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Poésie

Posts Tagged ‘apparence’

Ondine (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020


ondine

 

Il taillada les ronces, ramassa la vase grise
Afin de me donner droit de passage dans mes propres drains
Et je me mis à courir pour lui, vive, lavée de ma rouille.
Il fit halte, me vit enfin dévêtue,
Eau claire, insoucieuse en apparence.
Puis il marcha à mes côtés. Là où les fossés se croisent
Près de la rivière, je clapotai et bouillonnai
Jusqu’à ce qu’il enfonce une pelle loin dans mon flanc
Et m’étreigne. J’avalais sa tranchée
Avec gratitude, me répandant par amour
Dans ses racines, remontant dans ses graines cuivrées –
Mais dès qu’il vit la force de mon accueil, moi seule
Pouvais le grandir et lui être miroir subtil.
Il m’explosa si complètement que mon corps perdit
Sa liberté froide. Humaine, touchée par lui.

(Seamus Heaney)

 

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L’univers (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2020




    
L’univers me représente notre connaissance accomplie.
J’éprouve, par un seul regard,
que nous ne demeurons qu’en apparence à l’écart de la Lumière.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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SORS ! (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



SORS !

Qui te donne
ton nom
imprononçable?
Qui le garde
quand tu dors ?
Qui le prononce
dans la dissolution
de ta mort?
Qui l’articule
parmi des milliards
de noms
dans les temps
où tu étais
en apparence
absent ?

Et pourtant tu te lèves
à l’appel
silencieux
d’un nom inconnaissable.

(Jean Mambrino)

Illustration: William Blake

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Hautbois (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

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Hautbois

Il est des heures rares
où toute apparence alentour vacille s’humilie s’efface
comme les tentures
mûres
fermant la scène, l’acte fini, dans la cohue.

Les sens sont engourdis, la minute en soi se complaît ;
et dans nos yeux vaguement étourdis
sans cause un sourire naît.

***

Oboe
Ci son ore rare
che ogni apparenza dintorno vacilla s’umilia scompare
come le stinte
quinte
d’un boccascena, ad atto finito, tra il parapiglia

I sensi sono intorpidi,
Il minuto si piace di sè ;
E nasce nei nostri occhi un po’ stupiti
Un sorriso senza perché.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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ESTIVALES (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



ESTIVALES

Instants rêvés de rêve faits
Miroitante houle apparences
L’été la saison irréelle
Chacun croit à peine en soi-même

Arc tendu de la voile
Homme flèche volant
Hors de soi dans l’azur

Immortel
Et périssable
Ton corps entre ciel
Et sable

Un pétale meurt
Au coeur de l’été
Nul ne se retourne.

(René Guyomard)

 

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La Poésie (André Gide)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2020


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La Poésie est comparable
à ce génie des Nuits arabes qui,
traqué, prend tour à tour
les apparences les plus diverses
afin d’éluder la prise,
tantôt flamme et
tantôt murmure,
tantôt poisson,
tantôt oiseau…

(André Gide)

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Que voit-on? (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



L’être des choses, c’est les choses,
selon et dans la pensée.
— Mais les choses sans la pensée ?
Elles ont comme l’être, mais non l’être.
Autre chose que l’être.
Qu’ont-elles au juste, dans leur là?

Le monde naturel,
parce qu’il manifeste sans désigner,
signifie.

L’oiseau qui chante au matin,
le vent dans les feuilles
ne disent rien d’autre que soi.
Ils sont ce qu’ils signifient.
Ils signifient ce qu’ils sont.

« Être et pensée ne font qu’un. »
Mais est-ce la pensée qui se modèle sur l’être
ou l’être sur la pensée ?
L’être est le lieu de la pensée.
Peut-être rien de plus.

Tout ce qui parle en étant, rien qu’en étant.
C’est cette parole pure, sans adjonction, sans attribut,
qu’il faut tenter de surprendre.

Le mince croissant de lune orange, au-dessus des frondaisons noires,
ce n’est pas en le regardant qu’on le voit.
Il faut d’abord fermer les yeux,
le rendre à son espace solitaire et magique,
où Il se lève, avant et hors même tout regard.

Il y a la beauté du monde.
Mais, derrière elle, Il y a le monde sans sa beauté,
le monde hors l’apparence.
Qu’est-ce que la mer sans ce qui la fait telle ou telle :
calme ou démente, grise ou brillante-bleue et lisse comme une soie?
Un nuage passe et la mer change de visage.
Où est « la » mer?

Nombre d’étoiles que tu regardes ne sont plus là où tu les vois.
Celles qui sont là ne se verront qu’infiniment plus tard,
par d’autres qui ne verront pas ce qu’ils voient.
Que voit-on?

(Roger Munier)

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Dans la plaine enneigée (Dôgen)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Dans la plaine enneigée où toute l’herbe s’abolit
Le héron blanc s’est enfoui dans sa propre apparence

(Dôgen)


Illustration

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Ombres (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Ombres

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LUNE ET MER (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
LUNE ET MER
Pour Oscar Bento

Virginale

comme si jamais un homme
n’y avait laissé ses traces:
la lune
qui reflète sa beauté
dans le miroir bleu azur de la mer,
en apparence immaculée,
non souillée pour toujours
de déchets et d’ordures
voracité des hommes.

***

MOON AND SEA
for Oscar Bento

Virginal
as if no human
ever set foot on it:
the moon
reflecting her beauty
in the azure mirror of the sea
which apparently seems uninfected,
not irrevocably contaminated
with garbage and waste,
the voracity of people.

***

LUA E MAR
para Oscar Bento

Virginal
como se jamais um homem
a tivesse pisado:
a lua
reflectindo a sua beleza
no espelho azul do mar
aparentemente tão limpo
mas tão irremediavelmente contaminado
pela imundice e os despojos
da voracidade dos homens.

***

Lună și mare
pentru Oscar Bento
Neprihănită
neatinsă parcă
de-a omului amprentă:
luna.
Inaccesibila-i splendoare se-oglindește
în aparent la fel de pura
mare,
ce adună-n pântec
omeneștile deșeuri,
ale deșartei lăcomii.

***

LUNA Y MAR
a Oscar Bento

Virginal
como si nunca un hombre
hubiese puesto el pie sobre ella:
la luna
reflejando su belleza
en el espejo azul del mar
aparentemente tan pulcro
pero irrevocablemente contaminado
con la basura y los desechos
por la voracidad de los hombres.

***

LA LUNA E IL MARE
per Oscar Bento

Vergine
come se nessun essere umano
vi avesse mai messo piede:
la luna
specchia la sua bellezza
nello specchio azzurro del mare
che all’apparenza sembra non contagiato,
né irreversibilmente contaminato
di spazzatura e rifiuti,
la voracità dell’uomo.

***

MAAN EN ZEE
voor Oscar Bento

Maagdelijk
alsof er nooit een mens
zijn sporen nagelaten heeft:
de maan
die haar schoonheid reflecteert
in de azuurblauwe spiegel van de zee
die ogenschijnlijk onbezoedeld lijkt
niet onherroepelijk besmet
met afval en vuilnis,
de vraatzucht der mensen.

***

Mond und Meer
für Oscar Bento

Unberührt
als hätte noch nie ein Mensch
seine Spuren hinterlassen:
Der Mond
der seine Schönheit betrachtet
im azurblauen Spiegel des Meeres,
das unverseucht scheint,
nicht unumkehrbar verunreinigt
mit Abfall und Müll,
durch die Gier der Menschen.

***

Луна в апреле (Оскар Бенто)_

Луна и море
Оскару Бенто
Девственна,
словно никто никогда
не оставлял там следов,
Луна
созерцает свою красоту
в зеркале моря лазурном,
что кажется незамутненным,
не превращенном в урну
для мусора и отходов
алчности человека

***

***

***

ΘΑΛΑΣΣΑ ΚΑΙ ΦΕΓΓΑΡΙ
Παρθένα

σαν να μην πατήθηκε
ποτέ από ανθρώπους:
το φεγγάρι
αντανακλά την ομορφιά του
στο γαλανό καθρέφτη του νερού
που δεν επηρεάζεται
κι ούτε μολύνεται
σκουπίδια και απόρρητα,
κι η απληστία του ανθρώπου

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 599
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Anglais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Néerlandais / Allemand / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Tadjik Rahim Karim / Chinois Zhou Dao Mo / Grec Manolis Aligizakis / Hébreu Dorit Wiseman
Editions: POINT

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