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Posts Tagged ‘ancolie’

AUTOMNE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



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AUTOMNE

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours

Automne, automne, automne, oh.
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs.
Jeux brutaux et têtes-bêches,
Le morne ennui des dortoirs.
Les souliers et les bobèches.

Automne, automne, oh, chenu
Mon coeur se fond d’amertume
Les bois, les taillis sont nus
Le givre aux lampes s’allume.

Mon enfance vous évoque
Tandis qu’un soleil léger
Pâle comme oeuf à la coque
S’élève sur les vergers.

Oh garde-moi ma présence
Là-bas près des figuiers bleus
J’y reconnais mon enfance
Mon petit sarrau de serge

Sous le regard des persiennes
Où dorment ceux que j’aimais
J’y entends des voix anciennes
Qui ne se tairont jamais.

(Maurice Fombeure)

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Invitation (Jean-Hughes Malineau)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2022




    
Invitation

Je vous souhaite la peur délicieuse d’un orage
tout seul dans votre chambre d’enfant
le sourire triste d’un bonbon de miel
au cours d’une convalescence tiède,
un baiser, sur le front, dans le noir.

Je vous souhaite l’émerveillement d’un caillou
choisi sur une plage entre cent millions d’autres.
Je voudrais tant que vous partagiez l’événement d’une ultime coccinelle
perdue sur la page d’un livre à la rentrée des classes,
le bouleversement d’une goutte de rosée qui hésite à l’extrémité d’une branche
ou la fragilité du ronronnement d’un chat dans la pupille de la nuit.

Écoutez la cotte de maille du peuplier dans le vent !
Écoutez l’audace d’une odeur de mimosa en plein coeur de l’hiver !

Je vous souhaite la curiosité,
l’appétit d’infimes et de minuscules rencontres
l’éclair d’une cicindèle ou d’un martin-pêcheur…
le plaisir d’une giboulée sur la peau nue
les grains de douceur sur la rivière
qui confesse tous les dessous du ciel
de ses dentelles d’écume sur les galets.

Je vous souhaite, le panier rempli de chanterelles,
l’odeur de chien mouillé, du vêtement qui sèche
près d’une flamme de feu de bois
et l’amitié de ce vieil habit qui ne craint rien.
Le chèvrefeuille, le chardonneret, l’ancolie, la morille…

Ah ! comme je vous souhaite de bâtir votre enfance
dans un puzzle de nuages blancs
la nuque sur un coussin de mousse.

(Jean-Hughes Malineau)

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Recette (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2021




Recette

En remède à vos maux d’amour,
Prenez la fleur de souvenir
Avec le suc d’une ancolie,
Et n’oubliez pas le souci;
Mélangez tout en fâcherie.

La plante du désir de loin,
Poire d’angoisse en émollient, –
Dieu, pour l’amie, vous les adresse -;

Poudre de plaintes en calmant,
Feuille de l’élection d’un autre
Et racine de jalousie :
Mettez l’essentiel sur le coeur
Juste avant de vous endormir
En remède à vos maux d’amour.

(Charles d’Orléans)

Illustration

 

Illustration

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Deux ancolies se balançaient sur la colline (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2021



Deux ancolies se balançaient sur la colline.
l’ancolie disait à sa soeur l’ancolie :
Je tremble devant toi et demeure confuse.

Et l’autre répondait :
si dans la roche qu’use l’eau, goutte à goutte,
si je me mire, je vois que je tremble,
et je suis confuse comme toi.

Le vent de plus en plus les berçait toutes deux,
les emplissait d’amour
et mêlait leurs coeurs bleus.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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MENHIR (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



MENHIR

Tout est bien de ce qui est
Tout est bien de ce qui sera
J’ai vécu mes journées
Viendra ma nuit
La mort ailleurs continue les songes de la vie
Le soleil ne se lasse de caresser la stèle funéraire
Sans que la terre en tire ombrage
Et les pluies adoucissent la rigueur ossuaire

Tout ce qu’il est possible d’aimer
Je l’ai aimé
J’ai fait aller le mythe avec la théologie
Et le rêve toujours épousa ma raison
Ainsi par les chemins d’Argol
La pierraille chante avec l’ancolie

Menhir
Je veux une mort verticale
Parmi les ronces paysannes
Que nul féalement ne grave mon nom
Nulle épitaphe sur la pierre
Nulle dédicace au granit

Menhir
Je veux seulement des vocables de lichen
Et la jaune écriture que silencieusement burinent
Les bruines hivernales et les vents d’océan.

(Xavier Grall)

 

 

 

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Le judicieux conseil (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019


 


 

Jacob Collins  - 06

Le judicieux conseil

Pourquoi cette rage,
Ô ma chair, tu ne rêves
Que de carnage,
De baisers !
Mon âme te regarde,
En tes joutes, hagarde :
Mon âme ne veut pas
De ces folâtres pas.
Aussi, parmi cette flamme,
Que venez-vous faire,
Ô mon âme !
Ah, laissez
Vos bouquets d’ancolie,
Et faites de façon
Que l’on vous oublie.

(Jean Moréas)

Illustration: Jacob Collins

 

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Le Houx (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Le Houx

Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx :
Avril est revenu pour jouer avec nous.

Il porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules,
Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;

Il les sème une à une parmi l’herbe des prés,
Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;

Il garde les jonquilles pour l’eau, et les pervenches
Pour les bois, aux endroits où s’allongent les branches ;

Il jette les violettes à l’ombre, sous les ronces
Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;

À toutes les prairies il donne des pâquerettes
Et des primevères qui ont un collier de clochettes ;

Il laisse les muguets tomber dans les forêts
Avec les anémones, le long des sentiers frais ;

Il plante des iris sur le toit des maisons,
Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon,

Il répandra des ancolies et des pensées,
Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Diaprée compagnie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



Illustration
    
Diaprée compagnie,
Vous les ancolies
D’arc-en-ciel nimbées,
Ou de brume de nuit.
Une saison durant
Vous nous sauvez de

La mélancolie.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Clotilde (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

Aristide Maillol    [1280x768]

Clotilde

L’anémone et l’ancolie
Ont poussé dans le jardin
Oh dort la mélancolie
Entre l’amour et le dédain

Il y vient aussi nos ombres
Que fa nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra

Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Aristide Maillol

 

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Le fleuve (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016




Le fleuve

Il coule entre l’herbe et la pierre.
Il coule entre la laine des vallons et les averses illuminées,
Entre la terre au travail et les hommes en sommeil,
Entre hiver et printemps,
Entre les doigts des routes et la paume des villages,
Entre les buis amers et les ancolies bleues,
Entre les nuages et les houx,
les robes claires des filles du dimanche
Tandis que coule un jour entre les autres jours.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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