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Poésie

Posts Tagged ‘angoissant’

BERCEUSE À AUSCHWITZ (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
BERCEUSE À AUSCHWITZ

Mon bel enfant en habit bleu
Te voilà bien vêtu de velours angoissant

Mon bel enfant en habit de faim
Je suis le grand nuage où tu cherches du pain

Mon bel enfant en habit de sang
Ta mère ne peut plus te reverser le sien

Mon bel enfant en habit de vers
Ils brillent pour ta mère comme des étoiles

Mon bel enfant en habit de folie
Au crochet de mon coeur vous pendrez ces guenilles

Mon bel enfant en habit de fumée
Vous ne m’avez pas dit si je peux me tourner.

(Pierre Morhange)

 

Recueil: Le Blessé

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Les Yeux (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 

Illustration: Albert Marquet
    
Les Yeux

Les yeux noirs, où l’éclair des ténèbres reluit
Et s’éteint, les yeux noirs sont plus beaux que la nuit.

Les yeux gris, où l’ardeur des étés passe et brûle,
Les yeux gris sont plus beaux que le doux crépuscule.

Les yeux bleus, clairs miroirs du rêve et de l’amour,
Rayons frais, les yeux bleus sont plus beaux que le jour.

Les yeux verts, où l’azur des feuilles tremble encore,
Lueurs d’eau, les yeux verts sont plus beaux que l’aurore.

Angoissants comme l’abîme et le désespoir,
Ombres d’or, les yeux bruns sont plus beaux que le soir.

(Renée Vivien)

 

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NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



 

Olivier Valsecchi _dust09

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN

Au milieu d’un silence désert comme la rue avant le crime
sans même respirer pour ne pas déranger ma mort
dans cette solitude sans murs
au moment où ont fui les angles
dans la tombe de mon lit je laisse ma statue exsangue
pour sortir en un moment si lent
dans une descente interminable
sans pouvoir tendre les bras
sans doigts pour atteindre la gamme tombée d’un piano invisible
rien qu’avec un regard et une voix
qui ne se souviennent pas d’être sortis d’yeux ou de lèvres
qu’est-ce que des lèvres ? qu’est-ce que des regards qui sont des lèvres ?
et ma voix n’est plus la mienne
dans l’eau qui ne mouille pas
dans l’air de verre
dans le feu livide qui coupe comme un cri
Et dans le jeu angoissant d’un miroir devant l’autre
ma voix tombe
et ma voix mûrit
et ma voix est brûlure
et ma forêt croît
et ma voix brûle, dure,
comme la glace de verre
comme le cri de glace
juste ici, dans la volute de l’oreille
le battement d’une mer à laquelle je ne connais rien
où on ne nage pas
parce que j’ai abandonné pieds et bras sur la rive
je sens que m’abandonne le réseau de mes nerfs
qui fuit comme un poisson lucide
le pouls à cent sur mes tempes
télégraphie silencieuse et sans réponse
parce que le rêve et la mort n’ont plus rien à se dire.

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Dyptique (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Dyptique

Le Soleil pendu par un fil
Au fond de la Calebasse teinte à l’indigo
Fait bouillir la Marmite du Jour.
Effrayée à l’approche des Filles du feu
L’Ombre se terre au pied des pieux.
La Savane est claire et crue
Tout est net, formes et couleurs.
Mais dans les Silences angoissants faits des Rumeurs
Des Bruits infimes, ni sourds ni aigus,
Sourd un Mystère lourd,
Un Mystère sourd et sans contours
Qui nous entoure et nous effraie…

Le Pagne sombre troué de clous de feu
Etendu sur la Terre couvre le lit de la Nuit.
Effrayés à l’approche des filles de l’Ombre
Le Chien hurle, le Cheval hennit
L’Homme se terre au fond de la case.
La Savane est sombre,
Tout est noir, formes et couleurs,
Mais dans les Silences angoissants faits des Rumeurs.
Des Bruits infinis ou sourds ou aigus,
Les Sentes broussailleuses du Mystère
lentement s’éclairent
Pour Ceux qui s’en allèrent
Et pour Ceux qui reviennent.

(Birago Diop)


Illustration

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La Voilure (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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La Voilure

Pleine mer : bague d’émeraude
Ayant le soleil en chaton,
Tu n’es rien sans un vieux ponton,
Avec une voile qui rôde !

Tu n’es que l’angoissant désert,
Si tu n’as une voile au large…
Un livre de maroquin vert
Ne montrant que son blanc de marge !

Ainsi tu ramènes tes flots,
Ainsi la voile au loin se cargue.
Je crains autant ton œil qui nargue
Que l’oubli lourd de tes yeux clos.

La nuit, souvent mon œil s’effare
A contempler tes noirs amas
Grouillant dans l’ombre… Mais des mâts
Servent à mon esprit de phare.

Quand le vent grince à plein tillac,
Que la mer, hideuse, vous lèche,
J’aime un mât pliant comme un arc
Et lançant sa vergue pour flèche !

Et j’aime vos tremblants ciseaux
Aux mats d’artimon, de misaine :
Vous suffisez d’une dizaine
Et la mer est pleine d’oiseaux !

Au port vous êtes l’hirondelle.
Exprimant de lointains regrets
Vous gémissez dans vos agrès…
La liberté n’est qu’un coup d’aile!

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Chris Halbeisen

 

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Chanson du serpent a lunes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Ce qui siffle est bien plus
vivant qu’un sifflet.

Ce qui rampe est bien plus
souple qu’une tige.

Cette nuit est comme une main
dont les doigts seraient brûlants,

dont la paume est un toit
où tu erres, inquiète.

Ce qui passe est bien plus
angoissant que le vent.

La terre ignore la terre
et le coureur essoufflé

s’écroule au bord du ciel.

(Edmond Jabès)

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Vent nocturne (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



 

Sur la mer maritime se perdent les perdus
Les morts meurent en chassant
des chasseurs dansent en rond une ronde
Dieux divins! Hommes humains!
De mes doigts digitaux je déchire une cervelle
cérébrale.
Quelle angoissante angoisse!
Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus
Cieux célestes
terre terrestre
Mais où est la terre céleste?

(Robert Desnos)

Illustration: Vladimir Kush

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