Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘apparence’

Je vais plus loin que la route (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Tel un vagabond
Je pars pour les montagnes désertes.
(Milarépa)

Je vais plus loin que la route,
plus haut que les alpages
près des rochers ou rien ne pousse.
La lionne suit la ligne des neiges,
l’aigle tourne dans l’azur,
j’entends les cris des petits singes.
Le vent s’est fait mon équipage,
la nuit la compagne de mon coeur
et le soleil m’offre à boire.
Si tout me manque rien ne manque,
prenez les braises de mon foyer,
je vis d’un souffle de feu.
(Le vagabond se joue des apparences,
le vagabond met l’infini dans son jeu,
il chante follement sa folle liberté.)
Je vais plus loin que mon refuge,
plus haut que l’écho des vallées
près de la seule lumière.

(André Velter)

 

 

 

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Que suis-je venue faire en ce monde (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Que suis-je venue faire
en ce monde
dont j’ignore
l’origine et le sens

Quelle réalité se dissimule
derrière les apparences

Personne ne trouve refuge
en l’autre

(Anise Koltz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Un vivant parle pour les morts (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Un vivant parle pour les morts

Doux avenir cet oeil crevé c’est moi
Ce ventre ouvert et ces nerfs en lambeaux
C’est moi sujet des vers et des corbeaux
Fils du néant comme est fils de roi

J’aurai bientôt perdu mon apparence
Je suis en terre au lieu d’être sur terre
Mon coeur gâché vole avec la poussière
Je n’ai de sens que par complète absence

(Paul Eluard)

 

Recueil: Derniers poèmes d’amour
Traduction:
Editions: Seghers

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Deuxième retouche à la vie (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017




    
deuxième retouche à la vie

Aux quatre saisons de l’amour
hasard, douleur, calme et rédemption
ses vitrines s’allument et s’éteignent
dans la rue des apparences

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Je Te pressens (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Je Te pressens. Les années passent et fuient —
Sous la même apparence je Te pressens.

L’horizon est en feu — clarté insoutenable,
Et j’attends en silence — languissant et aimant.

L’horizon est en feu, l’apparition est proche,
Mais j’ai peur soudain que Tu changes d’apparence,

Et que tu fasses naître un soupçon insolent,
En modifiant les traits qui me sont familiers.

Oh! je tomberai — et amer et humilié,
Sans avoir triomphé de ce rêve mortel!

L’horizon est clair. Le resplendissement est proche.
Mais j’ai peur soudain que Tu changes d’apparence.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Je ne saurais rien dire de cet état (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: El Greco
    
je ne saurais rien dire de cet état,
où je fus happé derrière l’horizon.

Comme renversé d’amour,
les nerfs aiguisés à la braise,
les veines meurtries au vivant.

Oui, le très vivant.

Ce qui n’en finit pas
de prendre visage
entre deux apparences.
C’est, tellement.

Et l’on voudrait que cette spirale
qui noue coeur et ventre
fût traduite au mieux du monde.

On voudrait
l’exact sanglot de la ténèbre,
la fièvre de tous les rires.
Et la décomposition même,
si parfaite.
Sa toute blancheur.

Pour mieux accueillir
le poudroiement.
Là où tout parle.
Où la pensée s’efface.
Où frémit
la nuque des étoiles.

Il faut aller vers ce ressac,
traverser les atomes,
sevrer la nuit.

Avec toutes les langues du vertige.
La secousse,
si belle.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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COMMENCEMENT D’ÉTÉ (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

Evgeni Gordiets       3515-640x446

COMMENCEMENT D’ÉTÉ

Douleur, où donc es-tu ? Ici je ne te vois pas ;
toute apparence t’est contraire. Le soleil
dore la ville, brille sur la mer.
Tout va roulant vers le rivage
dans une ronde de gens et de choses.
Tout se meut joyeusement, comme si
tout était heureux d’exister.

(Umberto Saba)

Illustration: Evgeni Gordiets 

 

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Birds in the night (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Albert Lynch 1000

Birds in the night

Vous n’avez pas eu toute patience,
Cela se comprend par malheur, de reste.
Vous êtes si jeune! et l’insouciance,
C’est le lot amer de l’âge céleste!

Vous n’avez pas eu toute la douceur,
Cela par malheur d’ailleurs se comprend;
Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
Que votre coeur doit être indifférent!

Aussi me voici plein de pardons chastes,
Non certes! joyeux, mais très calme, en somme,
Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
D’être, grâce à vous, le moins heureux homme.

*
* *

Et vous voyez bien que j’avais raison
Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
Ne couvaient plus rien que la trahison.

Vous juriez alors que c’était mensonge
Et votre regard qui mentait lui-même
Flambait comme un feu mourant qu’on prolonge,
Et de votre voix vous disiez: «Je t’aime!»

Hélas! on se prend toujours au désir
Qu’on a d’être heureux malgré la saison…
Mais ce fut un jour plein d’amer plaisir,
Quand je m’aperçus que j’avais raison!

*
* *

Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre?
Vous ne m’aimez pas, l’affaire est conclue,
Et, ne voulant pas qu’on ose se plaindre,
Je souffrirai d’une âme résolue.

Oui, je souffrirai, car je vous aimais!
Mais je souffrirai comme un bon soldat
Blessé, qui s’en va dormir à jamais,
Plein d’amour pour quelque pays ingrat.

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
Encor que de vous vienne ma souffrance,
N’êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
Aussi jeune, aussi folle que la France?

*
* *

Or, je ne veux pas,—le puis-je d’abord?
Plonger dans ceci mes regards mouillés.
Pourtant mon amour que vous croyez mort
A peut-être enfin les yeux dessillés.

Mon amour qui n’est que ressouvenance,
Quoique sous vos coups il saigne et qu’il pleure
Encore et qu’il doive, à ce que je pense,
Souffrir longtemps jusqu’à ce qu’il en meure,

Peut-être a raison de croire entrevoir
En vous un remords qui n’est pas banal.
Et d’entendre dire, en son désespoir,
A votre mémoire: ah! fi que c’est mal!

*
* *

Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.
Vous étiez au lit comme fatiguée.
Mais, ô corps léger que l’amour emporte,
Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

O quels baisers, quels enlacements fous!
J’en riais moi-même à travers mes pleurs.
Certes, ces instants seront entre tous
Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

Je ne veux revoir de votre sourire
Et de vos bons yeux en cette occurrence
Et de vous, enfin, qu’il faudrait maudire,
Et du piège exquis, rien que l’apparence

*
* *

Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts,

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette,
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas! avec quelque orgueil,
En mon souvenir qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil.

*
* *

Par instants, je suis le pauvre navire
Qui court démâté parmi la tempête,
Et ne voyant pas Notre-Dame luire
Pour l’engouffrement en priant s’apprête.

Par instants, je meurs la mort du pécheur
Qui se sait damné s’il n’est confessé,
Et, perdant l’espoir de nul confesseur,
Se tord dans l’Enfer qu’il a devancé.

O mais! par instants, j’ai l’extase rouge
Du premier chrétien, sous la dent rapace,
Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
Un poil de sa chair, un nerf de sa face!

(Paul Verlaine)

Illustration: Albert Lynch

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Lorsque l’enfant était enfant (Peter Handke)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017



Illustration: Paul Klee 
    
Lorsque l’enfant était enfant

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mimes quand on le photographiait.

Lorsque l’enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?

Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas…
simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment
avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi,
avant de le devenir je ne l’étais pas,
et qu’un jour moi… qui suis moi,
je ne serais plus ce moi que je suis ?

Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.

Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.

Sur chaque montagne,
il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville,
le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.

Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.

Lorsque l’enfant était enfant
il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.

***

Lied vom Kindsein – Song of Childhood – Peter Handke
Als das Kind Kind war,
ging es mit hängenden Armen,
wollte der Bach sei ein Fluß,
der Fluß sei ein Strom,
und diese Pfütze das Meer.

Als das Kind Kind war,
wußte es nicht, daß es Kind war,
alles war ihm beseelt,
und alle Seelen waren eins.

Als das Kind Kind war,
hatte es von nichts eine Meinung,
hatte keine Gewohnheit,
saß oft im Schneidersitz,
lief aus dem Stand,
hatte einen Wirbel im Haar
und machte kein Gesicht beim fotografieren.

Als das Kind Kind war,
war es die Zeit der folgenden Fragen :
Warum bin ich ich und warum nicht du ?
Warum bin ich hier und warum nicht dort ?
Wann begann die Zeit und wo endet der Raum ?
Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum ?
Ist was ich sehe und höre und rieche
nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt ?
Gibt es tatsächlich das Böse und Leute,
die wirklich die Bösen sind ?
Wie kann es sein, daß ich, der ich bin,
bevor ich wurde, nicht war,
und daß einmal ich, der ich bin,
nicht mehr der ich bin, sein werde ?

***

Song of Childhood

When the child was a child
It walked with its arms swinging,
wanted the brook to be a river,
the river to be a torrent,
and this puddle to be the sea.

When the child was a child,
it didn’t know that it was a child,
everything was soulful,
and all souls were one.

When the child was a child,
it had no opinion about anything,
had no habits,
it often sat cross-legged,
took off running,
had a cowlick in its hair,
and made no faces when photographed.

When the child was a child,
It was the time for these questions:
Why am I me, and why not you?
Why am I here, and why not there?
When did time begin, and where does space end?
Is life under the sun not just a dream?
Is what I see and hear and smell
not just an illusion of a world before the world?
Given the facts of evil and people.
does evil really exist?
How can it be that I, who I am,
didn’t exist before I came to be,
and that, someday, I, who I am,
will no longer be who I am?

When the child was a child,
It choked on spinach, on peas, on rice pudding,
and on steamed cauliflower,
and eats all of those now, and not just because it has to.

When the child was a child,
it awoke once in a strange bed,
and now does so again and again.
Many people, then, seemed beautiful,
and now only a few do, by sheer luck.

It had visualized a clear image of Paradise,
and now can at most guess,
could not conceive of nothingness,
and shudders today at the thought.

When the child was a child,
It played with enthusiasm,
and, now, has just as much excitement as then,
but only when it concerns its work.

When the child was a child,
It was enough for it to eat an apple, … bread,
And so it is even now.

When the child was a child,
Berries filled its hand as only berries do,
and do even now,
Fresh walnuts made its tongue raw,
and do even now,
it had, on every mountaintop,
the longing for a higher mountain yet,
and in every city,
the longing for an even greater city,
and that is still so,
It reached for cherries in topmost branches of trees
with an elation it still has today,
has a shyness in front of strangers,
and has that even now.
It awaited the first snow,
And waits that way even now.

When the child was a child,
It threw a stick like a lance against a tree,
And it quivers there still today.

(Peter Handke)

 

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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