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Posts Tagged ‘angoisse’

RETOUCHE A L’ANGOISSE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

RETOUCHE A L’ANGOISSE

Celles qui passent dans la voix d’autrui
semblent sortir d’un crime.
Femmes,
la tête de la nuit roule du fond du ciel.
La solitude partage son manteau,
la peur son intérieur douillet.

(Daniel Boulanger)

Illustration: Jean Libon

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Angoisse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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Elle a rejoint le choeur des autres astres (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Elle a grandi par-delà les montagnes,
Née dans la solitude des vallées.
Aucun de nous n’a pu jeter sur elle
Un regard de désir. Elle était seule.
L’astre immortel regardait chaque jour
Resplendir son aurore pure.
Elle montait vers lui comme une fleur,
Gardait en elle une trace secrète.
Dans le désir et l’angoisse elle est morte;
Aucun de nous n’a contemplé sa cendre…
Elle a fleuri soudain parmi l’azur,
Triomphante, dans un ailleurs, sur d’autres cimes.
Elle vit maintenant parmi la neige.
Insensés! Qui de vous as visité son temple?
Elle a fleuri par-delà les montagnes,
Elle a rejoint le choeur des autres astres.

(Alexandre Blok)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

 

 

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Je crois bien (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Je crois bien

Je crois bien que je t’aime;
les yeux clos, je pleure par ta vie.
Cependant vois-tu, les dieux,
la poussière et le temps
dressent de si lourdes collines
entre nous,
que parfois, de l’amour
l’angoisse misérable
et le vertige me saisissent.

Alors, au fond de mon lit j’ai peur
comme la nature à minuit,
silencieuse et immobile.

Puis,
je crois de nouveau que nous sommes l’un à l’autre,
que ma main rejoint la tienne.

(János Pilinszky)

Découvert ici: schabrieres

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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DÉSENCHANTEMENT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



 

Georg Grimm_1885,_Vista_de_Teresópolis [800x600]

DÉSENCHANTEMENT
Teresópolis, 1912

J’écris des vers comme on pleure
De découragement… de désenchantement…
Ferme mon livre, si ce jour
Tu n’as aucune raison de pleurer.

Mon vers est sang. Volupté ardente…
Tristesse éparse… Remords vain…
Il me brûle les veines. Amer et chaud,
Il coule, goutte à goutte, de mon coeur.

Et dans ces vers de rauque angoisse
Comme des lèvres la vie s’en va,
Laissant une âcre saveur dans la bouche.

– J’écris des vers comme on meurt.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Georg Grimm

 

 

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Monter la garde (Marcel Bréchet)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Monter la garde…
Veiller sur la nuit du désert
Faire trêve avec les chacals
Qui exorcisent le silence,
Amadouer l’angoisse
Qui rampe sur l’échine
Ondulante des chevaux de frise,
Et s’agrippe aux pieds du mirador.
Calculer la durée de vie
D’une dernière cigarette…
Attendre l’irréparable.
Se rappeler le mot de passe
Guetter l’aube improbable,
Ecarquiller les yeux, ne pas dormir,
ne pas mourir
Avant que ne s’effacent les étoiles.

(Marcel Bréchet)

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RÊVE DANS LE RÊVE (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



RÊVE DANS LE RÊVE

ll m’est arrivé de rêver
Que je ne dormais pas.
Le matin quand je m’endormais enfin
— Toujours en rêve —
Je te tenais nue dans mes bras.

Tu es pour moi chaque jour
Comme ce rêve délicieux

A la fin d’un long rêve angoissé.
Toi qui seras ma mémoire
Quand j’aurai tout oublié.

(Marcel Béalu)

Illustration: Takahiro Hara

 

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Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ? (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ?
Debout, et moi debout, face à face, à toi noue-moi.
Non point dans la mort d’amour où nous ne serions ensemble que sursauts et sommeils.
Mais front contre front, poitrine contre poitrine,
— et qui dirait si le calme tumulte cognant dans nos oreilles c’est mon coeur qui frappe ou le tien ? —
les jambes droites contre les jambes, serre moi si fort que l’âme éperdue enfin trouve son repos.
La jointure est telle qu’un instant, ô rempart clos et battant autour de moi,
l’angoisse même je ne la respire plus dans l’air remplacé par ton souffle.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Gennadiy Ulybin

 

 

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Quelle angoisse (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Guennadi Gor
    
Quelle angoisse dans un сoeuг simple.
Les oies mouraient dans le vent épais.
Sans branches les buissons semblaient humbles.
Les ponts indécents hors fleuve se suspendaient.
Alors la mer s’est éteinte.
Et je suis
Resté sans univers,
Comme une huile sainte.

***

Какая тревога на сердце простом.
Умерли гуси в ветре густом.
Остались без веток пустые кусты.
Висели без рек бесстыдно мосты.
Вдруг море погасло.
Ия
Остался без мира,
Как масло.

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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