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Posts Tagged ‘angoisse’

Marine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Marine

Ô soeurs de la tempête, ô filles de l’écume,
Ô mouettes, blancheurs de voiles, votre essor
A travers les maëlstroms et le vent et la brume
Est plus impérial que l’orgueilleux essor,
Brûlé par le soleil, de l’aigle aux ailes d’or.

Fuyez sous les yeux verts de l’aube maritime,
Jetez vos cris aigus vers l’angoisse des flots,
Plongez votre regard enfiévré par l’abîme
Jusqu’au sein irrité de l’orage et des flots
Dont l’éternel désir déferle en lourds sanglots.

A travers les maëlstroms et le vent et la brume
Charriant le phosphore et l’iode des flots,
O soeurs de la tempête, ô filles de l’écume,
O mouettes, planez sur l’orage des flots
Dont l’éternel désir déferle en lourds sanglots.

(Renée Vivien)

 

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Créoles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Louise Breslau

    

Créoles

Le soir frémit encor de nos anciens aveux
Sur les pics foudroyés que l’ouragan ravage…
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux.

Sous tes pas de créole enfant, traîne un sillage
D’échos et de reflets, d’angoisses et de voeux ;
Tes seins ont la fraîcheur d’une rose sauvage.

Une vapeur légère estompe le contour
Des montagnes d’azur, et l’eau semble se taire
Pour recueillir le souffle agonisant du jour.

Mon être émerveillé contemple ce mystère,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !
Et je plains le néant de l’être solitaire.

Dans le soir où languit un rêve oriental,
Tes paupières de pourpre ont de lourdes paresses :
L’air est chargé de nard, de myrrhe et de santal.

Et, comme un défilé de funèbres prêtresses,
Baissant leurs fronts gemmés d’argent et de cristal,
Les étoiles du Sud consacrent nos ivresses.

Les longs pressentiments, les lueurs et les voeux
T’auréolent ainsi qu’une rouge couronne :
Sous tes pas se déroule un sillage d’aveux.

Vois flamber le minuit que la fièvre aiguillonne :
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux
Et te soumettre enfin à mes ruts de lionne.

(Renée Vivien)

 

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La Dryade (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
La Dryade

La Dryade se berce au rythme des feuillages.
L’or vert de ses cheveux palpite dans le vent,
Et la précocité de l’avril décevant
Emplit de floraisons fragiles les bocages.

La Dryade pensive écoute les oiseaux…
Ses membres ont frémi d’une extase inconnue.
Les lianes ont fait un lacis de réseaux
Autour des blancs frissons de sa volupté nue…

La Dryade pensive écoute les oiseaux.

La Dryade se meurt de la mort de l’automne ;
Le soir tombe, et l’amour a tu son rire amer…
Le monde ensanglanté de vendanges s’étonne
A voir naître et grandir l’angoisse de l’hiver…

La Dryade se meurt de la mort de l’automne.

(Renée Vivien)

 

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Il est un seuil à notre intimité humaine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Il est un seuil à notre intimité humaine
Que ne peuvent franchir l’amour et la passion.
Dans l’effrayant silence c’est une quête vaine
Qui joint les lèvres et perd la raison.

Ceux qui veulent l’atteindre sont fous, et les êtres
Qui l’ont atteint sont pris d’une angoisse morose;
Tu comprends pourquoi mon coeur peut-être
Ne frémit pas lorsque ta main s’y pose.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Près de chaque être humain, il est une limite (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Près de chaque être humain, il est une limite
Que ne peuvent franchir ni passion ni tendresse.
Que des lèvres se joignent en un silence affreux!
Que l’amour mette un coeur en pièces!

L’amitié ne peut rien ici, ni les années
De haut bonheur, de bonheur enflammé,
Quand l’âme est libre, étrangère
À la lente langueur des voluptés.

Ceux qui la désirent sont fous, mais ceux qui
Y parviennent sont frappés par l’angoisse…
Voilà. Tu as compris pourquoi
Mon coeur ne bat pas sous ta main.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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UN RÊVE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017




    
UN RÊVE

Une fois un rêve tissa une ombre
sur mon lit que gardent les anges :
Je vis une fourmi égarée
Sur le gazon où je me croyais étendu.

Affolée, angoissée, éperdue,
Prisonnière des feuilles d’herbe,
Harassée dans la nuit profonde,
Le coeur brisé, je l’entendis murmurer :

« Oh ! mes petits ! Vont-ils pleurer ?
Entendront-ils l’appel de leur père ?
Tantôt ils regardent partout, me cherchant,
Tantôt ils s’en retournent, me pleurant. »

Et moi, ému, je versai une larme ;
Mais j’aperçus un ver luisant
Qui répondit : « Quelle créature en détresse
Appelle le gardien de la nuit ?

Je suis là pour éclairer le sol,
Et tandis que le scarabée fait sa ronde
Suis maintenant son bourdonnement,
Petit vagabond, et reviens vite chez toi. »

***

A DREAM

Once a dream did weave a shade
O’er my Angel-guarded bed,
That an Emmet lost its way
Where on grass methought I lay.

Troubled, ‘wilder’d and folorn,
Dark, benighted, travel-worn,
Over many a tangled spray,
All heart-broke I heard her say:

`O my children! do they cry?
Do they hear their father sigh?
Now they look abroad to see,
Now return and weep for me.’

Pitying, I dropp’d a tear;
But I saw a glow-worm near,
Who replied: `What wailing wight
Calls the watchman of the night?

`I am set to light the ground,
While the beetle goes his round:
Follow now the beetle’s hum;
Little wanderer, hie thee home.’

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Quelque douleur qui traverse (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



Illustration: Jean-Claude Forez
    
quelque douleur qui traverse le texte
— et parfois elle en déchire la trame
jusqu’au silence,

quelle qu’en soit donc la gravité,
quels que soient même l’angoisse
et les doutes qui l’inspirent,

c’est bien de légèreté que rêve le poète.
Et d’aimer qu’il se nourrit.

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Le Village (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Le Village

Telle une pleine potée de patates,
Lentement fume dans la sage
Et tiède soirée du village
Une foison d’ardoises écarlates.

Faisant alors un signe au paysage,
Espoir, une svelte fumée
S’attarde dans la cheminée,
Puis pour monter, dans le doute s’engage.

L’acacia, l’ombre va l’accueillir,
Et son menu sein ferme tremble.
Le petit arbre exhale ensemble
Air et papillon, un petit soupir.

Et cependant que me couvre, m’entoure
Le buisson de mélancolie,
Tombent les abois dans l’oubli
Sur de grands pays de velours.

Péniblement, les femmes, tortillées,
Déjà vont allumer la lampe.
Ame opprimée, la flamme rampe,
Tandis qu’au ciel elle veut s’élancer.

Et tout s’éteint. La lune maternelle
Baigne le pré dans son halo.
Là, une branche de sureau
Vers la clarté tend sa main fraternelle.

De l’éternel bonheur la source mouille
D’une simple tuile un haillon,
Et bouddahs d’émeraude sont
Dans la fraîche pelouse les grenouilles.

De sabre au clair, l’avoine de naguère
A courbé aujourd’hui son front,
Et murs en ruine seront
Bientôt sa gloire et sa force d’hier.

Là règne le silence. On y perçoit
Peut-être une voix cristalline.
Sans bien l’entendre on la devine.
Seul maintenant le silence en fait foi.

Ce qu’il comprend, l’esprit, quand il s’éclaire,
Emergeant seule de la nuit,
C’est cette parole d’ici,
De la charrue, de la bêche de fer.

Ces mots sont aussi ceux du paysan :
Au soleil, au sol, à la pluie.
Ces mots sont les miens aujourd’hui.
Le temps soigneux sera leur confident.

Ces mots sont là, comme pour un sourire
Au nourrisson; la flatterie
A un cheval: tout ce qu’ici
Contient le pur, le grave pour le dire.

Dans le sommeil le village est plongé.
Des rêves angoissés voltigent,
Qui frôlent de l’herbe la tige
Où l’ombre somnolente est engagée.

Dorment les fouets, les bottes, les couteaux,
Les cieux, les prés, les grands, les sages
Espaces entre les feuillages
Et les nervures fines des rameaux.

Le rude paysan, dans son sommeil,
Peu à peu devient sécheresse
Et tel un chagrin qui lui blesse
Le cœur, là-haut je suis assis, je veille.

(Attila Jozsef)

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Pendant que vous lisez ce poème (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Philippe Cognée
    
Pendant que vous lisez ce poème
Combien d’êtres rendent l’âme
Et combien voient le jour?
Combien de cris de joie
Combien de larmes et d’yeux fermés sur le silence?
Combien sont-ils à faire l’amour et d’autres rêvent de voyage
Combien attendent le coucher du soleil
Pour toucher un salaire misérable et acheter du riz ou du pain ?
Dites-vous que vous n’êtes pas seul
Et pourtant plus la population augmente
Plus l’angoisse repue ruisselle dans notre gorge
Car la solitude rôde et menace

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Ami, dresse-toi (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




Dresse-toi, frappe ton tambour,
Fais connaître l’union d’amitié !
Qu’ainsi se prenne leur coeur :
Nos cannes à tabac et nos fleurs,
Ici seulement, nous les avons apprêtées…

Ami, dresse-toi,
Prends tes fleurs et ton tambour,
Ne reste pas dans ta douleur,
Mais porte-la en parure:
Ici seulement sont les fleurs épandues,
Les fleurs d’or précieuses !

I1 chante bien,
L’oiseau de turquoise, le quetzal,
L’oiseau aux plumes de jais !
L’ara chante le premier :
Tambourins et tambours,
Tous lui font réponse.. .

Je bois le cacao,
Et ce m’est grande joie.
Mon coeur est heureux,
Mon coeur est satisfait…

Ainsi je pleure, ainsi je chante,
Dans l’intérieur de ma maison passe ma vie.

J’ai bu des fleurs de cacao et de maïs…
Pleure mon coeur, empli de tristesse:
Sur la terre seulement, naître à la douleur…

Tout ce dont je me souvienne:
Le malheur et l’angoisse:
Sur la terre seulement, naître à la douleur …

(Nezahualcoyotl)

 

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