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A pas lents et tardifs tout seul je me promène (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2019



 

Mark Berens  170050

A pas lents et tardifs tout seul je me promène
Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;
Et pour n’être aperçu, je choisis de mes yeux
Les endroits non frayés d’aucune trace humaine.

Je n’ai que ce rempart pour défendre ma peine,
Et cacher mon désir aux esprits curieux
Qui, voyant par dehors mes soupirs furieux,
Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.

Il n’y a désormais ni rivière ni bois,
Plaine, mont ou rocher, qui n’ait su par ma voix,
La trempe de ma vie à toute autre célée.

Mais j’ai beau me cacher je ne puis me sauver
En désert si sauvage ou si basse vallée
Qu’amour ne me découvre et me vienne trouver.

(Philippe Desportes)

Illustration: Mark Berens 

 

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L’infini microcosme (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’infini microcosme

Nuit et jour infinis dans une effusion du Temps,
Un seul aperçu au milieu,
Une soirée agréable, un courant d’air,
L’ivresse d’union entre obscurité tamisée et lumière :
Juste à son coeur un jasmin simple et minuscule
Un soupçon de parfum avec une goutte de sourire
A peine accessibles ses toutes petites lèvres
Continue à s’épanouir dans la joie
Avant même sa chute dans la joie.
Au fond de cet aperçu l’Infini tout entier
Devient jasmin en lisière d’une forêt.
L’Infini se manifeste au coeur de l’instant.
Au passage du temps se détache la fleur,
L’Infini rentre en lui-même.

***

Infinity, Miniscule

Infinite day and night in an effusion of Time,
Only one glimpse in its midst,
A lovely evening, a breeze,
The drunkenness of union between soft darkness and light:
Right at its core merely a tiny jasmine,
A shade of perfume with a drop of smile
Hardly approachable its tiny lips
Keeps on blossoming out of its joy
Before it falls even out of its joy.
Entire Infinity within that glimpse
Becomes a jasmine by the side of a forest.
Infinity manifests at the heart of the moment.
With the passing of the moment falls the flower,
Infinity returns within itself.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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APERÇU EN PASSANT (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

fenêtre train

APERÇU EN PASSANT

Quand je voyage, j’aperçois souvent des fleurs,
Dont je n’ai pas le temps de voir ce qu’elles sont.

Je voudrais descendre du train et retourner
Voir, sur le bord de la voie, ce qu’elles étaient.

Je leur prête mille noms, tous faux, j’en suis sûr :
Ce n’étaient pas de grands épilobes des bois,

Des campanules bleues it l’entrée d’un tunnel,
Ni du lupin, ami des sables desséchés.

Mon esprit peut-être a-t-il été effleuré
Par une idée que nul jamais ne trouvera.

Le ciel ne ménage ces aperçus qu’à ceux
Qui ne pourront jamais s’approcher pour mieux voir.

(Robert Frost)

 

 

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Une étrangère s’est glissée dans mes paroles (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Une étrangère s’est glissée dans mes paroles,
beau masque de dentelle avec, entre les mailles,
deux perles, plusieurs perles, larmes ou regards.
De la maison des rêves sans doute sortie,
elle m’a effleuré de sa robe en passant
— ou si cette soie noire était déjà sa peau, sa chevelure? —
et déjà je la suis, parce que faible
et presque vieux, comme on poursuit un souvenir;
mais je ne la rejoindrai pas plus que les autres
qu’on attend à la porte de la cour ou de la loge
dont le jour trop tôt revenu tourne la clef…

Je pense que je n’aurais pas dû la laisser
apparaître dans mon coeur; mais n’est-il pas permis
de lui faire un peu de place, qu’elle approche
— on ne sait pas son nom, mais on boit son parfum,
son haleine et, si elle parle, son murmure —
et qu’à jamais inapprochée, elle s’éloigne
et passe, tant qu’éclairent encore les lanternes de papier de l’acacia?
Laissez-moi la laisser passer, l’avoir vue encore une fois,
puis je la quitterai sans qu’elle m’ait même aperçu,
je monterai les quelques marches fatiguées
et, rallumant la lampe, reprendrai la page
avec des mots plus pauvres et plus justes, si je puis.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Il y a toujours ce visage (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


visage

C’est à peine si je te vois à travers les feuillages
Visage aperçu dans un vieil autobus
Ces feuillages mortels où l’âme n’est plus
Qu’une pousière lointaine prête à rendre son secret

Tu es debout sur la brisée des herbes
Je ne sais te dire que l’enclos de mes bras
Le biais de ce coeur mal accompli
Et je suis là brutal comme un coup de fusil
Au coeur de la forêt

De mes mains j’attends que renaissent
Les chemins désunis
Mais tu sais que j’essaie de retenir ton visage
Comme la flamme petite de l’allumette

Je t’appelle avec des mots comme des granges
Mais la porte du fond a glissé
Les forêts sont seules à revenir
Pourrons-nous rejoindre à temps l’émeute des blés

Sur cette terre qui bouge où je m’avance à contre-jour
Il y a toujours un visage qui voit clair pour moi
Pareil à une fenêtre ouverte dans la rue vide et sans écho
Il m’interdit l’accès des ténèbres
Un visage en clair qui me précède sous le ciel noir
Il fait son nid dans la libre existence de mes mains
Il prend la même route que les oiseaux
Quand les oiseaux portent l’aube plus haut que la mémoire
Il y a toujours devant moi ce visage dressé dans son été
Il enserre mon domaine et s’enchâsse dans ma nuit
Il pèse à peine le temps d’une parole
Il est ma première neige mon unique sommeil
Ma part de récolte mon lierre et je suis l’arbre
Il y a toujours ce visage qui me regarde par dessus-bord
Quand je m’arrête à bout d’usure aux premières portes

(Georges Drano)

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CODA (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
CODA

Que reste-t-il au bout du couloir
où le poète a passé trop vite
comme un homme que la nuit poursuit?
Que reste-t-il? Deux, trois aperçus
à peine, si la sourde beauté
de ses vers continue de brûler
pour personne comme ces visages
qu’on traverse dans la rue sans voir
qu’ils sont ce que nous sommes, le cri
rentré dans la gorge et les yeux las :
les feuilles d’un même arbre, tremblantes

et chacune a sa note et le vent
les conduit.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les Zones de l’âme (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Les Zones de l’âme

L’âme ― ainsi que la terre ― a ses régions douces,
Ses climats tempérés qu’effleure le soleil :
Frais espoirs souriant comme un flot sur les mousses,
Voluptés sans angoisse et bonheurs sans réveil.

Elle a les passions de sa zone torride,
Ses amours, épandus comme un embrasement,
Ses âpres désespoirs, steppes au sable aride,
Que le vent du désir brûle éternellement.

Puis elle a ses torpeurs et ses déserts de glace,
Ses mornes souvenirs flottant de place en place,
Avec ses jours sanglants sur la neige étalés ;

Mais ceux-là vous diront une lugubre histoire,
Qui, penchés au sommet de quelque promontoire,
Ont aperçu de loin ses pôles désolés.

(Louis Bouilhet)

Illustration: David Caspar Friedrich

 

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Joueuse préface du vent (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    
joueuse préface du vent
la nuit nous chercherons dans nos mains et nos voix vides
ce royaume à grands cris aperçu
des vies fleurissent le temps d’un geste
le temps d’un regard des murs tombent
l’arôme inachevé des vagues enivre nos pas lents

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Et regarder Le ciel (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: ArbreaPhotos 
    
… et regarder
Le ciel

La page en couleurs

Détour de l’inconnu

Un bref aperçu
Du soir

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Il y a sur une table (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Il y a sur une table
un objet qui sourit à travers tous les sommeils du monde
C’est un visage
jamais aperçu
jamais oublié
un visage que berce
l’infinissable neige du souvenir

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Guido Mocafico

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