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PORTRAIT DE MA PETITE FILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Vladimir Volegov   petite fille ballon

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE

Ma petite fille avec sa balle à la main,
avec ses grands yeux couleur du ciel
et de la petite robe d’été : « Papa
— me dit-elle — je veux sortir avec toi aujourd’hui. »
Et je pensais : de tant d’apparences
qu’on admire en ce monde, je sais bien auxquelles
je peux comparer ma petite fille.
Oui, c’est à l’écume, à l’écume marine
qui blanchit sur la vague, à ce sillage
qui monte bleu des toits et le vent le disperse ;
aux nuages aussi, nuages impalpables
qui se font et se défont dans un ciel clair ;
à d’autres choses légères et vagabondes.

(Umberto Saba)

Illustration: Vladimir Volegov 

 

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Cette nuit (Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Adrian Borda he_came_with_the_rain_by_borda [1280x768]

 

Cette nuit je rêvai vives ces heures;
En vérité, cette pure apparence,
Dans sa fantaisie, m’était plus courtoise,
Que si je m’enflammais pour d’autres coeurs,
Pour d’autres yeux n’atteignant ta brillance
Dans le réel sauvage de l’extase.

Ne me rappelle pas, ne me redis
Ces heures qui, pour toujours en allées,
Restituent encore un rêve qui plaît,
Jusqu’à ce que nous soyons, dans l’oubli,
Insensibles tels la pierre effritée
Disant que nous ne serons plus jamais.

(Lord Byron)

Illustration: Adrian Borda

 

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UNE APPARENCE (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
UNE APPARENCE

Je ne suis pas moi
je ne suis qu’une apparence

Mon image me couvre
telle une vieille couverture

J’erre comme un point d’interrogation
un verbe sans sujet

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que suis-je venue faire en ce monde (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration: Adèle Vergé

    

Que suis-je venue faire
en ce monde
dont j’ignore
l’origine et le sens

Quelle réalité se dissimule
derrière les apparences

Personne ne trouve refuge
en l’autre

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES BEAUX YEUX BRUNS D’UN CHIEN BÂTARD (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
LES BEAUX YEUX BRUNS D’UN CHIEN BÂTARD

Un matin, en sortant de la maison, au coin de la ruelle,
j’ai rencontré par hasard un chien bâtard. Ses yeux étaient
tellement clairs et tristes, que j’ai penché la tête et ai fixé sur
lui mon regard. Ah, ce chien a aussi penché la tête et m’a
fixé du regard. Son regard est plus doux et limpide que le
ciel printanier de notre pays. Dans ses yeux innocents — la
cornée naïve — le cristallin — la rétine, je suis là, debout,
tenant une enveloppe jaune, habillé d’un imperméable de la
marque London Fog 100%. Tout y est entré : mon
corps entier, mon image entière, l’apparence extérieure de
ma vie entière. Dans la cornée — le cristallin — la rétine d’un
chien bâtard, j’ai impression d’avoir déjà rencontré une fois,
peut-être pas, mon corps entier, mon image entière, l’аpparence
extérieure de ma vie entière. Alors que j’étais dans
cette pensée incertaine, le chien bâtard est parti pour fouiller
une, poubelle. Je suis arrivé à l’arrêt de bus ; sur le poteau
électrique une annonce : La famille Jeon est en deuil. Pompes
funèbres Sion: Tel. 999-1984

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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TOUT est illusion (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018




DIS QUE TOUT est illusion,
Néanmoins ce néant est tout
Cet inépuisable
Trésor d’apparences,
Le merle qui chante,
La pluie qui commence à tomber,
Les feuilles qui verdoient,
L’arc-en-ciel qui se montre,
Réalité ou rêve
Quelle différence? J’ai vu.

***

SAY ALL is illusion,
Yet that nothing all
This inexhaustible
Treasury of seeming,
The blackbird singing,
The rain coming on,
The leaves green,
The rainbow appearing,
Reality or dream
What difference? I have seen.

(Kathleen Raine)

Illustration: ArbreaPhotos

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Que d’étranges pouvoirs vous exercez sur nous Apparences (Pierre-Louis Matthey)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



Que d’étranges pouvoirs vous exercez sur nous
Apparences! Mais comme il les transcende tous
Ce bleu, frangé de cils, où le destin palpite.

(Pierre-Louis Matthey)

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Huitième élégie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
De tous ses yeux la créature voit l’Ouvert.
Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.

Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal.
Car dès l’enfance on nous retourne
et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert,
qui dans la vue de l’animal est si profond.
Libre de mort.

Nous qui ne voyons qu’elle, alors que l’animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c’est dans l’éternité, comme coule une source.

Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Il arrive qu’enfant l’on s’y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l’animal,
peut-être. Les amants, n’était l’autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s’étonnent…

Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l’autre…
Mais l’autre, on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri.
A moins qu’un animal, muet, levant les yeux,
calmement nous transperce.

Ce qu’on nomme destin, c’est cela: être en face,
rien d’autre que cela, et à jamais en face.

S’il y avait chez l’animal plein d’assurance
qui vient à nous dans l’autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.

Et pourtant dans l’animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d’une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons avait été plus proche,
plus fidèle et son abord d’une infinie douceur.

Ici tout est distance, qui là-bas était souffle.
Après cette première patrie, l’autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l’oiseau, dans sa demi-sécurité:
d’origine il sait presque l’une et l’autre chose,
comme s’il était l’âme d’un Etrusque
issue d’un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.

Et comme il est troublé, celui qui, né d’un sein,
doit se mettre à voler!

Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure à travers une tasse,
ou la chauve-souris qui de sa trace raie le soir en porcelaine.

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l’ordre. Tout s’écroule.
Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons.

Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l’attitude du départ?
Tel celui qui, s’en allant, fait halte sur le dernier coteau
d’où sa vallée entière s’offre une fois encor, se retourne et s’attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Élégies de Duino
Traduction: François-René Daillie
Editions: La Différence

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Printemps du corps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Printemps du corps

Mon corps ici, mon corps ailleurs, mon corps
Ensoleillé par la mort et qui glisse
De source en fleuve et de fleuve en caresse
Pour se mêler à d’autres floraisons.

Que ma non-mort en ses terres vitales
Soit cet oiseau, ce poisson, ces parures
De fleurs et d’ors dans le jardin des mots
Et que ma nuit ne soit qu’une apparence.

Ma bouche parle en d’intenses corolles,
Mon oeil regarde au-delà du rosier,
Mes bras unis sont rives de l’étang
Où nénuphar je chante au ras des eaux.

Ainsi mes mains, les ultimes semeuses,
Sont la semence éparse du blé noir
Et mon échine à tous les vents frissonne
La mort en moi, la mort qui danse encore.

Ce doux pollen aux ailes de l’abeille :
Un peu de moi. Ce bourgeon qui s’entrouvre :
Mon vieux délire ici ressuscité
Par le savoir infini de l’aurore.

Mon corps en moi, mon corps en vous, mon corps,
Cette parcelle éminente du jour,
Pour t’affranchir frère de la durée
Et composer la musique des gestes.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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La vie descend (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




    
La vie descend

Fraicheur dans l’étendue où sont les sources noires
Peu à peu on pénètre une infidélité

La vie descend
On peut marcher
Des mains saluent l’apparence du soir

Le chemin s’ouvre aux verdures rêvées
Des vieillesses d’oiseaux s’élancent
En sommeillant

Tout tarde, aux pentes réelles
Et vois tout se maintient dans le temps constellé

Là-bas, là-bas sont les jardins de feuilles
Les pierres sous l’eau mûre, là-bas sont les oiseaux
Et d’autres meurent de faim auprès des mains fertiles

La vie descend, on peut marcher
Le pas éclaire
L’immense peur d’être soi dans le temps

Des portails d’acier sont nos deux mains d’amande

Et vois comme il fallait tout l’amour des forêts
Pour adopter les yeux de l’invisible.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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