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Posts Tagged ‘(André Spire)’

Maintenant que je vieillis (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Christiane Vleugels 6

PRUDERIE

Maintenant que je vieillis,
Que mon sang se glace,
Je me surprends, parfois, à parler de vertu,
A médire des jeunes gens sensuels.
puissance de l’habitude,
Et de l’exemple des vieilles gens!
Pensais-tu ainsi, autrefois.
Lorsque le printemps te chassait par les rues.
Et te faisait galoper vers l’amour,
Comme une bête en rut ?

(André Spire)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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CALINE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019




CALINE

Maman, tu dors ?
Le soleil passe par la persienne.
Les murs craquent,
Le chat miaule,
Le chien gratte.
La brouette roule sur le chemin.
Maman, tu dors ?
Tu as du soleil sur la main.
Et moi des ronds sur ma couette.
Maman, tu dors dans ton grand lit.
Et moi, mon lit est si petit,
Sans oreillers et sans baisers,
Maman, depuis hier soir sans baisers!
Maman! ah! tu viens de bouger.
La bouche ouverte, les yeux fermés
As-tu fini de t’étirer ?
Ouvre tes draps. Je saute, je grimpe.
Pousse-toi un peu. Fais-moi un trou.
Passe ton bras autour de mon cou.
Et serre-moi bien, maman, bien fort,
Contre le bon chaud de ton corps.

(André Spire)

Illustration: Delamonica

 

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BERCEUSE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

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BERCEUSE

Mer, parle-moi des galets que tu roules…
N’es-tu jamais lasse ?
Des rochers dont tu fais du sable,
De tes rides, de tes bulles, de tes écumes, de ton odeur ;
Des pins que ta rosée fait jaillir de tes îles
Et que tes vents tourmentent ;
De tes aubes de lait;
Des poissons, des coquilles, des algues, des méduses
Qui naissent, se fécondent, se balancent en toi
Et de tous ceux qui meurent
N’es-tu jamais lasse ?

Parle-moi de la voûte du ciel qui t’attire,
Des étoiles qui voudraient se mirer dans tes eaux
Et dont tes vagues brisent, sans cesse, les images.
Du soleil qui te fuit à l’aurore, qui t’aspire, t’entraîne,
Que, le soir, tu voudrais retenir dans ta couche,
Qui t’échappe toujours

Parle-moi des galets.
N’es-tu jamais lasse

(André Spire)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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SEUL (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

SEUL

Ils me plaignent :
« Le voilà qui prend son bâton
Et sort tout seul.
Il nous fuit. Voyez ses yeux étranges.
Il n’emporte pas même un livre. Que fait-il ?
Est-ce un méchant ? Un révolté ? Est-ce un malade ? »
Seul, belle route blanche,
Entre tes bas-côtés pleins d’herbes et de fleurs;
Sur tes cailloux qui content de si vieilles histoires!

Seul, forêt, avec l’écorce bleue de tes sapins;
Avec ton vent qui sait parler à tous les arbres;
Avec tes processions de fourmis qui entraînent
Des petits corps de scarabées.

Seul, avec vous, prairies imbibées de soleil,
Pleines de bruits, de cris et de têtes dressées.

Seul parmi vous, mouches, émerillons, milans,
Buses, sources, rochers, crevasses, ronces,
Brumes, nuages, brouillards, aiguilles, cimes, abîmes.
Chaleur, odeurs, ordre, chaos, désordre,
Parmi les dialogues que vos bouches rivales
Ne cessent d’échanger!

Seul avec mon bâton, seul avec ma fatigue,
Ma poussière, mes tempes qui battent, mon vertige,
Et la fière sueur qui colle sur ma peau.

(André Spire)

Illustration: Lahitte

 

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Oh! n’inventons plus de système! (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



 

Oh! n’inventons plus de système!
Repose-toi, tête blessée.
Que des mains, que des mains légères,
Que des mains légères de mère,
De maîtresse ou de fiancée,
Te rafraîchissent, te caressent.

Cherche, cherche la jupe tiède
Où poser ton front lamentable,
Ton front où des bouts de pensées
Comme d’immenses oiseaux malades
Tournoient, descendent et s’abîment.

Cherche, cherche le refuge
Du giron qui te bercera,
Tandis que de longues paroles.
Des mots câlinants et fluides,
Des mots qui ne veulent rien dire,
Empêcheront que tu ne meures
De fatigue et de solitude.

Oh! n’inventons plus de systèmes!
Repose-toi, tête blessée,
Sur les genoux de ton amie.

(André Spire)

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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CHASTETÉ (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2016



 

CHASTETÉ

Je voulais ne pas t’aimer,
Amour!
Ma route était lourde et longue.
Tant de crêtes à gravir!
Tant d’idéals à conquérir!

J’ai voulu ne pas t’aimer, Amour!
Contre toi j’ai lutté sans cesse;
Mais tu fuyais, tu revenais,
Toujours riant,
Toujours patient,
Et guettant toutes mes faiblesses.

Ah! j’ai bien lutté contre toi,
Amour.
J’ai bravement conduit ma guerre.
Je t’ai vaincu!
Je suis ton maître.

Je suis ton maître, je t’enchaîne…
Mais tu te coules dans mes veines.
Tu y flues, riant, battant;
Et tu brûles, tu brûles mon sang.

(André Spire)

Illustration: Claude Hardenne

 

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CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES) POUR UNE PETITE FILLE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES)
POUR UNE PETITE FILLE
(Extrait)

Matin

Merci, mon Dieu, pour mon sommeil!
Merci, mon Dieu, pour mes beaux rêves!
Merci, mon Dieu, pour la lune d’hier soir,
Les étoiles de la nuit,
Le soleil ce matin.
Merci, mon Dieu, pour mon réveil chantant,
Pour le réveil de maman,
Et que papa et ma poupée,
Tu sais, ils ont le réveil dur,
Se réveillent comme nous deux en riant.
Toi qui m’a donné des mains qui parlent,
Des pieds qui dansent,
Je vais faire pour toi trois cabrioles
Avant de sauter de mon lit.
Et pour que tu voies que je t’aime et te remercie,

(André Spire)

 

 

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MATIN (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




MATIN

Le gars balance la pompe.
La fille balaye le seuil.
Le vent remue le rosier.

Le bon chien jappe, la porte s’ouvre.
Sur les branches du tamaris
La mésange craque son cri sec.
Les pots de la laitière sonnent.
Le boulanger pose son pain.
Un bras nu pousse le volet.

Dans le ciel déchiqueté d’arbres
Un nuage mauve s’effiloche…
Des gouttes tombent sur le jardin.

(André Spire)

Illustration

 

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PIETA (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




PIETA

« J’ai crié, j’ai souri,
Et j’ai tendu les bras.

« J’ai chanté, j’ai rêvé,
En regardant ses yeux.

« J’ai peigné ses cheveux,
Et j’ai coupé ses ongles.

« Et j’ai lavé son corps,
Et j’ai cousu ses langes.

« Son front chaud, son front moite,
J’ai essuyé son front.

« J’ai mesuré sa fièvre,
J’ai humecté ses lèvres.

J’ai suivi le cortège.
« Et j’ai veillé, je veille,

Le menton aux genoux,
Les paupières brûlantes;

« Les yeux secs, les yeux fixes,
Pleins de la chose froide,
Des petits os gisants qui sont sortis de moi. »

(André Spire)

Illustration

 

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BAISERS (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




BAISERS

Vents qui avez tant de fois caressé mon visage,
Quels baisers aujourd’hui m’apportez-vous ?
Sur quels temples, sur quels corps vous êtes-vous caressés au passage ?

Où avez-vous cueilli ces étranges odeurs,
Ou d’amour, ou de mort ?

Quel rayon aspirant quelles eaux a formé votre souffle,
Pour sécher quelles larmes, quelles mares, quelles routes ?
Quels pollens portez-vous vers quelles avides fleurs ?

Vents, qui m’avez si souvent caressé le visage,
Qu’emportez-vous de moi, ce soir bleu pâle et gris,
Et vers quel autre front,
Mes chagrins ou mes rêves ?

(André Spire)

 

 

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