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Poésie

Posts Tagged ‘anonymat’

Une flèche traverse l’univers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Une flèche traverse l’univers.
Peu importe qui l’a lancée.
Elle transperce également le fluide et le solide,
le visible et l’invisible.
Tenter de calculer son parcours
reviendrait à imaginer un mur dans le néant.

Flèche depuis l’anonyme vers l’anonyme,
depuis un abîme qui n’est pas une origine
vers un autre abîme qui n’est pas une destinée,
mouvement qui semble n’en être pas un
mais plutôt une extase à chaque instant renouvelée.

Je la trouve en ta main
ou toi en ma pensée.
Je peux la voir entrer dans un nuage,
couper en deux un oiseau,
surgir des fleurs et des pluies,
fendre une cécité,
transpercer les morts.

Peut-être son exemplaire anonymat
nous convoque-t-il à notre propre anonymat,
pour que nous puissions aussi nous libérer
de notre commencement et notre fin.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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TOUTES LES ÂMES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2018



 

TOUTES LES ÂMES

Anonymat et banquise : novembre
par son seul nom, dansé
à mort
dans la parole brisée
de la houe et du sillon
tracé
des gouttières d’accablement — ces
marteaux adorés
vomissures
projetées
dans les zones du sang.

Une transfusion de ténèbres,
la paix fertile, empiétant
sur la tuerie.

Vie égale à la vie.

(Paul Auster)

Illustration: Volker Birke

 

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PRESENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: Ivan Rabuzin
    
PRESENTE

Loin
Sous les bâches du ciel
Avec le dernier train
Les villages sans téléphone
Et pour celui qui se souvient
Les fumées courtes de l’automne

Je suis là
Où tu sais
Dans les combes dorées
Et dans l’anonymat terrible des gibiers
Confondu
Ne sachant si la main est un signe
Ou si l’homme est pareil aux chiens aventuriers

C’est encor le moment de t’appeler
D’attendre
Un visage parmi les feuillages de cendre
Clairière, tu ne peux toujours te refuser

Je te soulève en moi
Je t’enveloppe d’arbres
Je te donne le nom de pays étrangers
Tu passes dans mes doigts
Tu mesures ma bouche
Tu m’appartiens déjà
Comme un nouvel été.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Le gardien du sol (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



J’ai de grands rires en réserve
tombereau d’oubli
des écrins d’insomnie aux fleurs noires décapitées

J’ai ta bouche que mes mots dessinent
(les mots que tu me destines)

J’ai tes mains alliance de hasard du ciel et de la terre
dont je t’ai enseigné la gravité

Ô mon amour
couleur de chevilles dans l’herbe épaisse du réveil
couleur de chenille à l’heure ensoleillée de la mort

Dans l’anonymat des dortoirs
le mot est ivre de ses miroirs
Les larmes se tiennent debout sourdes lampes

Le monde à l’envers le monde solitaire
ont une joue commune pour dormir

(Edmond Jabès)

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