Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘apaisé’

TRANSITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



 

Alfred Stevens , Portrait of a young woman

TRANSITION

Le vent, tiède éclaireur de l’assaut du printemps,
Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.
La pluie et le soleil, le calme et les autans,
Les bois noirs sur le ciel, la neige en bandes blanches,
Alternent. La nature a comme dix-sept ans,
Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,
Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.

Pas encor le printemps, mais ce n’est plus l’hiver.
Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.
Les branches noires sont pleines d’un brouillard vert.
Les mots méchants et les paroles désolées,
Sur vos lèvres, bouton d’églantine entrouvert,
Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées
Fondent, et le gazon s’émaille à découvert.

Votre moue est changée en rire à mes baisers,
Comme la neige fond, pâle retardataire,
Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,
Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,
Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez
Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.
Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Stevens

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans les bois (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



 

Dans les bois

D’autres, – des innocents ou bien des lymphatiques, –
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux !
D’autres s’y sentent pris – rêveurs – d’effrois mystiques.

Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l’onde,
D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d’une horreur triviale et profonde.

Surtout les soirs d’été: la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.

Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s’éparpille, ainsi qu’un miasme, dans l’espace.

La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d’assassins postés se concertant.

(Paul Verlaine)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche à l’éveil (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2020



 

Emilia Castañeda 1943 - Spanish painter - Tutt'Art@ (6) [1280x768]

retouche à l’éveil

la nuit s’en va sous ses voiles de saule
avec nos doutes apaisés
le matin roule de l’épaule
vers une fête de baisers
l’amour à double haleine
se vêt des soies du vent
ton ombre court après la mienne
la double et chante à son devant
bonheur à battement
ton long oiseau s’élève de l’étang

(Daniel Boulanger)

Illustration: Emilia Castañeda

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

On boit parfois la nuit comme un vin (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2020



Illustration: F.A. Moore
    
On boit parfois la nuit comme un vin
Versé dans un grand verre rond

Senteurs boisées

Le silence a du corps

Une épaisseur d’ombre
Chaude
Court dans le sang

L’ivresse a les mains douces

Joie obscure et apaisée
Dormante

Nuit longue en bouche

(Jean-Pierre Siméon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Numéro 130
Traduction:
Editions: Revue Friches

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nox (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nox

Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;
L’oiseau silencieux s’endort dans les rosées,
Et l’étoile a doré l’écume des flots bleus.

Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins ;
La lune tristement baigne les noirs feuillages ;
L’oreille n’entend plus les murmures humains.

Mais sur le sable au loin chante la Mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l’air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.

Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines
Entretien lent et doux de la Terre et du Ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S’il est pour les atteindre un chemin éternel.

O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m’avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Et dans mon coeur aussi vous chantez à jamais !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Tina Palmer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TEMPÊTE D’ÉTÉ (Liu Ji)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



TEMPÊTE D’ÉTÉ

Poussé par le vent vigoureux l’orage s’abat
sur la haute citadelle
Sous le poids des nuages, des coups de tonnerre
tambourinent sur la terre
L’averse apaisée, on ne sait plus où est le dragon
Seules des milliers de grenouilles coassent
dans l’étang vert

(Liu Ji)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

O silence apaisé (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



 

Duy Huynh 134

O silence apaisé,
neige de la prière.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Duy Huynh

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , | 2 Comments »

Ce qui s’était perdu dans l’hiver de ton coeur (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




    
Ce qui s’était perdu
Dans l’hiver de ton coeur
Disparu de ta vue
Egaré à jamais
Si tu l’épouses à l’instant même
Dans le ciel tout vibrant de sa perte
En grand silence
et en secret
Voici qu’il t’est redonné
Comme moisson nouvelle
Neige offerte au soleil
Matin bleu de crocus
Doux printemps apaisé

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Souvenir (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Allan Douglas Davidson a-reclining-female-nude-in-a-sunlit-glade

Souvenir

Le ciel, aux lueurs apaisées,
Rougissait le feuillage épais,
Et d’un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,
Vous aviez, aux mousses discrètes,
Cueilli les pâles violettes
Et défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,
Par les taillis, en plein soleil ;
Un flot de sang jeune et vermeil
Pourprait votre joue animée.

L’écho d’argent de votre voix
Avait sonné sous les yeuses,
D’où les fauvettes envieuses
Répondaient toutes à la fois.

Et rien n’était plus doux au monde
Que de voir, sous les bois profonds,
Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,
Etinceler, bleus comme l’onde !

O jeunesse, innocence, azur !
Aube adorable qui se lève !
Vous étiez comme un premier rêve
Qui fleurit au fond d’un coeur pur !

Le souffle des tièdes nuées,
Voyant les roses se fermer,
Effleurait, pour s’y parfumer,
Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissant
A votre grâce fraternelle,
L’Etoile du soir, blanche et belle,
S’éveillait à l’Est pâlissant.

C’est alors que, lasse, indécise,
Rose, et le sein tout palpitant,
Vous vous blottîtes un instant
Dans le creux d’un vieux chêne assise.

Un rayon, par l’arbre adouci,
Teignait de nuances divines
Votre cou blanc, vos boucles fines.
Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,
En vertes corbeilles tressés,
Enfermaient vos bras enlacés,
Comme un oiseau fermant ses ailes ;

Ou comme la Dryade enfant,
Qui dort, s’ignorant elle-même,
Et va rêver d’un Dieu qui l’aime
Sous l’écorce qui la défend !

Nous vous regardions en silence.
Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?
Dans quel monde joyeux et doux
L’emportais-tu, jeune Espérance ?

Lui disais-tu qu’il est un jour
Où, loin de la terre natale,
La Vierge, d’une aile idéale,
S’envole au ciel bleu de l’amour ?

Qui sait ? L’oiseau sous la feuillée
Hésite et n’a point pris l’essor,
Et la Dryade rêve encor…
Un Dieu ne l’a point éveillée !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Allan Douglas Davidson

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

SI JE N’AVAIS PLUS (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

Si je n’avais plus
Si je n’avais plus
Plus qu’une heure à vivre
Une heure et pas plus
Je voudrais la vivre
Au creux de ton lit
Car j’aurais ma mie
Ma peur à combattre
Penché sur ta vie
Pour l’entendre battre
Je pourrais garder
Je pourrais garder
Au fond de mon coeur
Sous la terre froide
Un peu de chaleur
Que j’emporterai

Si je n’avais plus
Si je n’avais plus
Plus qu’une heure à vivre
Une heure et pas plus
Je voudrais la vivre
A l’aube d’un jour
Sur un lit d’amour
Pour n’avoir à dire
Que des mots d’amour
Pour te voir sourire
Et ne plus penser
Et ne plus penser
Qu’un autre après moi
Te verra sourire
Qu’un autre après moi
Pourra t’enlacer

Et dans un baiser
Et dans un baiser
Le corps apaisé
Le coeur allégé
D’un million de doutes
Mon dernier sommeil
M’ouvrira la route
Qui mène au soleil

(Charles Aznavour)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :