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Poésie

Posts Tagged ‘ancre’

AINSI SOIT ELLE (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
AINSI SOIT ELLE

Oui, nous ferons la croix ensemble,
Et je te clouerai sur le lit
Et je mêlerai mes membres
Aux tiens, ma petite amie.

Oui, cela ferons ensemble
Et je te prendrai la main
Comme à l’enfant pour descendre
Dans le ravin.

Nous jouirons de nous surprendre
Ainsi liés, oui, c’est promis,
Et caresserons nos cendres,
Avec mépris.

Nous regarderons en face
Nos deux pauvres corps meurtris
Sans y voir malice, et fasse
Que le bon Dieu n’y soit. Ainsi

Nous pourrons tous deux survivre
A cet enfer et paradis
Ainsi nous mourrons, et vive
Après l’hiver, l’âpre fruit.

Car il faut que tout finisse
En splendeur, chemise ou non
Ah! que le jour serait triste
Sans la nuit qui dit son nom.

Le plaisir veut qu’on y pense
Un rien de plus qu’il ne vaut
Que la bête en nous dépense
Son crescendo.

A l’amour rendons les armes,
Il nous dérange si peu!
Sois tel un soldat. Les larmes
Ne sont rien qu’un coup de feu

Qu’à personne l’on destine
Sans savoir pourquoi, comment,
Dresse ton corps et calcine
Ton sempiternel tourment.

Laisse-toi souffrir, ma belle,
Moi je laisse aller mon coeur.
Ainsi le navire appelle
L’ancre. Ainsi l’âme soeur, ma soeur.

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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Prends le large (Dom Helder Camara)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2018



bateau_je_sers_proue_400x0Lorsque ton bateau,
ancré depuis longtemps au port,
te donnera l’illusion
d’être une maison,
lorsque ton bateau
commencera à pousser des racines
dans l’immobilité du quai:
prends le large.
Il faut sauver à tout prix
l’âme voyageuse de ton bateau,
et ton âme de pèlerin.

(Dom Helder Camara)

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Pavillon noir (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Pavillon noir

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent à poitrine nue
l’amour sur la mer
les vaisseaux de ces reines
frémirent des cales aux hunes
comme de grands violoncelles
couchés sous la lune
et l’archet des vents
dans les cordages
prolongeait le chant
qui regrettait les rivages.

C’était un rude capitaine
le Roi l’avait remarqué
un jour que Jean s’en était allé
avec son vaisseau Fleur de Misaine
son équipage et ses gabiers
et qu’il avait souri à la reine
en jetant à ses pieds
les épices
de l’amour sans espoir
sous le pavillon noir.
C’est toujours l’amour qui appareille.
Lover signifie parfois bien-aimé.

Le vent chantait
Misaine Misaine
le vent qui vient de Vire
pare à vire
pare à virer
l’amour chavire
pare à aimer.

Et jouant dans les ramures du navire
pour les matelots qui ont la vague à
l’âme
le vent nonchalant
s’amusait
à ses essais sur la gamme.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
Quand les filles de proue des caravelles
devinrent de bois chantant
sur la mer la mer des sirènes
les sirènes se turent de honte
et noyèrent dans l’onde
les feux de leurs écailles.

Sur le pont Jean de la Manche dort.
Il rêve de la reine infidèle
qui oublia qu’elle fut sa belle
un instant.
II rêve de grille d’or
pour mettre la dame en cage
car l’amour est un sauvage
rouge et tatoué et menaçant.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
C’était un rude capitaine
qui commandait la Fleur de Misaine
capitaine que la Reine
a trop regardé
pour sa santé.
La Reine est morte depuis dix ans.
Le Roi ombrageux l’a étouffée
comme un canard au sang.
Misaine cherche dans le vent
Misaine cherche dans les cris

de la mouette et de la poulie
Misaine cherche jusque dans la haine
le souvenir de la voix
de l’infidèle au marin de l’infidèle au Roi
quand elle disait je t’aime
et qu’il était son amant.

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent la peine des forçats
la peine sur la mer
l’eau du monde ne fut plus qu’une voix
et les galériens crièrent au Roi :
Beau Sire du grand collège
tu as fait de nous les Juifs errants
de l’Océan
Hollandais volants
condamnés à ramer dix mille ans
mais nous avons le cœur content.
La mer chante dans le vent
du soleil levant!

La mort est mon second
ensemble nous voguons.

Quand les corsaires goddons
prirent Jean de Misaine
pour le pendre
Jean de Misaine chantait
Jean de Misaine chantait
devant la cravate de chanvre:
Mon amour revient dans le vent
mon amour mon beau revenant.
J’ai tué le Roi la Reine est morte
bourreau blond
tu m’ouvres la porte
du grand élan.

En manière d’ancre les marins de la
Misaine
portent une lyre de laine
sur leur maillot rayé.
Une rose à la main
le plus jeune mousse la tient
à peine effeuillée
c’est la rose des vents.

(Armand Lanoux)

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TURQUOISE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



TURQUOISE

Entre mer, entre ciel, le bleu de ton destin.
Opaque toutefois, veiné de gravité, ancré
d’azur éteint. Comme si la lumière avait chu.
En toi, son deuil céruléen.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Allons ! (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



La terre jamais ne fatigue,
La terre est rude, silencieuse, incompréhensible d’abord,
la Nature est rude et incompréhensible d’abord,
Ne te décourage pas, persévère, il y a des choses divines bien enveloppées,
Je te jure qu’il a des choses divines plus magnifiques que
les mots ne peuvent le dire.

 » Allons !  » il ne faut pas nous arrêter ici,
Si délicieuses que soient ces provisions amassées,
si commode cette demeure nous ne pouvons pas rester ici,
Si abrité que soit ce port et si calmes ces eaux
nous ne devons pas jeter l’ancre ici,
Si accueillante que soit l’hospitalité qui nous entoure
il ne nous est permis de la recevoir que peu de temps.

(Walt Whitman)

Illustration: Giacometti

 

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UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Hokusaï
    
UN NAVIRE A L’ABRI DU VENT CONTRAIRE
Sou-Tong-Po

Les voiles tombent lourdement le long du mât, le vent joue de la flûte avec fureur.
De tous côtés, en écumant, les vagues battent le navire ;
on dirait qu’il est posé au milieu d’une grande fleur blanche.

L’ancre, au bout de sa chaîne, descend dans l’eau et s’accroche aux rochers ;
de mille et mille lieues le vent se lance contre elle, et ils luttent ensemble.
On dirait que la mer veut escalader la montagne, pour atteindre le ciel ;
par moments le ciel et la mer paraissent se rejoindre.

Les marins, oisifs, dorment dans le navire, calmes sur l’océan furieux.
Cependant le cœur aussi a ses vents contraires et ses orages.
Lorsque le temps nous permettra de repartir,
j’écrirai ma pensée sur le flanc de la montagne.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Tu es dans les sanglots (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Fuyuko Matsui 000

Tu es dans les sanglots, tu es dans la prière
Les jours pour toi sont navires sur l’eau
L’amitié les ancres le pain les carènes
La musique les équipages les livres d’écume
Tu t’attristes pour moi qui ne sais que des mots.

(Max-Pol Fouchet)

Illustration: Fuyuko Matsui

 

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AUTOBIOGRAPHIE DE L’OEIL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



 

AUTOBIOGRAPHIE DE L’OEIL

Objets invisibles, ancrés dans le froid,
et poussant vers cette lumière
qui s’évanouit
dans chaque objet
qu’elle illumine. Rien ne meurt. L’heure
retourne à la première
heure où nous avons respiré : comme s’il
n’y avait rien. Comme si je ne pouvais voir
rien
qui ne soit pas ce qui est.

Au bout de l’été
et de sa chaleur : ciel bleu, colline mauve.
La distance qui subsiste.
Une maison, faite d’air, et de flux
de l’air dans l’air.

Comme ces pierres
qui s’effritent encore dans la terre.
Comme le son de ma voix
dans ta bouche.

(Paul Auster)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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ESPACES ÉCHOUÉS (Guillermo Fernández)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Alexander Anufriev  (12)

ESPACES ÉCHOUÉS

Devant l’éternité, qu’est-ce qu’un pas de plus ou un de moins ?

Les châteaux du jour s’écroulent comme le sable qui s’échappe des mains d’un ange distrait,
et une goutte de temps augmente sa misère par la découverte amère d’un chemin,
encadré de soi-disant fantasmes, trébuchant à chaque pas sur des luths abandonnés par le rêve.

Au bord de l’abîme, elle s’arrête et, abandonnée, joue de longs espaces de lumière ramollie :
l’air est plus épais et laisse naviguer dans ses entrailles l’ancre détachée qui jaillit du noeud de la blessure.

La dernière humidité infiltre ses doigts torves dans les plis de la tunique égarée.
Et dans sa voix renoue la profondeur du désastre qui effaça en un seul voyage le port aux murs invisibles.

Marche dans ta recherche…

(Guillermo Fernández)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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