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Posts Tagged ‘analyse’

À PRIME (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    
À PRIME
Fiat…

Père, porte mon âme en son insouciance
Jusqu’où tu veux et qu’elle dorme dans ta main
Sans demander le sens et le but du chemin.

Qu’elle soit, n’ayant plus ni dessein ni science.
Légère, détachée et joueuse au réveil
Comme des moucherons qui dansent au soleil.

Détourne d’elle une inquiète défiance
qui mesure avant toi le fil de l’avenir
Et qui pèse l’espoir avec le souvenir ;

Et l’analyse accroupie en la conscience
Dont l’ongle sans repos fouille de son labour
L’ombre, l’ombre de l’ombre, et n’y fait pas de jour.

Je m’abandonne à Toi, divine Sapience,
Ma force sera prête à l’heure du besoin
Comme un manteau d’enfant dont la mère a pris soin.

Je ferai ce que tu voudras de confiance,
J’espère tout, mon Dieu : Tu règnes sur le Bien.
Tu règnes sur le Mal et je n’ai peur de rien.

Ce que j’attends, je l’attends sans impatience,
Ô mon Père, ô ma Mère, ô mon unique foi !
Au destin qu’il me faut loin ou près porte-moi.

Tu vois le Temps et tout s’offre à ta prescience :
Mes fruits en moi comme le germe dans le grain.
Tu connais ma fatigue, et ma soif, et ma faim…

Et ton enfant n’a pas besoin d’expérience.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les bras (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Les bras

elle avait une façon de laisser les bras
accompagner le déplacement de son corps
qui désarmait toute analyse et disait, fort
bien, que la marche existe ailleurs que dans les pas

c’est de l’épaule que partait la courbe libre
volontaire et l’oeil commençait juste à la suivre
que déjà l’évasement du coude passé
le dessin se perdait dans l’isthme du poignet

jamais telle douceur n’avait paru plus ferme
ni l’évidence d’une peau plus éclatante
parcours sans faute d’une ligne dont la pente

pouvait surprendre par un geste qui la ferme
puis qui de nouveau l’ouvre et de nouveau l’oriente
écart inattendu qui comble notre attente

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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ANALYSE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016



ANALYSE

Hélas ! c’est bien fini les anciennes candeurs,
Candeur d’aimer, candeur de croire,
Et candeur d’espérer en son âme d’ivoire
Immortaliser les odeurs.

C’est bien fini l’orgueil de dominer les foules
Comme une église, le clocher !
Et d’être un grand Poète ardent pour chevaucher
Le vents, les nuages, les houles !

C’est bien fini l’espoir d’un long amour, pareil
A la marche en fleur d’une allée
Qui pèlerine au loin et qui s’en est allée
Jusqu’au seuil rouge du soleil.

Fini! c’est bien fini, ma simple Ame fervente,
Ma belle Ame du temps défunt,
Qui savait aspirer la douceur d’un parfum
Sans avoir peur qu’il ne s’évente,

Qui se penchait, ravie et libre de remords,
Sur un plant de roses voisines
Sans se dire que leurs invisibles racines
Percent la terre où sont les morts.

On s’éprend désormais d’étranges nostalgies :
Haïr le noir, tacher l’azur,
Car tandis qu’on s’excite à séduire un coeur pur
On est chaste dans les orgies.

Oh ! l’âme inconséquente et les nerfs détraqués !
Marins rêvant de longs voyages
Et qui. sitôt en mer, parmi les blancs sillages
Ont le rappel des anciens quais.

On croit ne plus souffrir que sa Foi soit éteinte,
Encensoir qui n’a plus de feu,
Mais on sent tout à coup le grand regret d’un Dieu
Quand une cloche, le soir, tinte !

(Georges Rodenbach)

 

 

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Pourquoi en vouloir encore et encore ? (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2015



pourquoi en vouloir encore et encore ?
ce que j’ai eu c’est beaucoup — et assez

fais de ton mieux pour ne pas être triste
trop bête, si c’était ton dernier jour

je renifle titube et strabise
divague somnole et agonise

le néant où j’étais avant de naître
c’est le même que celui où j’irai ?

mes toubiberies se passent bien
analyse du sang : tout dans les normes

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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RETOUCHE A L’ENQUÊTE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2015



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RETOUCHE A L’ENQUÊTE

Crimes, puisards de l’âme
où roule la monnaie d’un or interdit
l’analyse du sang sur le gravier
ne dira pas l’éblouissement de l’horreur,
le texte du soleil.

(Daniel Boulanger)

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