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Poésie

Posts Tagged ‘amitié’

Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

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Ô COMBIEN EST HEUREUSE (Adrian Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017




    
Ô COMBIEN EST HEUREUSE

Ô combien est heureuse
La peine de cacher
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.

Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
En feignant qu’il me plaise
Nouvel amy choisir :
Mais telle fiction
Veut même affection.

Votre amour froide et lente
Vous rend ainsi discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est amie de raison.

Si mon feu sans fumée
Est cuidant et chaud
Etant de vous aimée
Du reste ne m’en chaut :
Soit mon mal vu de tous
Et seul senti de tous.

Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car luy et longue foi
Vous doivent tout à moi.

Que me sert que je sois
Avec Princes, ou Rois,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.

Quand par bonne fortune
Serez mien à tout point,
Lors parlez à chacune
Il ne m’en plaindrai point :
Bien vous pry cependant
N’être ailleurs prétendant.
Hélas qu’il fut possible
Que puisses être moy,
Pour voir s’il m’est pénible
Le mal que j’ai pour toi :
Tu prendrais grand pitié
De ma ferme amitié.

Vous semble-t-il, que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux
Amour veut avoir mieux.

De vous seul je confesse
Que mon cœur est transis :
Si j’étais grand princesse
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait
Montrez-le par effet.

***

O how happy is
The pain of sealing
An amorous flame
That makes two hearts burn,
When each of them expects
To soon be happy.

Alas, one wishes that I conceal
My apparent desire,
By feigning that it pleases me
To choose my new friend
But such a fiction
Wishes the same affection.

Your cold, slow love
Thus makes you discreet:
Mine, violent
Hears not this secret:
Love in no season
Is the friend of reason.

If my fre without smoke
Is burning and hot,
Being loved by you
Besides, it matters little to me:
Let my ill be seen by all
And felt alone by all.

If a woman in my presence
Other than you maintains,
Love wants me to think
That that belongs to me:
For he and long faith
You owe everything to me.

***

O, wie schön ist doch die Müh’,
Eine Liebesflamme zu verhehl’n,
Die zwei Herzen lässt erglühn,
Und wenn ein jeder freudig drauf’ gefasst’,
Zufrieden bald zu sein.

Ach, ich soll jedoch verschweigen
Mein sichtbares Begehr,
Und tun, so, als ob er mir gefele,
Einen neuen Freund erkör’.
Aber solch eine Mär
Will doch auch Herzenserhör’.

Eure ach so kalte und lahme Lieb’
Macht Euch so “verschämt“,
Die meine nun hingegen, gar heftig,
Hört nicht auf solch Geheim’:
Die Liebe, wann auch immer,
Will nie vernünftig sein!

Wenn mein rauchlos’ Feuer
Ist brennend und so heiß,
Wenn ich von Euch geliebet,
Der Rest ist mir dann gleich!
Dann kann ruhig ein jeder sehen
Und spüren meine Pein.

Wenn ein ander’ Weib
Vor mir Euch unterhält,
Die Liebe will, dass ich dann denke,
Dass mir das doch zufällt:
Denn er und lange Treue
Euch alles schulden mir.

(Adrian Le Roy)

 

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Comme horizon la neige (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
Comme horizon la neige, n’avons-nous appris
qu’à nous résigner ? Ce mot qui veut conclure
nous appartient, mais le silence nous déborde
autant qu’il nous rassemble, l’amitié, la prière,
a-t-elle une autre fin, que nos dieux y renaissent ?

Nous ne respirons que pour eux,
sans les nommer, sans borner le chemin,
sans asservir l’élan farouche, et comme viatique
douleur, louanges égales, indivisibles.

(Pierre Dhainaut)

 

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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Près de chaque être humain, il est une limite (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Près de chaque être humain, il est une limite
Que ne peuvent franchir ni passion ni tendresse.
Que des lèvres se joignent en un silence affreux!
Que l’amour mette un coeur en pièces!

L’amitié ne peut rien ici, ni les années
De haut bonheur, de bonheur enflammé,
Quand l’âme est libre, étrangère
À la lente langueur des voluptés.

Ceux qui la désirent sont fous, mais ceux qui
Y parviennent sont frappés par l’angoisse…
Voilà. Tu as compris pourquoi
Mon coeur ne bat pas sous ta main.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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A présent (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: Nupur Choudhary 
    
A présent le souci de parler
sur tant d’évidences
pèse lourd
Le livre est à sa fin
sans plus de forces
Les formes aimables
le débordent

Et donc regarde-moi
C’est ma supplique
A la dérobée regarde-moi
Puis viens vers tous ces signes
noircis en juste perte
Accorde-leur l’amitié
d’un long regard

Que ta noblesse les anime

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Personne n’est à plaindre (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: Jean-Siméon Chardin 
    
Personne n’est à plaindre
Des vivants ni des morts
A personne le privilège
De la douleur

Ne demander ici
Ni pitié
Ni compassion
Pas même un regard plus appuyé
Pas même un geste pour combler
La solitude

(on peut s’attendre simplement
au silence de l’amitié
posé comme l’eau
humble et fraîche
à l’angle le plus secret de la table
entre pénombre et soleil)

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Combien de temps (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Josephine Wall 
    
Combien de temps rester dans l’amitié
Du ciel…

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Faire patience (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    

Faire patience
laisser la main courir
au vide
là-devant
Laisser planer
déliée
la main
La nuit et moi
cherchons d’amitié
un corps toujours à venir

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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