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Il n’y a pas de saut dans le vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019




    
Il n’y a pas de saut dans le vide.

Même si les anges n’existent pas pour nous soutenir
ni non plus des traverses de la pensée,
ni des relativisations ou des absolus
qui puissent nous retenir par les bras.

Il faut par avance gagner le vide,
le coloniser avec nos abandons
comme s’il était un territoire dépouillé
ou une nouvelle liberté jamais exercée.
Et cultiver à l’intérieur ses fragments flottants
qui s’entremêlent aux choses
pour leur apprendre à ne pas être.
Et presque sans le savoir
arriver à aimer le vide.
Ce qui est aimé nous soutient,
même si cela nous pousse vers l’abîme.

Un vide aimé
ne peut pas nous abandonner.
Et dans un vide non aimé
il n’est même pas possible de sauter.

***

No hay salto al vacío.

Aunque no existan ángeles para sostenernos,
ni tampoco travesaños de pensamiento,
ni relativizaciones o absolutos
que puedan retenernos de los brazos.

Hay que ganar el vacío desde antes,
colonizarlo con nuestros abandonos
como si lisera un despojado territorio
o una nueva libertad nunca ejercida.
Y cultivar adentro sus fragmentos flotantes,
que se entreveran con las cosas
para enseñarles a no ser.
Y casi sin saberlo,
llegar a amar el vacío.
Aquello que se ama nos sostiene,
aunque también nos empuje hacia el abismo.

Un vacío que se ama
no puede abandonarnos.
Y a un vacio que no se lo ama
no es posible ni siquiera saltar.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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MOISSON (Maria Do Sameiro Barosso)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
MOISSON

Je passerai par d’autres portes,
quand la lumière afflue
et que le matin la rosée scintille
sur les boutons de rose et l’écume de la mer.
Telle la première syllabe de la nuit tranquille
je parlerai
d’ombres et d’anges bleus.
Ainsi était ma vie.
Je suis une étincelle,
un instant,
un crâne blanc,
un crépuscule,
un petit poisson dans l’étang.
Je nage dans l’eau
et dans le vin savoureux
d’une moisson d’or.

***

ERNTE

Ich werde durch andere Türen eintreten,
wenn das Licht mich drängt
und der Tau am Morgen glänzt
in Rosenblüten und Meerschaum.
Wie die erste Silbe der stillen Nacht
werde ich reden,
von Schatten und blauen Engeln.
So war mein Leben.
Ich bin ein Funke, ein Augenblick,
ein weißer Schädel,
eine Dämmerung,
ein kleiner Fisch in einem Teich.
Ich schwimme in Wasser, Duft
und im süßen alten Wein
einer goldenen Ernte.

***

COLHEITA

Por outras portas entrarei,
quando a luz me compelir
e o rocio da manhã luzir
em flores de rosa e espuma do mar.
Como a primeira sílaba da noite silenciosa falarei,
de sombras e de anjos azuis.
Assim foi a minha vida.
Sou um clarão, um instante,
um crânio branco,
um crepúsculo,
um pequeno peixe num lago.
Nado em água, aroma
e vinho doce
de uma antiga colheita dourada.

***

收 获

我要穿过其它的门,
当光明推我的时候
当玫瑰花瓣上的露珠
和大海泡沫的水珠
在早晨闪闪发光时。
就像寂静夜晚的第一个音节,
我会谈
到阴影和蓝色天使。
我的生命同样如此。
我是火花,瞬间,
白色头盖骨,
黄昏,
池塘里的小鱼。
我在水里游,在芬芳中游,
在金色老人的
庄稼的甜酒里游泳。

***

HARVEST

I’ll pass through other doors,
when the light pushes me
and the dew shines in the morning
on rose petals and the foam of the sea.
Just like the first syllable of the silent night,
I will talk
about shadows and blue angels.
So was my life.
I am a spark, a moment,
a white skull,
a twilight,
a small fish in a pond.
I swim in water, in fragrance,
and in the sweet wine
of an golden-aged crop.

***

COSECHA

Entraré por otras puertas,
cuando la luz me empuje
y el rocío de la mañana brille
en flores color de rosa y espuma de mar.
omo la primera sílaba de la noche silenciosa hablaré
de sombras y de ángeles azules.
Esa era mi vida.
Soy una chispa, un instante,
una calavera blanca,
un amanecer,
un pequeño pez en un estanque.
Nado en el agua, en olores
y en el dulce vino
de una vieja cosecha dorada.

***

OOGST

Ik zal door andere deuren gaan,
als het licht aandringt
en de dauw ’s ochtends glinstert
op rozenbloesems en zeeschuim.
Zoals de eerste lettergreep van de stille nacht
zal ik spreken
over schaduwen en blauwe engelen.
Zo was mijn leven.
Ik ben een vonk,
een ogenblik,
een witte schedel,
een deemstering,
een kleine vis in een vijver.
Ik zwem in het water
en in de zoete wijn
van een gouden oogst.

***

RECOLTĂ

Eu voi veni pe alte uși,
cu bolduri de lumină,
iar roua zorilor de zi,
prin roze și marină spumă va licări.
Prima silabă-n noaptea mută
o voi rosti tot eu
printre umbre și îngeri bleu.
Astfel a mea viață se va vedea-n adins
ca o scânteie sau o clipă,
un creștet nins
sau întuneric greu,
un pește mic în eleșteu.
Înot înconjurat de o mireasmă
de dulce și vechi vin înnobilat
dintr-o recoltă aurie.

(Maria Do Sameiro Barosso)

 

Recueil: ITHACA 574
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Original en Allemand puis Portugais Maria Do Sameiro Barosso / Chinois William Zhou / Anglais Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Français Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /
Editions: POINT

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Telle un ange noir sur la neige (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Telle un ange noir sur la neige,
Tu m’es apparue tout à l’heure,
Et comment donc ne la verrais-je
Sur toi, l’empreinte du Seigneur ?

Un sceau étrange, mystérieux,
Ainsi qu’une offrande céleste :
Dans une niche, pour un peu,
Il aurait fallu que tu restes.

Que cet amour dans l’au-delà
A l’amour ici-bas se fonde,
Et que sur tes joues n’aille pas
Le sang fougueux qui se débonde ;

Ainsi le marbre pourra mieux
Rehausser tes haillons lunaires,
Tes joues dénudées mais sans feu,
Bien que complices de la chair.

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Franchement je te le dis (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change !

Là où les Grecs ne rencontrent
Que beauté,
En trous noirs pour moi la honte
Seule bée.

Sur l’onde ils kidnappaient celle
Dite Hélène,
Moi je n’ai qu’écume et sel
Sur les lèvres.

Sur mes lèvres un seul baume :
Le néant ;
La misère ouvre ses paumes,
Me narguant.

Oh, vraiment, suis-je marri ?
Bagatelles !
Bois ton vin, ange Mary,
Tes cocktails !

Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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L’attente (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Jules Joseph Lefebvre    Marie-Madeleine-dans-la-grotte-1876-Jules-Joseph-Lefebvre

L’attente

Du monde invisible et d’aurore
Où me guidaient mes anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux ?
Voici le jour. Je rêve encore.

Le doux enchantement des airs
Qui passent sur les roseraies,
Dans mes prunelles azurées
Vient comme une aube au fond des mers.

Heures et choses incertaines ;
Au loin, dans des bosquets de fleurs,
Me chantent mes divines soeurs,
Et j’écoute leurs voix lointaines.

Je tremble et de joie et d’effroi.
Nue, en ma chevelure blonde,
J’attends que le soleil m’inonde,
Et qu’une ombre tombe de moi.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Jules Joseph Lefebvre

 

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Il luit dans l’ombre (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



 

Anne-Marie Zilberman (16)

Il luit dans l’ombre,
Le beau fruit d’or,
Il luit comme un trésor
Entre ces feuilles.
C’est pour toi qu’il a mûri,
Le beau fruit du paradis.
Quelles roses lui sont pareilles ?

Voilés de leurs ailes,
Les anges sommeillent…

Voici que la nuit vient,
Pas une étoile ne se lève.
Oh ! rien
Qu’un effleurement
De tes lèvres…
Qui peut savoir ?
Le souffle du soir le touche bien.

Écoute ma chanson ;
Elle murmure à ton oreille :
Approche et cueille.
Les anges sommeillent…

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE

La cuisine sent bon l’oseille.
La soupe fume sur la table.
La nappe jaune y est semblable
À un rectangle de soleil.

On croirait voir des pâquerettes
Fleurir sur le bord des assiettes.
Les fourchettes et les couteaux
Portent des clartés sur le dos.

Le sel montre son aile d’ange.
Dans un grand plat bleu, les oranges
Sont aussi gonflées que les joues

Des enfants impatients qui soufflent
Sur la fumée où, toute blanche,
Tourne royalement la louche.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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Toi aussi, tu croyais aux anges (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Diane Maizel 
    

Toi aussi, tu croyais
aux anges, autrefois,
tu guettais leur passage
à l’orée du sommeil,

tu respectais leurs
fatigues, tu ne les
interrogeais pas si
dans leurs yeux ne

brillait pas la beauté
du monde — ils étaient
ces visiteurs qui
te donnaient la main,

et qui, proches des rêves
que tu ne fais plus,
te promettaient de

tromper ta solitude
avec les murmures venus
des entrailles du ciel.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MÉSANGE (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

LA MÉSANGE

Les soldats s’en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville.
Entends battre mon cœur d’amant.
Ce cœur en vaut bien plus de milles
Puisque je t’aime éperdument.

Je t’aime éperdument, ma chère,
J’ai perdu le sens de la vie
Je ne connais plus la lumière,
Puisque l’Amour est mon envie,
Mon soleil et ma vie entière.

Écoute-le battre mon cœur !
Un régiment d’artillerie
En marche, mon cœur d’Artilleur
Pour toi se met en batterie,
Écoute-le, petite sœur.

Petite sœur je te prends toute
Tu m’appartiens, je t’appartiens,
Ensemble nous faisons la route,
Et dis-moi de ces petits riens
Qui consolent qui les écoute

Un tramway descend vitement
Trouant la nuit, la nuit de verre
Où va mon cœur en régiment
Tes beaux yeux m’envoient leur lumière
Entends battre mon cœur d’amant.

Ce matin vint une mésange
Voleter près de mon cheval.
C’était peut-être un petit ange
Exilé dans le joli val
Où j’eus sa vision étrange.

Ses yeux c’était tes jolis yeux,
Son plumage ta chevelure,
Son chant les mots mystérieux
Qu’à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls, tous deux

Dans le vallon j’étais tout blême
D’avoir chevauché jusque-là.
Le vent criait un long poème
Au soleil dans tout son éclat.
Au bel oiseau j’ai dit « Je t’aime ! »

(Guillaume Apollinaire)

 

 

 

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QUESTIONS (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Fan Ho 
    
QUESTIONS

Tous ceux qui passent le matin et dont tu entends les pas
tracent-ils avec toi les lignes d’une dessin caché?
Un jour ces milliards de pas déboucheront-ils dans quelque clairière
et vous étant retrouvés verrez-vous par le gros bout de la lorgnette
la rue là-bas, ces pas, ces veilles, ces sommeils dans les chambres
vous reconnaissant, vous nommant
dans l’architecture délicieuse qui fait trembler les anges?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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