Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘apothéose’

Petite chapelle (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Petite chapelle

Peuples du Christ, j’expose,
En un ostensoir lourd,
Ce coeur meurtri d’amour
Qu’un sang unique arrose.

Ardente apothéose,
Mille cierges autour
Palpitent nuit et jour
Dans une brume rose.

Ainsi que, jour et nuit,
Se lamentent vers lui,
Comme vers leur idole,

Les coeurs crevés venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien, rien ne console.

(Jules Laforgue)

Illustration: ArbreaPhotos

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Les pétales se détachent (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019




    
Les pétales se détachent

Un par un depuis les vases
Les pétales de roses éphémères viennent de se détacher.
Dans le monde des fleurs
Je ne trouve nulle décomposition de la mort.
Le pas-beau ne lance nulle invective ultime contre la vie.
Nulle fleur ne cherche à avilir de sa haine
Cette terre à qui elle demeure redevable
Et lui rend les reliefs du peu qui lui reste, pâle, en parfums et formes.
Là-dedans se cache le toucher mélancolique d’un adieu,
Point de reproches.
Quand le jour de l’anniversaire et celui de la mort
Viennent à se rencontrer,
Entre l’aube et le crépuscule
je compte déceler, dans cette union,
L’échange de regards entre le jour si las
A l’horizon du levant et celui du coucher,
Et la belle apothéose
D’une éclatante gloire en prosternation !

***

An Example

From the flower vase fell, one by one,
Petals from a short-lived rose.
In the realm of flowers
I see no decrepitude from death.
Ugliness is unable to scoff ultimately at life.
No flower profanes with its hatred
The soil to which it is indebted,
It pays back the faint remnants
of its forms and perfumes.
It has a melancholic touch of bidding farewell,
Exempt from blames.
I seem to find in the union
When birth-day and death-day meet face to face
An exchange of look of the exhausted day
At the horizons where rises and sets the sun :
A humble and beautiful end
of a resplendent glory.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Le savant nomme l’eau comme il la voit (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



Le savant nomme l’eau comme il la voit
et ne sait pas de quoi elle est l’apothéose.
L’eau est fraîcheur et liberté, clarté :
le paradis de la fraîcheur et du reste.
Elle est le regard de ce qui donne la vue.

Ainsi, la vie est la grâce faite à l’être
de se connaître dans un amour ;
d’y mirer son innocence, puis son être
et bientôt de ne le plus distinguer
ni du miroir, ni de cet amour,
de ne sentir que cette grâce …

(Joë Bousquet)

Illustration

 

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Aux morts (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 13

Aux morts

Après l’apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l’humble arbrisseau ;

Vous dont nul n’a connu les mornes agonies,
Vous qui brûliez d’un feu sacré dès le berceau,
Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
Si, quand l’immense espace est en proie à la vie,
Léguant votre misère à de vils héritiers,

Vous goûtez à jamais, hôtes d’un noir mystère,
L’irrévocable paix inconnue à la terre,
Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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FEU D’HIVER (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
FEU D’HIVER

La nature est présente dans ma chambre, l’hiver,
Rideaux tirés devant les nuages et les étoiles,
Les lacs, les collines, les douces prairies lointaines;
Présente par le feu, plus vieux et plus sauvage.

Le feu leur survivra, le feu les prendra tous :
Dans le feu doivent tomber les bois d’automne.
L’éveil du printemps, c’est la lente combustion de l’arbre,
Le feu phénix qui brûle l’oiseau, la bête, la fleur.

Jadis Troie et le bûcher de Didon à Carthage,
Le navire de Baldur et l’incendie légendaire de Londres,
Les robes, les murs de bois, les palais de cristal
Dans leur apothéose furent pareilles flammes :

Flammes plus fluides que l’eau d’un torrent,
Flammes plus délicates et rapides que l’air,
Flammes plus infranchissables que des murs de pierre,
Destructrices, irrévocables comme le temps.

Le feu essentiel est l’esprit que rien n’entrave,
Qui, né sur les lèvres de la prophétie,
Libère les éléments étincelants de l’âme;

Sa brûlure apprend à l’amour la façon de mourir
Et aux êtres à subir leur destruction ultime
Sur ces remparts en flammes du monde qui s’élèvent
Entre notre existence et le jardin perdu.

***

WINTER FIRE

The presence of nature in my winter room
With curtains drawn across the clouds and stars,
Lakes, fells, and green sweet meadows far aime
Is fire, older and more wild than they.

Fire will outlast them all and take them ail
For into fire the autumn Woods must fan.
Spring blossoming is the slow combustion of the tree,
The phoenix fire that burns bird beast and flower away.

Once Troy and Dido’s Carthaginian pire
And Baldur’s skip, and fabulons London burning,
Robes, wooden walls and crystal palaces
In their apotheosis moere such flames as these

Flames more fluent than water of a mountain Stream,
Flames more delicate and swift than air,
Flames more impassable than walls of stone,
Destructive and irrevocable as time.

Essential fire is the unhindered spirit
That, laid upon the lips of prophecy
Frees ail the shining elements of the soul;

Whose burning teaches love the nie to die
And selves to undergo their ultimate destruction
Upon those flaming ramparts of the world
That rire between our face, and the lost garden.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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APOTHEOSE DU POINT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

point et virgule

APOTHEOSE DU POINT

« Foin de tout ce qui n’est pas le Point ! »
Dit le Point, devant témoins.
« Sans Moi, tout n’est que baragouin ! »
Quant à la Virgule !
Animalcule, qui gesticule
Sans nul besoin,
Je lui réponds à brûle-pourpoint :
« Qui stimule une Majuscule ?
Fait descendre les crépuscules ?
Qui jugule ? Qui férule ?
Fait que la phrase capitule ?
Qui ?

Si ce n’est
Le Point !

Bref, toujours devant témoins :
Je postule et stipule
Qu’un Point, c’est TOUT ! »
Dit le Point.

(Andrée Chedid)

 

 

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MÉTAMORPHOSES FAMILIÈRES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



    

MÉTAMORPHOSES FAMILIÈRES

Les aigles des chaises curules
Dans ce royaume bordé des bois
Volaient parfois au crépuscule
Puis reprenaient leur quant-à-soi,
Leurs hiératiques attitudes
Dans les hautes salles d’études.

Les brebis des chambres des reines
Paissant sur champ de fleurdelys,
Broutant l’ombre et la solitude,
A bruit menu comme une pluie,
Soudain gagnaient d’un bond le ciel,
Brebis silence constellées.

Les feux du Bélier, du Centaure
L’étoile qui monte à regret,
Seule, au front noir d’une forêt,
Les divagations des astres,
Tournent sans bruit sur nos cadastres,
Sur nos collines désolées.

Mais le sort que tu m’as jeté,
Secret comme le coeur des roses,
Ouvre d’autres métamorphoses,
Mais le sort que tu m’as jeté
Il me semble une apothéose
Et flambe en moi comme un été.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUPRÊME ÉTREINTE (Anatole Belval-Delahaye)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Andrei Protsouk  
    
SUPRÊME ÉTREINTE

Ah ! laisse, mon amour, ces divines oiselles,
Nos deux âmes s’unir au silence divin.
L’ivresse de l’extase, en nous versant son vin,
Clôt les bouches de chair de ses deux blanches ailes.

Mon luth reste muet devant tant d’infini.
Je vois dans tes grands yeux l’azur qui se colore,
Le désir embrasé monte comme une aurore.
Emergeant de ton cœur comme d’un lac béni.

La pourpre du plaisir ensanglante les roses,
Ta bouche est la grenade ouverte à mon baiser,
Tu ne peux, cher amour, hélas ! me refuser
Le temple de ta chair pour nos apothéoses.

Les instants de bonheur, au sablier du temps,
Sont à peine minute au siècle de souffrance,
Et nous pesons si peu dans la juste balance,
Qu’un souffle nous emporte à l’aube d’un printemps.

L’Ecriture nous dit qu’au delà du mystère
11 est un paradis qu’il nous faut mériter,
Mais j’en sais un, ma douce, où luit la volupté ;
Vivons, si tu m’en crois, cet Eden sur la Terre.

Aimons-nous follement, l’amour est le plus fort;
Cherchons vers le bonheur où la vie est en source,
Buvons l’oubli des jours, des nuits et de leur course.
Et restons enlacés, noués jusqu’à la mort.

(Anatole Belval-Delahaye)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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L’HYMNE ETERNEL (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




L’HYMNE ETERNEL

Je te reconnaîtrai sans t’avoir jamais vue,
Car ton image est dans mes yeux
Semblable à ces reflets qu’on voit sur les lacs bleus
Et dont on cherche en vain les causes dans la nue.
Je te reconnaîtrai… Comment ? Je ne sais pas !
Peut-être à la beauté calme de ton visage,
Peut-être au bruit laissé par ta robe au passage,
Ou peut-être à l’empreinte de tes pas.
Es-tu reine ou bergère ?
Je ne sais pas… Je te vois à travers
Des rêves lumineux, vaporeuse et légère,
Telle, en mirage, une oasis dans mon désert.

Je t’emporterai loin, dans l’au-delà des choses
Où les heures s’en vont endormir leurs secrets,
Et parmi les odeurs et l’ombre des forêts
Je te ferai d’indicibles apothéoses.
Je te ferai des reposoirs
Avec les pins géants et les fleurs des bruyères,
Et dans le mystère ému des longs soirs,
Je laisserai vers toi s’exhaler ma prière.

Nos corps se dresseront dans leur double beauté
Comme un thyrse de chair. Le ciel diamanté,
Les yeux verts des étangs, l’extase des collines,
Regarderont passer notre double désir
Qui montera vers les splendeurs de l’avenir
Par les sentiers, par les rochers, par les ravines.
Nos esprits s’ouvriront au sens de l’infini.

Muables gouttes d’eau dans le gouffre immuable,
Nous essaierons de pénétrer l’éternité.
Atomes conscients devant l’immensité,
Nos cerveaux tenteront de sonder l’insondable.

Nous verrons que nos chairs, ces filles du passé,
Roulent depuis toujours dans le cycle des causes
Et que, plus tard encor, par les vents dispersé,
Notre couple vivra dans les parfums des roses,
Dans les plaintes des mers, dans les souffles des vents,
Dans les fruits, dans les blés, dans les chênes mouvants,
Au hasard des métamorphoses.

Nous verrons que notre âme est l’embryon de Dieu,
Un peu de la grande Aine éparse par le monde,
Qui, parmi l’inconnu de l’époque et du lieu,
Fait vivre le cosmos, le règle et le féconde,
Et que cette âme, accrue à nos gestes latents,
D’un plus puissant envol exaltera le temps
Qui sur nos faiblesses se fonde.

Nous concevrons l’ordre profond de l’univers
Notre corps aspirant à la beauté parfaite,
Notre esprit s’avançant vers l’ultime conquête
Par les chemins les plus divers.

Nous nous sentirons solidaires
Des siècles qui nous précédèrent
Comme de ceux qui nous suivront
Et levant alors notre front
Vers ce Dieu qui par nous incessamment se crée,
Nous chanterons l’hymne sacrée :

« Heureux les doux, heureux les bons, heureux les forts,
Heureux les justes !
Ceux qui mettent leur foi dans la pensée auguste,
Leur espérance dans l’effort !

Heureux ceux dont le coeur est pur et volontaire,
Ceux qui portent leurs jours comme des ciels d’été,
Ceux qui s’en vont chantant, ivres d’avoir capté
Les secrètes lois de la terre !
Heureux les simples qui, bravant les lendemains,
Tendent leurs bras vers les bras fous de l’aventure !
Heureux ceux dont le rêve ou le verbe ou les mains
Entent sur le passé les aurores futures ! »

Je verrai dans tes yeux l’universel amour,
Dans les miens tu liras la millénaire attente,
Nous sentirons en nous cette sève exaltante
Qui de chaque jour fait le jour.

Enfin nous comprendrons la splendeur de la vie,
Le besoin qui s’y vient confondre de la mort,
Et la marche éternelle — et dont rien ne dévie —
Vers un éternel âge d’or.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Sabin Balasa

 

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LES MAINS (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LES MAINS

Il est des mains que j’adorais
Et qui, sur les touches sonores,
Évoquaient pour moi des aurores
Éclairant de vastes forêts.

Il est des mains, souvent baisées,
Qui, sur les claviers de cristal,
Pour moi, du monde occidental,
Évoquaient les splendeurs brisées.

Il est des mains aux tons pâlis,
Nerveuses, malgré leur finesse,
Et qui chantaient pour ma jeunesse
Avec la voix des bengalis !

Du léger brouillard de dentelles,
Cadre exquis de leur royauté,
Elles faisaient, dans la clarté,
Monter des frémissements d’ailes.

Elles faisaient, dans l’air des soirs
Qu’alourdissait l’odeur des roses,
Resplendir des apothéoses
Ou sangloter des désespoirs.

Maintenant… C’est vrai… Tout s’efface…
Ils ont cessé, le chant vainqueur
Et la chanson triste, et mon coeur
Regarde l’ombre face a face.

Ainsi que l’oiselet des bois
Quand le givre étreint les ramées,
Les petites mains bien-aimées
N’ont plus de chaleur ni de voix.

On leur a mis des fleurs nouvelles,
On a clos leurs doigts refroidis,
Et je m’en vais au Paradis
Pour rester toujours avec elles !

(Noël Bazan)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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