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Poésie

Posts Tagged ‘appel’

Les genêts (François Fabié)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Les genêts

Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une boule d’or ;
Et tandis que le pâtre à leur ombre s’endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;

Cette fleur qui le fait rêver d’amour, le soir,
Quand il roule du haut des monts vers les étables,
Et qu’il croise en chemin les grands boeufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l’abreuvoir ;

cette fleur toute d’or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie…

Certes, j’aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s’incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.

Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets de genêts recouverts,
Qui font au vent d’été de si fauves haleines.

***

Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s’enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?

Comme l’herbe était fraîche à l’abri de vos tiges !
Comme on s’y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé,
Un parfum enivrant à donner des vertiges !

Et quelle émotion lorsqu’un léger froufrou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu’en bien l’épiant on trouvait d’aventure
Son nid plein d’oiseaux nus et qui tendaient le cou !

Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
– Précoces braconniers, – de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.

Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S’en aller au collège étudier des livres,
Et sentir, loin de l’air natal qui vous rend ivres,
S’engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;

Passer de longs hivers dans des salles bien closes,
A regarder la neige à travers les carreaux,
Éternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant après les oiseaux et les roses ;

Et, l’été, se haussant sur son banc d’écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier.

***

Enfin, la grille s’ouvre ! on retourne au village ;
Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.

On retrouve l’enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la forêt et la lande ;
Elle n’a point changé, – sinon qu’elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.

 » Revenons aux genêts ! – Je le veux bien ?  » dit-elle.
Et l’on va côte à côte, en causant, tout troublés
Par le souffle inconnu qui passe sur les blés,
Par le chant d’une source ou par le bruit d’une aile.

Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ;
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ;
Quant à moi, je me mets simplement à genoux.

Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours si beaux aux coeurs aimants
Parce que les regards soulignent les paroles.

Puis le silence ; puis la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Au loin un tendre appel de ramier ou de caille…
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !

Et les fleurs des genêts nous font un diadème ;
Et, par l’écartement des branches, haut dans l’air.
Paraît comme un point noir l’alouette au chant clair
Qui, de l’azur, bénit le coin d’ombre où l’on aime !…

Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux,
De ces jours dont un seul vaut une vie entière,
– Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, –
Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?

(François Fabié)

 

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APPEL POUR LA SOLITUDE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Misha Gordin crowd49 [1280x768]

APPEL POUR LA SOLITUDE

Si je pouvais en moi-même me dérober,
Vivre inconnu, inconnu,
Me dissoudre
Dans l’alliage muet de la nuit et des songes.

Si je pouvais déserter le dehors,
Saoul de tumulte, de vitesse,
En moi-même plonger dans le cosmos,
Me sentir un avec Lui —

Je suis pris dans la foule qui s’agite, résiste,
Malade d’avoir tant crié,
Je suis pris, dans la foule qui s’éteint, se meurt,
Je me hâte vers, le triomphe, sachant que je ne m’abattrai
Qu’avec la hache qui m’abattra,
Et je pressens la plainte que j’élèverai vers Lui.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Misha Gordin

 

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LA PROIE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA PROIE

Le chien qui crie au fond de moi
attend sa proie
et ce n’est que ce souvenir
cette main douce
qui le chasse
Chien perdu
aux yeux sans larmes
que la nuit guette
cette nuit peuplée de cette foule
qui n’est qu’un seul visage
qu’un seul appel
qu’une seule ombre
Chien peureux chien malheureux
fuyard vaincu
qui ne sait qu’aboyer
à la mort
pour se consoler

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Le pur silence (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020


coeurenterr

 

Avoir tout dit
et ne plus rien dire
Accéder enfin au chant
par le pur silence
T’ouvrant là
sans retenue
A l’appel d’un geai
Aux cris des cigales
Au pin jailli de toi
te brisant les entrailles

Sous le ciel uni
Qu’effleure seul
un nuage

(François Cheng)

Illustration

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Le Vrai toujours (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



Illustration: Maurits Cornelis Escher
    
Le Vrai toujours
Est ce qui naît
d’entre nous
Et qui sans nous
ne serait pas

Né d’entre nous
Selon le souffle
du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel

Entre regard et silence

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’arbre de proue dressé (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



L’arbre de proue dressé
dans la fausse lueur
du fond des eaux
depuis des millénaires

Et cet appel au fond de mon coeur
d’anciens déserts
et de la solitude des flots
bafoué par toute régularité

(Robert Guiette)

Illustration: Mathieu Levis

 

 

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RIEN QU’UN ENCLOS (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



RIEN QU’UN ENCLOS

Rien qu’un enclos et les bergers
descendus, un à un, des cimes,
dans l’odeur chaude des toisons,
et voici que le jeu commence.
Nous sommes là, ceux de la terre,
à souffler dans les coquilles
nos songes nés entre les seins,
bêtes et gens, dans nos haleines,
à guetter le sens de la chair.
Nous sommes là, ceux de l’absence,
l’appel des autres dans nos voix ;
rien qu’une palme sur le ciel
où Dieu caché ne répond pas.

(Géo Libbrecht)

Illustration: Ernest Biéler

 

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ÉCRAN (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
ÉCRAN

Écoutez,
Celui qui vous parle, c’est moi
Écran,
Des écrins de velours
Et des cadres dorés
Trop longtemps m’ont tenu captif,
Des cloisons décorées, des murs et des clôtures
M’ont toujours isolé
Et mon clair appel
Fut converti
En hurlement mensonger des enseignes.
Aujourd’hui
Je m’adresse aux murs:
Dispersez-vous !
Plus de toitures,
Plus de planchers
Délivrez-moi l’espace,
Ici
Toutes les têtes
Créant ensemble un océan,
Pour vous j’ai surgi
Pour vous je suis né,
Plus larges les gradins au milieu de la place,
Sur le gouffre reptilien des rues, élevez
Mon estrade !
Ma semence sera le ciel
Et mon espace l’oeil multiplié des foules.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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À un jardin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




    
À un jardin

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu devienne lien
Et le temps attente.

Que le sentier mène à l’amante,
Que tout désir aille à son terme,
Que chaque fleur porte visage et nom,
Que chaque fruit préserve faim et soif,
Que vent et pluie soir et aube
Renouvellent leurs offrandes sur l’herbe,
Que l’infini, lui, fasse halte
Sur la cime des pins.

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu soit appel,
Et l’instant répons sans fin.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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