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Aimons toujours ! Aimons encore! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour c’est l’hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !

L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c’est le bonheur !

Aime ! qu’on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l’âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu’on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l’image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l’ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu’un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n’est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l’onde
Tout ce qui n’est que vanité,

Je préfère aux biens dont s’enivre
L’orgueil du soldat ou du roi,
L’ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l’on se dit :  » Qu’en reste-t-il ?  »

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S’effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l’on se dit :  » C’est donc fini !  »

L’amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l’amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s’éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

(Victor Hugo)

Illustration: Sophie Vulliard

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Femme (Fernand Ouellette)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Femme au sang obscur qu’un germe habite
comme une élégie de laine:

Ta pure extase est passeport des étoiles.

Quand dans ton corps les forêts courent
et les archipels de muguet.

Aucune piqûre de vent, ni l’audace ténébreuse
de l’homme ne sonderont la clairière
de ton ange.

Vive est la matrice de longs rêves arctiques.
Et fraîche de galaxies-fougères.

Aux muscles humides de boisson blanche
s’alimente le mal de vivre.

(Fernand Ouellette)


Illustration: Fabienne Contat

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LES PROFONDEURS DU SILENCE (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



LES PROFONDEURS DU SILENCE

Serait-ce rêve-vent ?
Vague chant des poissons rejetés sur la plage ?
Psaumes de fourmillement
dans un tibia enseveli ?

Ce n’est plus l’oreille qui l’entend
c’est le Qui-sous-la-Peau à l’affût

Feuille de papier dans le noir
filigranes qui crient
dans germe de la pomme de terre
la micro-houle de la mer
la respiration
que le mur renvoie dans le visage du dormeur

Le léger bruit des chaînes de carbone
plume d’aile touche
la main glissée dans le squelette du coeur

car l’ange n’est pas muet
plus chuchotant que le chuchotant
et plus effrayant

(László Marsall)

 

 

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Mon petit Ange (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



Preste-moy ton sein pour y boire
Des odeurs qui m’embasmeront;
Ainsi mes sens se pasmeront
Dans les lacs de tes bras d’yvoire.

Je baigneray mes mains folastres
Dans les ondes de tes cheveux,
Et ta beauté prendra les vœux
Des mes œillades idolatres.

Ne crains rien, Cupidon nous garde.
Mon petit Ange, es-tu pas mien ?
Ha! Je voy que tu m’aymes bien:
Tu rougis quand je te regarde.

(Théophile de Viau)


Illustration:
Fabienne Contat

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MÉTAMORPHOSE (Chantal Boqueho)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017




MÉTAMORPHOSE

De branche en branche se tortille la chenille
Dévorant toutes les feuilles sur son passage.
Elle rampe ainsi jusqu’au bout d’une brindille
Où des fleurs coquines dégrafent leur corsage.

Soudain, devant elle, une ombre se profile.
Frémissante et curieuse, elle relève la tête
Et voit, illuminé par le soleil, gracile,
Un être, aux ailes chatoyantes, qui volette.

Eblouie, elle fixe cette apparition
Et soupire. Oh ! Comme je t’envie bel ange.
J’ aimerais tant voler, quitter ma reptation.
On t’admire ; on me chasse car je dérange.

Ne désespère pas ma bien-aimée soeur.
Un beau jour toi aussi tu obtiendras des ailes
Pour butiner les corolles, ivre de bonheur.
Aie confiance, la métamorphose est réelle.

Sceptique, mais une lueur d’espoir au coeur,
La chenille poursuit lentement son chemin.
Bientôt elle ressent une profonde langueur.
Une force l’immobilise un beau matin.

La belle, dans son cocon blanc, s’est endormie.
C’est une mystérieuse transmutation
Qu’entame en grand secret l’Energie de la Vie.
Aux rayons du soleil est né le papillon.

(Chantal Boqueho)

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JAMAIS PLUS (Angèle Vannier)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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JAMAIS PLUS

Sa voix d’ange épousait mon cœur,
Elle chantait sur ma douleur
Comme un beau soleil sur la neige
Et je croyais aux sortilèges
Qu’il inventait pour mon bonheur.

Il disait simplement : « Bonjour, comment vas-tu? »
Avec un charme étrange et gonflé d’inconnu
Je l’ai pris pour un ange il s’en est aperçu
Et son cœur s’est penché du côté de la rue.

Il est parti avec sa voix
Avec sa bouche avec ses bras
Et moi j’habite un grand silence
Où se promène son absence
Absence qui n’en finit pas.

Il disait simplement : « Bonjour, comment vas-tu ? »
Avec un charme étrange et gonflé d’inconnu
Je l’ai pris pour un ange il s’en est aperçu
Il a dit simplement : « Bonsoir — et jamais plus
Jamais plus! »

(Angèle Vannier)

 

 

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C’est ainsi, soir après soir (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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C’est ainsi, soir après soir,
que nous sommes devenus mortels,

accusant la fatigue, le froid
et la distance des corps soudain

rendus à la pesanteur, comme si
la pomme en sa rondeur tenue

dans nos mains pâles, leur échappant,
avait éparpillé sur la terre

les restes en nous de l’ancien paradis.
C’est ainsi, nuit après nuit,

que nous sommes devenus seuls
comme les miroirs des chambres d’enfants

dans la maison expropriée : ouverts
sur la tapisserie des anges qui se décolorent,

et sans autre perspective désormais
que la démolition, pierre à pierre,

de ce qui fut aussi notre ciel
de lit, l’histoire sans fin

recommencée de l’amour ô flasque
otage du temps et de l’ennui

***

This is how, evening after evening,
we became mortal

blaming fatigue, cold,
and the distance of bodies suddenly

exhausted into heaviness, as if
the apple in its roundness held

in our pale hands, escaping them
had scattered on the earth

what was left in us of the old paradise.
This is how, night after night

we’ve become alone
like the mirrors in children’s bedrooms

in a foreclosed house: open
on the fading angel wallpaper

and henceforth with no other future
but demolition, stone by stone

of what was also the canopy
above our bed, the story endlessly

repeated of love O flaccid
hostage of time and boredom

(Guy Goffette)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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L’INCONSOLABLE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



L’INCONSOLABLE

L’amour parti, je suis tout seul dans la nuit noire,
Sans fenêtre à ma prison.
Vous, vous avez gardé, dans ce mal transitoire,
L’espoir d’un autre horizon.

Vous croyez qu’il existe un ciel où vont les âmes,
Un paradis rose et bleu,
Où les anges fleuris, le front coiffé de flammes.
Font de la musique à Dieu,

Où l’on connaît enfin le mot du grand mystère,
Où les pauvres cœurs brisés
Achèvent la chanson qu’ils commençaient sur terre
Et reprennent leurs baisers.

Vous croyez que la mort n’est pas aussi cruelle
Qu’on le raconte ici-bas,
Et qu’elle est seulement l’aube spirituelle
D’un jour qui ne finit pas.

Tant mieux que vous ayez le bonheur ineffable
De croire à ce lendemain !
Elle vous servira, la foi dans cette fable,
D’étoile à votre chemin.

Elle vous servira de pôle et de boussole.
Elle sera pour vos pas
Le compagnon qui guide et l’ami qui console
Jusqu’au seuil blanc du trépas.

Vous mourrez les yeux pleins d’extase, en voyant poindre
Le soleil qui vous est dû,
Sûre que vous pourrez, quand j’irai vous rejoindre.
Retrouver l’amour perdu.

Mais moi, que la science à la tétine amère
A nourri de son lait noir,
Je crois aux vérités que m’apprend cette mère.
Et je n’ai pas votre espoir.

Je crois profondément que l’âme, au corps fidèle,
Naît, vit, et meurt avec lui.
Quand la flamme de vie a fondu la chandelle,
Je crois que plus rien ne luit.

Je ne puis concevoir le paradis ni l’ange,
Ni le bon Dieu qu’on rêva.
Je crois à la matière, à qui le ver qui mange
Rend l’être mort qui s’en va.

S’il existait pour moi, ce Dieu, c’est un blasphème
Qu’à son trône j’enverrais.
Car il n’est qu’un bourreau, s’il ordonne qu’on aime
Et qu’on se sépare après.

Oh ! oui, femme fervente, oh ! oui, je vous envie
De croire qu’il nous entend.
Car je pourrais lui dire en lui crachant ma vie :
« J’ai souffert. Es-tu content ?

J’ai souffert, et mes cris n’ont pas troublé ton somme.
Et pourtant tu m’entendis.
Tu peux t’appeler Dieu; moi, je ne suis qu’un homme
Et c’est moi qui te maudis. »

Mais je sais qu’il n’est point. Je n’aurai pas la joie
De courir ce beau danger.
Je sais qu’à des hasards sans nom je suis en proie,
Et sans pouvoir m’en venger.

La force qui m’élreint ne m’est pas vénérable.
Elle m’étreint, il suffit.
Je ne réclame rien au temps irréparable
Qui défait tout ce qu’il fit.

Mais si vous supportez la cruelle rupture
L’air serein, presque content,
En songeant que là-haut une extase future
Renaissante vous attend.

Souffrez que moi, qui n’ai de recours que sur terre,
Je songe aux anciens amours,
Et que je sois navré de me voir solitaire,
Privé de vous pour toujours.

Laissez-moi regretter cet oiseau qui s’envole,
Ce passé qui fut présent.
Laissez-moi, sans que rien au monde me console,
Pleurer des larmes de sang.

(Jean Richepin)

Illustration: Edvard Munch

 

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LES SOMNAMBULES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



somnambules

LES SOMNAMBULES

Quand on est amoureux, on vit
A la façon des somnambules
Qui vont, plus légers que des bulles,
Sur le bord des toits, l’œil ravi.

Le bord glissant comme de l’huile
Est sûr et ferme sous leurs pas.
Le gouffre est là, qu’ils ne voient pas,
Au bout de la dernière tuile.

Ils marchent les bras en avant
Comme s’ils priaient leurs étoiles,
Et ne sentent pas dans leurs moelles
Monter le vertige énervant.

Débarrassés des lois physiques,
Un aveugle instinct les conduit.
Les précipices de la nuit
Ont pour eux de douces musiques.

La brise qui leur parle bas
A n’avoir pas peur les engage.
L’infini leur tient un langage
Que le monde ne comprend pas.

Soutenus par un souffle étrange
Ils cheminent, silencieux,
Gomme s’il allaient dans les cieux
Partir avec des ailes d’ange.

Ils vont ainsi jusqu’au moment
Où, d’un cri perçant leur oreille,
Quelqu’un qui les voit les réveille,
Et rompt le charme brusquement.

L’ange s’enfuit! Reste la bête,
Qui, soûle encor d’avoir rêvé,
Chancelle, et va sur le pavé,
Sanglante, se casser la tète.

(Jean Richepin)

 

 

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Maison de papier (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



Maison de papier
découpée par des ciseaux de feu
donne-moi ta table
ton assise
et ton lit
laisse-moi vivre
sur ta racine de pierre.

Donne-moi ta poussière de lumière
des fleurs et des jours
le temps
dans son mortier
transparent
figuier
donne-moi ton jardin sonore
cachette des enfants
persécutés
par des anges
et par des chats.

(Luis Mizón)


Illustration

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