Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘anneau’

J’avais pensé partir… (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



Illustration
    
J’avais pensé partir…

J’avais pensé partir
avant la fin du jour

Éviter les remous
pour m’en aller léger
et n’encombrer personne

Mais je dois me résoudre
à rattacher la barque
aux lourds anneaux du port
car ce soir il est tard

Trop pour prendre la mer.

*

Je n’ai pas la douleur
Je n’ai pas le besoin
et je n’ai pas l’exil

J’ai juste perdu
Celle que j’aimais.

**

Je t’avais promis une caresse chaque soir
désormais ce sera un poème.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Brusque silence dans la maison (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Brusque silence dans la maison,
Le dernier coquelicot disperse ses pétales,
Dans une longue somnolence
J’attends la nuit qui descend tôt.

La porte est bien fermée,
Le soir est noir, le vent se tait.
Où, la gaieté, où, le souci ?
Et toi, mon doux fiancé ?

L’anneau secret, on l’a perdu,
Bien des jours j’ai attendu,
La chanson, tendre captive,
Est morte dans ma poitrine.

(Anna Akhmatova)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand le silence en toi épouse le silence (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



Illustration: Tomas Januska
    
Quand le silence en toi épouse le silence,
Où te tiens-tu pour célébrer les noces ?

Qui passe l’anneau nuptial,
Qui contemple l’union
Sans preuve et sans témoin ?

Qui porte en toi le fruit,
Qui s’enfante en secret ?

Le poème lui-même
Cherche abîme où se taire :

Là où deux ne font qu’un,
Où rien n’est à nommer.

Si tu n’as tout perdu
Comment danserais-tu ?

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ANTIENNE DE LA CREATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ANTIENNE DE LA CREATION

Dans la fleur naît une graine,
Dans la graine pousse un arbre,
Dans l’arbre grandit une forêt.

Dans la forêt brûle un feu,
Un feu dans lequel fond une pierre,
Dans la pierre un anneau de fer.

Dans l’anneau on voit un O
Dans cet O regarde un oeil,
Dans cet oeil flotte une mer,

Dans la mer le reflet du ciel,
Dans le ciel brille le soleil,
Dans le soleil un oiseau d’or,

Dans l’oiseau bat un coeur,
Et du coeur s’écoule un chant,
Et du chant monte une parole.

Dans la parole parle un monde,
Parole de joie, monde de peine,
Des joies et des peines jaillit mon amour.

Amour, mon amour, jaillit un monde,
Et sur le monde brille un soleil
Et dans le soleil brûle un feu,

Dans le feu se consume mon coeur
Et dans mon coeur bat un oiseau,
Et dans l’oiseau s’éveille un oeil,

Dans l’oeil la terre, la mer, le ciel,
Terre et mer et ciel dans un O
Telle la graine dans la fleur.

***

SPELL OF CREATION

Within the flower there lies a seed,
Within the seed there springs a tree,
Within the tree there spreads a wood.

In the wood there burns a fire,
And in the fire there melts a stone,
Within the stone a ring of iron.

Within the ring there lies an O
Within the O there looks an eye,
In the eye there swims a sea,

And in the sea reflected sky,
And in the sky there shines the sun,
Within the sun a bird of gold.

Within the bird there beats a heart,
And from the heart there flows a song,
And in the song there sings a word.

In the word there speaks a world,
A word of joy, a world of grief,
From joy and grief there springs my love.

Oh love, my love, there springs a world,
And on the world there shines a sun
And in the sun there burns a fire,

Within the fire consumes my heart
And in my heart there beats a bird,
And in the bird there wakes an eye,

Within the eye, earth, sea and sky,
Earth sky and sea within an O
Lie like the seed within the flower.

(Kathleen Raine)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si je pouvais tourner à mon doigt l’anneau brillant du temps (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018



Si je pouvais tourner à mon doigt
L’anneau brillant du temps,
Alors je rendrais présent
L’aujourd’hui d’autrefois.

***

If I could turn
Upon my finger the bright ring of time,
The now of then
I would bring back again.

(Kathleen Raine)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Iris jaune sur le rivage (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Iris jaune sur le rivage,
Aile d’ambre et prunelle dorée,
Bouleau d’or vert, et, tout d’or sur l’étang,
Les brillants anneaux de soleil insaisissables,
Tu ne les verras pas, moi non plus, ce printemps,
Ni sur la baie l’eider qui se balance.
Gaspillé, tari, tout cet or.

***

Yellow iris by the shore,
Burnish of wing and golden eye,
Green gold birch and, gold on water,
Sun’s bright rings hand could not hold,
You will not see this spring, nor I,
Nor in the bay the rocking eider.
All wasted and all spent, that gold.

(Kathleen Raine)

Illustration: John Atkinson Grimshaw

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ANNEAUX DE CENDRE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




ANNEAUX DE CENDRE

Ce sont mes voix qui chantent
pour qu’ils ne chantent pas,
les bâillonnés à l’aube grise,
les déguisés en oiseau éploré sous la pluie.

Il y a, dans l’attente,
une rumeur de lilas qui se déchire.
Il y a, lorsque vient le jour,
un partage du soleil en petits soleils noirs.
Et lorsque c’est la nuit, toujours,
une tribu de mots mutilés
cherche asile dans ma gorge
pour qu’ils ne chantent pas,
les funestes, les maîtres du silence.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Plante un arbre (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



Plante un arbre
et tu oublies le temps

le temps ne
compte pas pour
un arbre

il n’est pas pressé :
chaque année ajoute
son bel anneau clair
autour de son cœur

il a tout son temps

(Katell Antoine)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | 2 Comments »

Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Notre vie (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018




    
Notre vie
tourne-t-elle
autour de notre mort?
Est-ce la mort
qui contourne la vie?
est-ce le tournoiement
de la toupie
sur elle-même
le grand tournis
de la planète
à flanc de soleil
le tourniquet
entre rêve et réel
le détournement
des ombres
par une ombre moins noire
ou le tournoi
de deux éclairs
dans l’éblouissement?
Est-ce le tourbillon
des sources
au cirque du désert
le tour du puits
brillant de lune
en ses entrailles
la margelle et l’anneau
autour des remous
les remous de la nuit
autour du secret?

Mais si c’était
autour de rien
la chose à mieux savoir
et le désir
autour de tout
de changer la boue
en poussière
et de souffler
sur la poussière
pour mettre à nu
la peau de tout?

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :