calculer
Il me suffit de connaître
Les directions

Cueillir le champignon
Qui préserve le feu
Immortel

J’amène mon bâton de parole
Et m’adresse aux étoiles
Je m’assois pour le repos de mes pieds
Je sais être seule pour entendre
Les aurores boréales
Je dandine
Dans le bleu du bleu
D’une nuit qui endort
Mon grand-père l’ours

L’horizon sera là
A m’attendre
Et me conduira à la rivière
Au courant
Trompeur parfois

J’arrive enfin
A la terre qui espère
Ma venue

(Joséphine Bacon)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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REDDITION (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



    


    
REDDITION

J’ai mis bas les armes.
J’ai amené les voiles.
J’ai baissé pavillon.
Que me reste-t-il, sinon
battre la chamade ?

***

DEDIZIONE

J’ai mis bas les armes.
J’ai amené les voiles.
J’ai baissé pavillon.
Que me reste-t-il, sinon
battre la chamade?

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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Laissez laissez les colombes (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Laissez laissez les colombes
venir sur le sable, les colombes venir
sur l’ombre des nuages sur le monde
ombres de neige de l’hiver à venir.

Laissez laissez ces coeurs parés
près de la mer se poser
elles m’amènent des pensées
belles mêlées au souvenir.

Dieu se cache en leur vol d’eau
Dieu mon ami flèche de feu
que j’attends en tentant le jeu
d’un piège où s’allègent les mots.

Plus de fardeau dans l’air
ne faites pas saigner leurs ailes
ne clouez pas tant de lumière
au sol ainsi marié de ciel.

Ayez pitié de mon esprit
qui pense trouver une échelle
avec ces légères qui s’en vont d’ici
avec ces légères qui s’en reviennent.

J’oublie le pigeonnier que partage l’amour
et la trouble naissance de ces gestes de Dieu
mon regard et mon coeur se soulèvent du feu
dont c’est le pur envers que m’offre ce miroir

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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J’amène des fleurs (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



J’amène des fleurs.
Elles retiennent toutes les couleurs
elles ont des beaux noms de jeunes filles.

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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Le souffle (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017




    
Le souffle est aussi impérieux sous les portes
sur les caps, tu l’écouteras davantage
amener de très loin la vague immense qui déferle,
les embruns qui se brisent, et tu écouteras de même
ce qui semble un murmure entre tes lèvres
tu y auras conscience à la fois d’être unique
et de n’appartenir qu’au monde.

(Pierre Dhainaut)

 

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