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Poésie

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DU CYCLE DES NUITS (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



DU CYCLE DES NUITS

Les astres de la nuit que j’aperçois à mon réveil
surplombent-ils seulement mon visage, celui d’aujourd’hui,
ou bien en même temps le visage tout entier de mes années,
eux, ces ponts qui reposent sur leurs piliers de lumière ?

Qui là-bas veut poursuivre sa route ? Pour qui suis-je
abîme, lit de rivière,
lui qui passe au-dessus de moi ainsi, décrivant le plus vaste des cercles —,
qui saute au-dessus de moi et me prend, comme sur
l’échiquier le fou,
et marque avec insistance sa victoire ?

***

AUS DEM UMKREIS: NACHTE

Gestirne der Nacht, die ich erwachter gewahre,
überspannen sie nur das heutige, meine Gesicht,
oder zugleich das ganze Gesicht meiner Jahre,
diese Brücken, die ruhen auf Pfeilern von Licht?

Wer will dort wandeln? Für wen bin ich Abgrund und
Bachbett,
daß er mich so im weitesten Kreis übergeht —,
mich überspringt und mich nimmt wie den Làufer im
Schachbrett
und auf seinem Siege besteht?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Patrick Rogelet

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Brefs (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



 

Illustration 

    
Brefs

De l’autre côté de la forêt
le ciel prend ses quartiers,
les noms deviennent fleuves.
Ce que l’on n’aperçoit plus
existe alors de plein droit.
Le bleu atteint ta perfection
pour découvrir un paysage
restituant au corps sa part d’infini.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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QUESTIONNEMENT (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2017



 Illustration: Pierre Bonnard

    

QUESTIONNEMENT

Comment est le corps?
Comment est le corps de la femme?
Où commence-t-il: ici, par terre
ou dans la chevelure, d’où il descend?

Comment est la jambe qui monte,
et qui va montant jusqu’où?
En l’apercevant dans un éclair,
ça fait mal dans la poitrine,
la terre tremble.

On dit que dans la femme
il est des endroits splendide
et que jamais ils ne se révèlent.
Des moelleurs girondes.

Comment font-elles quand elles sont nues,
dans la baignoire, en se lavant
pour ne pas se voir nues nues nues ?

Pourquoi dans la robe beaucoup d’autres robes
et des blancheurs et du linge empesé, jusqu’où ?
Quand est-ce que sans vêtement
elle est elle-même, seulement femme ?

Et comment fait-elle quand fait-elle
pour autant qu’elle fasse
ce que nous faisons tous malproprement?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Être comme l’enfant (Nicolas Diéterlé)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Être comme l’enfant qui, perdu dans une forêt,
aperçoit en levant la tête
l’enchevêtrement infini des branches
qui se perdent dans les hauteurs.

(Nicolas Diéterlé)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration: Serge Boisse

 

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Nous nous courbons nous nous tendons (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Nous nous courbons nous nous tendons nous nous
Faisons face nous nous croisons nous nous côtoyons
(Je suis vêture pour toi, tu es pour moi vêture)
La sève lève
La peau prend la couleur de la violette et le goût de la mer
A l’appel du large quand nos extrémités lâchent les amarres

Nous entendons le gémissement des secrets
Nous pouvons apercevoir nos veines s’habiller de mort

Nous nous tendons comme l’arc puis nous tombons

Ah l’eau rédemptrice l’amour
Pourquoi la fatigue le repos ô fusion plus complète que celle de l’eau ô amour ?

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE

Un insecte pris dans l’ambre jaune
On aperçoit encor ses antennes fragiles comme des cheveux
C’est la molle mort qui l’a enfermé
Dans cette solide immortalité.

Il brille là comme derrière un verre
Ses tremblements d’autrefois, où sont-ils ?
Il pleurait, zézéyait de sa voix d’insecte,
Ses sanglots envolés, dis-moi, où sont-ils ?

Enfermé, ce mort, avec sa carapace
Portera toujours ses habits de fête –
Cette âme menue, si elle existe, si elle existait,
Son bruissement dès lors tournoie silencieux.

(Anna Hajnal)

 

 

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DEMAIN, SI LA MER… (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



 

Oleg Zhivetin (35)

DEMAIN, SI LA MER…

Demain si la mer est docile
Je partirai de grand matin
J’irai te chercher une île
Celle que tu montres avec ta main.

Je la ceinturerai en filet
La traînerai près du grand quai
Tu l’offriras au jour
En l’honneur de nos amours

Si l’océan frémit
Au toucher de ton doigt
Que penser mon amie
Quand tu te donnes à moi

Passerais-je la nuit
Immobile comme marbre
Si tu prends comme lit
Mon hamac sous les arbres

Quand ils t’ont aperçue
Les oiseaux en folie
Ont envahi la rue
Et reculé la nuit

Les fleurs de mon jardin
Se sont déracinées
On les voit le matin
Dans l’air se promener

Viens nous nous coucherons
Sous le même manteau
Nous nous endormirons
Liés comme roseaux

(Félix Leclerc)

Illustration: Oleg Zhivetin

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Marine (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



Marine

Dans le fracassement du ressac des écumes
Par delà la ligne la plus courbe des plages
Entreverrons-nous les aubes qui s’exhument
Devers ces nuits issues des plus anciens âges

Quand la marée se lève aux pélagiques grèves
Et que les nostalgies orchestrent nos dérives
Nous traversons toujours ces identiques rêves
Où nous apercevons les anges qui ravivent

Nos souvenirs étranges et si délicats
Que nous croirions aussi aborder à ces passes
S’ouvrant tout grand sur les écueils de l’au-delà

Notre âme elle-même ne semblerait-il pas
Qu’elle divague encor sur les vagues qu’effacent
Les très mystérieuses houles de l’espace

(Jean-Claude Demay)

Illustration

 

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J’aperçois un renard (Kato Shuson)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



J’aperçois un renard
Un jour c’est moi qui de lui
Serai vu.

(Kato Shuson)


Illustration

 

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CHEMIN (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2017



 

CHEMIN

En commençant la traversée du désert je savais
Que quelques-uns mourraient

Mais je pensais sous le ciel très rond
— Où se trouve
La limite de mon amour de ma force ?

Et voici que je meurs avant la prochaine oasis
La gorge sèche et le poids
Illimité du soleil sur mes épaules

Voici que je meurs aveugle de blancheur
Trop lasse pour apercevoir des mirages

Je savais
Qu’avant la prochaine oasis
Quelqu’un mourrait

***

CAMINHO

Na marcha pelo deserto eu sabia
Que alguns morreriam

Mas pensava sob o céu redondo
— Onde
O limite do meu amor da minha força ?

E eis que morro antes do próximo oásis
Com a garganta seca e o peso
Ilimitado do sol sobre os meus ombros

Eis que morro cega de brancura
Cansada demais para avistar miragens

Eu sabia
Que alguém
Antes do próximo oásis morreria

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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