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Posts Tagged ‘année’

BAGARRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020



 

Illustration: Jeannie Lynn Paske
    
BAGARRES

Je me bats le jour je me bats la nuit
batailles contre la mélancolie
cette vieille pieuvre toujours éveillée
qui me guette au coin des années
au coin des rues et des souvenirs
et lance son refrain mourir
alors que je veux vivre mille fois
que je veux aimer que je veux la joie
qu’il est temps enfin d’espérer
temps de croire temps de respirer

Je porte une flamme dans mon coeur
elle brûle c’est mon enfant ma soeur
c’est la vie qui sourit qui murmure
c’est le temps qui fuit pour que dure
le grand incendie toute la vie
sans remords sans mélancolie
dans l’univers qu’ont créé
les rêves et toute la vérité
seule vérité ma vérité lumière
pour aujourd’hui demain hier

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Quel soulagement ! (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



Quel soulagement !
oubliée la fin d’année –
matin de printemps

***

nopperi to
shiwasu mo shirazu
kesa no haru

(Ryôkan)

Illustration: Piel-Colombo

 

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CHANSON DU PÈLERIN (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020




    
CHANSON DU PÈLERIN

Spécialiste des pèlerinages
je cours pour toujours souffrir
je suis trop grand pour mon grand âge
un enfant qui voudrait mourir
le long d’un quai abandonné
le fleuve gris comme ma peine
fleuve invincible comme l’ennui
pousse mes souvenirs mes épaves
une ombre sortie de la nuit
me poursuit à perdre haleine
le long du quai abandonné
Qui donc est-elle celle qui lutte
que je cherche à retrouver
cette ombre claire comme le regard
celle qui auréole les années
celle qui me fuit celle qui lutte
le long d’un quai abandonné

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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TOUJOURS APPRENDRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020




    
TOUJOURS APPRENDRE

Apprendre à mourir le travail de chaque jour
se souvenir des crépuscules et les aimer
en attendant le dernier le plus beau
l’incendie des années perdues oubliées
Savoir attendre même le désespoir
et regarder cet enfant ces enfants
qui s’éloigneront avant moi du rivage
où on les attend peut-être on ne sait jamais
C’est toujours peut-être lorsque la vie passe
et qu’il est temps de passer le temps
Faut-il encore choisir un masque un sourire
et se voir dans un miroir reconnaître
celui qui fut et qui bientôt sera

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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L’ENVERS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



 

Illustration
    
L’ENVERS

À l’envers de l’ombre il y a un chant
d’oiseau au bord d’un étang le grand soleil d’été
L’ombre est celle d’un frêne il frémit imperceptiblement
Le chant la voix d’une mésange quatre notes flûtées
L’ombre c’est moi encore peut-être qu’elle ombrage
Ce fut moi qui écoutais l’oiseau Le ciel pâle
en moi se mire dans l’eau de l’étang
Les feuilles du frêne éparpillent leur chuchotement
et l’herbe vive crépite de sautereaux verts

Je voudrais toucher une à une chaque note du chant
de la mésange avec mes doigts pour être sûr
que ce qu’elle chante c’est pour de vrai
chaque note une anémone blanche très petite
dans l’épaisseur du sous-bois Chaque son pur
qui se lève et dit C’est moi le sol mineur
à haute enfantine irrécusable voix

Les années autrefois étaient plus immobiles
les frênes les mésanges l’herbe les étangs
plus certains Tout était pour de vrai
Ce qui existe a l’air d’exister moins
d’être moins sûr de son droit ou bien
est-ce moi ?

À l’envers du temps la mésange s’arrête de
chanter l’arbre de frissonner Je reviens sur mes pas
Je te parle tu me réponds toi ma vie à
l’endroit de l’ombre et du temps
ma pour de vrai

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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DAME EN NOIR (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Marilyne Bertoncini
    

DAME EN NOIR

Maigres oignons
offerts à personne

Hospitalité précaire d’un coin d’immeuble
et dallage aseptisé
pour inhumanité urbaine à l’œuvre

Vertige que cette solitude

Petite dame
en noir
vieillie courbée

Courbée
de tant d’années
à préserver sa dignité.

(Françoise Coulmin)

 

Recueil: DE QUOI SE SOUVENIR ?
VAGABONDAGES dans BUCAREST À l’occasion du FESTIVAL INTERNATIONAL DE POÉSIE mai 2019
Traduction:
Editions:

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Avenir (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




Avenir

Sautons un millier d’années…
Les hommes ont évolué
Et ne sont plus que pensée.

Ils n’ont plus ni mains, ni pieds,
Ils se sont tant développés…
Et ils ont même un cœur d’acier !

Pour conjuguer le verbe  » aimer  »
Doivent s’en référer
Aux rapports ultra secrets
D’un monde dépassé.
Pour respirer, n’ont plus de nez,
D’ailleurs à quoi bon respirer,
Puisqu’ils ne sont plus que pensée… ?
Ils ne connaissent plus la beauté
Car elle est surannée !
Non, ils ne sont plus que pensée…
Les fleurs, les odeurs,
Le bonheur, le malheur,
Ne savent plus ce que c’est…
Même mourir, c’est terminé !
– Insensé ! –

A vivre sont condamnés,
Dans ce monde d’acier
Sans beauté…

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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ÂGE (Jacob Glatstein)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
ÂGE

Mince et transparent
L’amour des années de vieillesse
Se meut, mal assuré
Sur la chair comme à cheval.
Tu te mets à compter, à épargner ta force
Tu sens te percer chaque jour
Qui t’est destiné.

Tu regrettes n’avoir pu qu’entrevoir
Tant de couchers de soleil
Et des fleurs, des arbres, des herbes.
Crissent en toi les épines du chant
Tu foules la vie comme verre
Et les ombres pour toi prennent un sens profond.
Tu reçois un sourire froid comme une offrande
Et tu deviens avare
De la divine profusion du temps.

(Jacob Glatstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DE TOI… (Rachel Korn)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
DE TOI…

De toi je suis trempée comme la terre l’est d’une pluie printanière,
Mon jour le plus blond se suspend
Au pouls battant de tes paroles tues
Comme l’abeille aux fleurs du marronnier.

Je suis vers toi comme promesse des moissons
Dans le temps,
Quand le blé dans les champs se mesure au froment
Et se déploie avec l’espoir de tout ce qui verdit
Sur le plancher net des greniers.

Sourd à la pointe de mes doigts la fidélité sur ta tête lasse,
Et toutes mes années
Sont des champs que foulent tes pas
Et qui se gonflent
De la douleur
De t’aimer, ô mon bien-aimé.

(Rachel Korn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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