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Posts Tagged ‘anse’

Les Rois Mages (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Les Rois Mages

Ils perdirent l’étoile, un soir ; pourquoi perd-on
L’étoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée,
Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’étoile avait fui, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l’âme eût soif d’être guidée
Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,
Se dit « Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,
Il faut donner quand même à boire aux animaux. »

Et, tandis qu’il tenait son seau d’eau par son anse,
Dans l’humble rond de ciel où buvaient les chameaux
Il vit l’étoile d’or, qui dansait en silence.

(Edmond Rostand)

Illustration: Leopold Kupelwieser

 

 

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LES DANSES AU CLAIR DE LUNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: William Blake
    

LES DANSES AU CLAIR DE LUNE

Sur l’herbe molle, dans la nuit,
les jeunes filles aux cheveux de violettes ont dansé toutes ensemble,
et l’une de deux faisait les réponses de l’amant .

Les vierges ont dit : « Nous ne sommes pas pour vous. »
Et comme si elles étaient honteuses, elles cachaient leur virginité.
Un aegipan jouait de la flûte sous les arbres.

Les autres ont dit : « Vous nous viendrez chercher. »
Elles avaient serré leurs robes en tunique d’homme,
et elles luttaient sans énergie en mêlant leurs jambes dansantes.

Puis chacune se disant vaincue,
a pris son amie par les oreilles comme une coupe par les deux anses,
et, la tête penchée, a bu le baiser.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018


 


 

coeur

ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

Il a neigé trois fois la hauteur des maisons
Il a plu quatre fois comme l’anse est profonde
Le vent a fait trois fois cent fois le tour du monde
Le soleil a poli des siècles de saisons
Et mes amours sont demeurées les mêmes
Je l’aime

Nous avons dévoré jusque dans leurs chemins
Des quartiers de pays rêvés depuis l’enfance
Dormi dans des châteaux où la mémoire avance
Fouillé dans des greniers chargés de lendemains
Et ma parole est demeurée la même
Je t’aime

Nous nous sommes bâti des bateaux et des ponts
Avec les mots frileux de mille solitudes
Nous nous sommes forgé de douces habitudes
Le silence n’est pas toujours la trahison
Et mon langage est demeuré le même
Je l’aime

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

(Gilles Vigneault)

 

 

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ROSÉE MATINALE (J. Shuin-Ling)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



 

ROSÉE MATINALE

Sur le fond sombre de l’élégante fenêtre, enguirlandée de fleurs,
la jeune fille émerge, lumineuse.

Demi-nue, elle se penche,
et sa chair, pareille au givre, apparaît, hors du rebord de pierre.
Le charme de la toilette moderne,
n’est visible qu’à la coiffure, déjà achevée.

Ses sourcils, blonds, ont la forme du croissant de la lune.
De l’arrosoir, plein d’eau pure, jaillit une pluie claire.
Avec effort, elle tient l’anse de métal,
et, bien sûr, se refroidit beaucoup les doigts.

Ah ! que je voudrais, si je pouvais être auprès de sa gracieuse personne,
Soir et matin, avec zèle, arroser à sa place !…

(J. Shuin-Ling)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Les arrosoirs (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

Les arrosoirs

C’était un arrosoir
Percé de douze trous.
Il vous raconte son histoire
Pas drôle du tout.

— J’étais un arrosoir célèbre
Respecté de tout le monde
Et comme tous les arrosoirs à l’époque
Je n’avais pas de trous.

Nous n’avions pas de pomme,
Nous avions une anse
Ça ne regardait personne.
Nous vivions en silence.

Mais un jour un jardinier
Vint en traînant ses gros pieds.
Il me saisit brutalement par l’anse
Il me saisit avec violence !

— Tu vas arroser les roses !
— Arroser les roses?
Que les roses s’arrosent
Si ça leur plaît,

(Robert Desnos)

Illustration: Patrick Martin

 

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La tasse (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



    

La tasse fait plaisir à voir
dans sa détermination de tasse
avec sa anse sur la hanche
son petit poing perdu dans sa blancheur
C’est qu’on ne délogera pas de sitôt
la tasse de la tasse ni ne l’arrachera
à l’innocence de sa bravade

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Ô potier (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2016



Ô potier, efforce-toi, si tu es intelligent,
de ne pas avilir l’argile dont fut pétri le fils d’Adam.
Le doigt de Féridoun, la paume de Kaï Khosrau,
tu les as mis sur ton tour. A quoi penses-tu donc?

***

Ce vase était comme moi un amant malheureux
enchaîné par la chevelure d’une femme.
Cette anse que tu vois à son col
était la main passée au cou d’une bien-aimée.

(Omar Khayam)

 

 

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Cette cruche (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016



Cette cruche, jadis, fut un amant fidèle
Epris, comme moi-même aujourd’hui, d’une belle
Et cette anse à son col était jadis un bras
Qui s’enlaçait au cou de cette jouvencelle.

(Omar Khayam)

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Le chant de l’eau (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Le chant de l’eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Emile Chabas

 

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LA PEAU DU PERSONNAGE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



Christophe Gilbert a_l [800x600]

LA PEAU DU PERSONNAGE

Il est une cloison douce comme l’oreille
Qui laisse tous les bruits de la terre approcher
Ceux qui viennent de loin et se savent capables
De mener l’homme à sa tourmente de l’aider
A franchir d’un seul bond cette conscience humaine
Qui le nie et l’envoie sans cesse par le fond
Car l’homme que je suis plus proche de la bête
Des yeux doux de la bête et de son front de bête
S’identifie à l’os intact de la ramure
A la gorge de craie qui chante sans savoir
Que les anses du blé se referment sur elle
Transparente et moulée à la forme illusoire
D’un homme encor lui-même et qui se croit sauvé
Ma poitrine tu bats tu me donnes le temps
De me choisir de me situer de me connaître
De n’être plus pour toi qu’un doux filet de sang.

(René Guy Cadou)

Illustration: Christophe Gilbert

 

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