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Poésie

Posts Tagged ‘ange’

Au coeur de la nuit (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Au coeur de la nuit je veux m’entretenir avec l’ange,
lui demander s’il reconnaît mes yeux.
S’il demandait soudain : vois-tu l’Éden ?
il me faudrait dire alors : l’Éden est en feu

Je veux élever ma bouche jusqu’à lui,
insensible comme celui qui ne désire rien.
Et si l’ange parlait ainsi : que pressens-tu de la vie ?
il me faudrait dire alors : la vie consume

S’il trouvait en moi cette joie
qui devient éternelle en son esprit, —
et qu’il la prît, l’élevât dans ses mains,
il me faudrait dire alors : la joie est folie

***

Nächtens will ich mit dem Engel reden,
ob er meine Augen anerkennt.
Wenn er plötzlich fragte: Schaust du Eden?
Und ich müßte sagen: Eden brennt

Meinen Mund will ich zu ihm erheben,
hart wie einer, welcher nicht begehrt.
Und der Engel spräche: Ahnst du Leben?
Und ich müßte sagen: Leben zehrt

Wenn er jene Freude in mir fände,
die in seinem Geiste ewig wird, —
und er hübe sie in seine Hände,
und ich müßte sagen: Freude irrt

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Georges de la Tour

 

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L’âme errante (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



    

Illustration: Katie m. Berggren

L’âme errante

Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n’est à moi ;
Je suis le ramier dans l’espace,
Amour, où je cherche après toi.
Effleurant la route féconde,
Glanant la vie à chaque lieu,
J’ai touché les deux flancs du monde,
Suspendue au souffle de Dieu.

Ce souffle épura la tendresse
Qui coulait de mon chant plaintif
Et répandit sa sainte ivresse
Sur le pauvre et sur le captif
Et me voici louant encore
Mon seul avoir, le souvenir,
M’envolant d’aurore en aurore
Vers l’infinissable avenir.

Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon coeur,
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !
J’y verrai monter les phalanges
Des peuples tués par la faim,
Comme s’en retournent les anges,
Bannis, mais rappelés enfin…

Laissez-moi passer, je suis mère ;
Je vais redemander au sort
Les doux fruits d’une fleur amère,
Mes petits volés par la mort.
Créateur de leurs jeunes charmes,
Vous qui comptez les cris fervents,
Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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La tristesse (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;

Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !

On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !

Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !

Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !

Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !

(Alphonse de Lamartine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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A qui est depuis longtemps confiné dans la ville (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



A qui est depuis longtemps confiné dans la ville,
Il est fort doux de perdre son regard
Dans le beau visage ouvert du ciel — d’exhaler une prière
En plein sourire du bleu firmament.
Qui serait plus heureux, lorsque, le coeur comblé,
I1 se laisse choir, très las, en quelque délicieuse couche
D’herbes onduleuses, et, lit une courtoise
Et douce histoire sur l’amour et ses peines ?
Rentrant au logis, le soir, l’oreille attentive
Aux plaintes de Philomèle, et l’oeil
Epousant la course d’un petit nuage brillant qui passe,
Il se lamente qu’un tel jour ait pu si vite s’enfuir,
S’enfuir comme une larme répandue par un ange
Qui tombe dans la transparence de l’éther, silencieusement.

***

To one who has been long in city pent,
‘ Tis very sweet to look into the fair
And open face of heaven — to breathe a prayer
Full in the smile of the blue firmament.
Who is more happy, when, with heart’s content,
Fatigued he sinks into some pleasant lair
Of wavy grass, and reads a debonair
And gentle tale of love and languishment ?
Returning home at evening, with an ear
Catching the notes of Philomel, — an eye
Watching the sailing cloudlet’s bright career,
He mourns that day so soon has glided by :
E’en like the passage of an angel’s tear
That falls through the clear ether silently.

(John Keats)

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Je t’aime (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
À mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand la sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

(Léo Ferré)

 

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Je ne peux répondre qu’en ma présence (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017


Combat-de-l-Ange-r1


Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
Il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
Je laisse les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas
quand la main de l’ange
est sur ma bouche

(Christian Bobin)

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FOEHN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017




    
FOEHN

Plainte aveugle dans le vent, jour d’hiver couleur de lune,
Enfance, le bruit des pas meurt contre la haie obscure,
Cloches longues du soir.
La blanche nuit approche doucement.

Elle change en rêves pourpres les douleurs et les peines
De l’âpre vie, afin que l’aiguillon jamais
De ce corps pourrissant n’ôte sa pointe.

L’âme anxieuse au coeur du sommeil profondément soupire,

Le vent profondément dans les arbres rompus,
Et la mère s’en va comme une pleureuse
Chancelante par la solitaire forêt

De ce deuil silencieux; nuits peuplées
D’Anges étincelants parmi les larmes.
Au mur nu se brise un pâle squelette d’enfant.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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L’art (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Eugène Delacroix
    
L’art

En des moments sereins, heureux, nous rêvons
A nombre de beaux projets inincarnés.
Mais pour donner forme, créer de la vie qui palpite,
Que de choses dissemblables doivent se rencontrer et s’unir
Flamme pour fondre — vent pour geler ;
Patience affligée — énergies joyeuses ;
Humilité — mais orgueil et dédain ;
Intuition et savoir — amour et haine ;
Insolence — respect. Tout cela doit s’unir
Et se fondre avec le coeur mystique de Jacob,
Pour lutter contre l’ange — l’art.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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Rétroviseur de l’enfance (James Noël)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



 

Rétroviseur de l’enfance

Tout petit
Petit
Je faisais des petits avions
Des petits avions en papier
Que je lâchais sur les toits
Au hasard
Un ange déchu s’en servait une fois
Pour regagner son patelin de nuages
Mon ami Pierrot s’en souvient bien
Les yeux tout ronds

Déjà tout petit
Petit
Je faisais des petits bateaux
Des petites caravelles piégées
Conçues sans quille et sans coeur
Pour basculer Christophe Colomb
Et ses frères conquista-d’or
Et sa conquête très coquette reine Isabelle
Croyez-vous vraiment qu’elle était catholique

Déjà tout petit petit
Je faisais des avions
Et des bateaux avec mes cahiers d’écolier
Ces petits bateaux-là voyageaient loin
Très loin dans
les larmes de maman
Qui me prenait par la peau du cou
Me plaçait face contre mur
Il faut jamais faire ça de tes cahiers
Plus jamais

(James Noël)

 

 

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Des flocons de soie (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017




    
Des flocons de soie

― On a vidé le lit de nos âges poudrés
Par des frimas, l’hiver est une citadelle
Sculptée de sable fin, des beaux grains micacés,
D’un écran flamboyant ! Jaillit une étincelle !

Ma mémoire repeint les murs des autrefois,
Le verbe parfumé s’est fait chair élégante,
Brasille la beauté d’un ravissant minois
Revêtu d’un levant à la folie fringante.

Le temps a transpercé l’hôtel d’une avenue
Bordée d’une promesse engagée, le lointain
A façonné mes feux, une flamme apparut
Dans les ruines de l’aube ainsi fleurit la fin.

L’ange enleva son voile embelli de poussières
D’étoiles, un baiser s’assoit avec douceur
A l’orée de l’amour, ses lèvres cotonnières
Sont ourlées de flocons de soie, et de bonheur !

(James Denis)

 

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