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Poésie

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LE ROCHER (Michel Lermontov)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2022



Illustration: ArbreaPhotos
    
LE ROCHER

Une nuée ailée, auréole légère,
Sur le sein d’un rocher géant passa la nuit:
A l’aube elle reprit sa course passagère,
En jouant dans l’azur, sans plus penser à lui.

Mais il reste une trace humide entre les rides
Du vieux rocher qui garde un souvenir profond.
Il pense à l’infidèle amie, il se morfond
Et pleure amèrement dans le désert aride.

(Michel Lermontov)

Recueil: Michel Lermontov Poèmes
Traduction: Igor Astrow
Editions: Du Tricorne

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Je me suis séparé de toi (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2022



Illustration
    
Je me suis séparé de toi
Mais l’amour me précédait encore
Et quand j’ai tendu les bras
La douleur est venue s’y faire plus amère
Tout le désert à boire

Pour me séparer de moi-même.

(Paul Eluard)

Recueil:… Bleue comme une orange
Traduction:
Editions: Alternatives

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Une tombe en Lucanie (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



 

Otto Dix   La Guerre

Une tombe en Lucanie

La figure
de plumes et de griffes (oiseau et démon)
se tient en arrière, mais prête à
bondir. Il la sent
mais il ne la voit pas, le jeune soldat
qui l’a derrière lui. Il la sent
et il la voit peut-être, l’adversaire
qui s’apprête, javelot au poing, à faire vibrer
le coup mortel. Nulle haine dans leur visage
mais une attention profonde, car doit s’accomplir vite
ce qui doit s’accomplir, et chacun d’eux porte
la triste conscience de l’amer destin
de l’homme en guerre. Au vainqueur,
rien n’assure que demain, sous le coup d’un autre
ce ne sera pas lui le vaincu, lui le tué.
Du condamné d’aujourd’hui l’âme reflue
avec son sang. Mystérieux comme sa Parque, un joueur de
flûte donne le signal. Les bras
serrés sur la poitrine ou levés
vainement au ciel, les femmes peuvent
commencer à pleurer.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Otto Dix

 

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SIRÈNES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022



Illustration: Victor-Louis Mottez
    
SIRÈNES

Avec des rires sourds et de grondants sanglots,
Les filles de la mer se battent ou s’étreignent,
Et leurs cheveux luisants que dans l’ombre elles peignent
Traînent, fourrure sombre, au pied des noirs îlots.

L’anguille voyageuse et les vifs cachalots,
L’ourson couleur de neige à leur côté se baignent;
Et les feux de leurs yeux s’allument et s’éteignent,
Fanal de naufrageur qui tremble sous les flots

Leurs corps d’ambre et de lait ont la forme des vagues;
Les regrets, les terreurs, l’espoir, les désirs vagues,
Se condensent la nuit dans le brouillard amer.

Et, bercés mollement sur la gorge où tout sombre,
Les morts, coulés à pic, vont savourer dans l’ombre
Tout l’amour contenu dans la mort et la mer.

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au fond de la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021



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Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le cœur.

(Luc Bérimont)

 

 

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C’est un oiseau qui fuit la nuit (Thom Wei)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



C’est un oiseau qui fuit la nuit
Ou un bateau qui prend la mer
Et un soupir m’envahit
Dans un sourire amer
C’est ton regard un peu trop dur
Et mes rêves suspendus à tes lèvres fermées

C’est le besoin de s’évader
La joie de s’oublier
La folie de t’aimer
Et l’hiver avant l’été
Je suis encore si loin de toi
Et encore plus loin de moi

Viens plus près
Viens dans mes bras

C’est un oiseau qui prend la nuit
Ou un bateau qui fuit la mer
Je n’sais plus qui est qui
Ce soir je fuis la Terre
Car mes rêves ont effacé
Mon âme partie se cacher sous ton lit

Viens plus près
Viens dans mes bras
Viens dans ma vie

(Thom Wei)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Illégalités (Kiki Dimoula)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



Je m’étends et je vis
illégalement
dans des régions dont les autres
n’admettent pas l’existence.

Là je m’arrête et j’expose
mon univers traqué,
là je le propage
avec des moyens amers, indisciplinés,
là je le confie
à un soleil
sans forme ni lumière,
immobile,
qui m’est propre.
Là j’ai lieu.

Mais quelquefois
cela s’arrête.
Alors je me contracte,
et je reviens brutalement
(pour la tranquillité)
à la région
légale et reconnue,
à l’amertume de ce monde.

Et je suis démentie.

***

Illegalities

Illegitimately
I expand and experience
on plains existing
that the others don’t accept

there I stop and present
my persecuted world
there I recreate it
with small insubordinate tools
there I devote it
to a sun
shapeless, lightless
motionless
my personal sun

there I occur

however at sometime
this ends and
I contract and
I violently return
(to calm down)
to the known and acceptable
plain of
the earthly bitterness and

I’m proved to be wrong

(Kiki Dimoula)

Trouvé ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Bernadette Leclercq

 

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ODE A L’ODALISQUE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



 

Adrien Henri Tanoux (3) [1280x768]

ODE A L’ODALISQUE

L’intimité est graduée à traits de feu par la persienne
Ta nudité flotte vers moi sur l’or de ce radeau
C’est chez nous que le soleil a tendu son réseau
On attendait ces cables d’or pour que l’ancienne
Mine mît à jour mille et une nuits à l’heure
Nous admirons le tracé de ce plan de bonheur

Doigts d’ombre faites chanter ces cordes de lumière
Des versets de soleil enluminent la chambre
Et tout ce que n’a su exprimer le poème
Devient sur toi beauté plus claire

La persienne a filtré le paysage immense
Et même la poussière est devenue or pur
Nous sommes décidés à garder ce trésor

Pour toute notre vie
Nous avons fait provision d’or
Pour éblouir très vite
Les mirages d’horreur
Se dressant à l’improviste
Devant l’homme distrait

On a beau dire quel beau corps d’ambre
Les lèvres sont là et les bouts des seins
Pour tout rendre tendre

Et les yeux pleins de colorants d’humeur créatrice
Où sont en suspens comme paillettes
Des pigments qui savent raviver
La tache blême attaquant le monde
Des yeux pour tenir la beauté
Résolument devant soi sans faiblesse

Vase de la canéphore blessée à mort
Ou verre de cristal dans la main du mourant
Nous n’avons jamais eu qu’un bonheur sans défense

La triste nature morte
La vie du solitaire
Qui tient dans un seul verre
Et tout l’amer à boire
Se brise en mille éclats
Et danse autour de nous
Yeux follets feux bijoux

Les multiples pans de pénombre
Sont assemblés par ces soudures d’or
Par ces épingles d’or est retenue
Cette atmosphère de soie sombre

De l’obscur au clair ton éclat est au point
Des feux noirs des feux d’or dans tes yeux c’est la fête
Du jour qui danse avec la nuit
Les rayons de soleil sortant des mains des ombres
Les barreaux d’or du jour sciés distraitement
Dans tes trésors vont s’embellir
Quand la conscience s’accroît
S’accroît d’autant l’inconscient
C’est la sagesse de ta beauté
C’est la beauté de ta sagesse
C’est la promesse de tes yeux
La révélation de ton corps
C’est ton silence et tes aveux
C’est le bonheur toujours double
C’est l’amour toujours amoureux
De ce qu’il sait et qu’il ignore
De ce qu’il a et qu’il implore
Plus de lumière et d’ombre encore
C’est la sagesse avide de l’amour

(Ernest Delève)

Illustration: Adrien Henri Tanoux

 

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NUIT D’ÉTÉ (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2021



NUIT D’ÉTÉ

Le violon, d’un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle aux sons des cors,
Les sylphes vont pleurant comme une âme en détresse,
Et les coeurs des arbres ont des plaintes de morts.
Le souffle du Veillant anime chaque feuille;
Aux amers souvenirs les bois ouvrent leur sein;

Les oiseaux sont rêveurs; et sous l’oeil opalin
De la lune d’été ma Douleur se recueille…
Lentement, au concert que font sous la ramure
Les lutins endiablés comme ce Faust ancien,
Le luth dans tout mon cceur éveille en parnassien
La grande majesté de la nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain
Prolongé jusqu’à l’aube, et mourant au Matin.

(Emile Nelligan)


Illustration

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Le bonheur ainsi que l’ennui (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2021



Illustration: Henri Matisse
    
Le bonheur ainsi que l’ennui,
Comme deux fleuves dans la nuit,
S’en vont, rêveurs et téméraires,
Se perdre dans les eaux amères.

— Pourquoi nous semble-t-il toujours,
Dans la peine ou bien dans l’amour,
Qu’aucun des deux n’est éphémère ?…

(Anna de Noailles)

Recueil: Poème de l’amour
Traduction:
Editions: Le livre unique

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