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Poésie

Posts Tagged ‘apprendre’

Creuser… (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
Creuser…

Désenchanter
Le verbe…

Rien de bien grave

J’apprends
A entairer mes morts

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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La mère (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



triste

La mère

Je t’ai appris tout ce que j’avais.
Tu as pris ma vie et tu n’as rien compris.
Je t’ai nourri. Tu m’as tarie.
Je t’ai guéri. Tu m’as meurtrie.
Je t’ai habillé. Tu m’as dépouillée.
Je t’ai nettoyé. Tu m’as noyée.
Je t’ai lové. Tu m’as volée.
Je t’ai adulé. Tu m’as annulée.
Je t’ai déployé, tu m’as repliée.
Je t’ai blanchi. Tu m’as noircie.
J’ai été ton refuge, toi mon refus.
Je t’ai inventé et vanté Tu m’as évidée, évitée.
Je t’ai changé et tu t’en es vengé.

Je ne cesse de te chanter,
toi qui me désenchantes.

(Charles Dobzynski)

 

 

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Tout périra (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Georges Jeanclos
    

Tout périra — la mère, et la jeunesse,
L’épouse trahira, l’ami te quittera.
Apprends à goûter cette autre douceur
En te mirant dans le cercle polaire et froid.

Vers le pôle lointain mène ta barque,
Parmi les murs de glace — on oublie peu à peu
Comme on aimait, luttait et périssait là-bas,
Oublie-le, ce pays des passions anciennes.

Et aux frémissements de la longue froideur
Habitue doucement ton âme fatiguée,
Pour qu’elle n’ait plus besoin de rien, ici,
Quand de là-bas jailliront les clartés.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LE SUD (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
LE SUD

Du fond d’un de tes patios avoir regardé
les antiques étoiles,
d’un banc de l’ombre avoir regardé
ces lumières éparses
que mon ignorance n’a pas appris à nommer
ni à ordonner en constellations,
avoir senti le cercle d’eau
dans la secrète citerne,
l’odeur du jasmin et du chèvrefeuille,
le silence de l’oiseau endormi,
la voûte du vestibule, l’humidité
— ces choses, peut-être, sont le poème.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT

Je suis le seul être ici-bas dont ne s’enquiert
Nulle langue, pour qui nul oeil n’aurait de pleurs;
Jamais je n’ai fait naître une triste pensée,
Un sourire de joie depuis que je suis née.

En de secrets plaisirs, en de secrètes larmes,
Cette changeante vie s’est écoulée furtive,
Autant privée d’amis après dix-huit années,
Oui, solitaire autant qu’au jour de ma naissance.

Il fut jadis un temps que je ne puis cacher,
II fut jadis un temps où c’était chose amère,
Où mon âme en détresse oubliait sa fierté
Dans son ardent désir d’être aimée en ce monde.

Ceîa, c’était encore aux premières lueurs
De sentiments depuis par le souci domptés;
Comme il y a longtemps qu’ils sont morts! A cette heure,
A peine je puis croire qu’ils ont existé.

D’abord fondit l’espoir de la jeunesse, puis
De l’Imagination s’évanouit l’arc-en-ciel,
Enfin m’apprit l’expérience que jamais
La vérité n’a crû dans le coeur d’un mortel.

Ce fut cruel, déjà, de penser que fes hommes
Etaient tous creux et serviles et insincères,
Mais pire, ayant confiance dans mon propre coeur,
D’y déceler la même corruption à l’oeuvre.

***

I AM THE ONLY BEING WHOSE DOOM

I am the only being whose doom
No tongue would ask, no eye would mourn;
I never caused a thought of gloom
A smile of joy, since I was born.

In secret pleasure, secret tears,
This changeful life has slipped away,
As friendless after eighteen years
As lone as on my natal day.

There have been times I cannot hide,
There have been times when this was drear,
Where my sad soul forgot its pride
And longed for one to love me here.

But those were in the early glow
Of feelings since subdued by care;
And they have died so long ago,
I hardly now believe they were.

First melted off the hope of youth,
Then Fancy’s rainbow fast withdrew;
And then experience told me truth
In mortal bosoms never grew.

‘Twas grief enough to think mankind
All hollow, servile, insincere;
But worse to trust to my own mind
And find the same corruption there.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Printemps (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Abel-Dominique Boyé
    
Printemps

Dieu récrit la nature encore une fois
aussi douce d’amour et rêveuse de mort
voici ma vie encore dans ce songe de sang
— que la campagne est pâle sous son odeur de vent.

Pourtant, c’en est fini du chemin tiède
des mains de mousseline et de l’air des colombes
ailes de lilas blanc des printemps d’autrefois
c’en est fini
les marronniers en sang ne se faneront pas.

Ne regarde plus derrière toi vers le sable chanteur
tu appris là le pas de soie des danses
c’en est fini des fêtes du silence
et la musique morte s’écrase dans le bruit.

C’en est fini du vent léger
qui laisse aux fleurs leur pollen
le vent de sang qui vient des plaines
plombe nos vies de son danger.

L’amour n’est plus sous l’or de mai
l’eau seule y tresse, si douce aux paumes
le piège où se prendront les fées.

Le tonnerre glisse des mains de Dieu
des astres filent de nos doigts
tiges de lumière en quête d’un fruit
d’un fruit de sang au creux des hommes
à longs tâtons à travers la nuit

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Ma solitude (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (61)

Ma solitude

Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m´en suis fait presqu’une amie
Une douce habitude
Ell’ ne me quitte pas d´un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m´a suivi ça et là
Aux quatre coins du monde

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Je ne sais vraiment pas jusqu’où
Ira cette complice
Faudra-t-il que j´y prenne goût
Ou que je réagisse?

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

Par elle, j´ai autant appris
Que j´ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l´amour
D´une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne

Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

(Georges Moustaki)

Illustration: Eugeniusz Zak

 

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Fleurs de cerisier (Ki no Tsurayuki)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



 

Fleurs de cerisier
Qui ne connaissez le printemps
Que depuis cette année,
Puissiez-vous ne jamais apprendre
Qu’un jour vous devrez tomber.

(Ki no Tsurayuki)

Illustration

 

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AUX JEUNES POÈTES (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: René Baumer
    
AUX JEUNES POÈTES
POÈME GENRE DIDACTIQUE

Pour faire un poème
Pardonnez-moi ce pléonasme
Il suffit de se promener
Quelquefois sans bouger

Regardez dehors et dedans
Avec toutes les cellules
De votre vous

Et voici que vous êtes riche
Mais n’en dites rien à personne
Pour aujourd’hui
Ne faites pas le nouveau-riche
Apprenez les bonnes manières
Car la fortune est peu de chose
A qui ne sait pas s’en servir

Vous voici fécondés

Travaillez façonnez polissez assemblez
Tous ces immatériels matériaux

Maintenant
Que vous avez reçu le monde en vous
Portez le monde qui va naître

Obéissez
Parfois aux lois des autres
Parfois aux vôtres
Parfois encore et surtout

À la Loi
Qui n’est ni des autres ni de vous

Et vous serez aimés
Des mots des sons des rythmes
Qui s’ordonneront pour vous plaire

Soyez triple comme un dieu
Ou plutôt comme une mère
Et naîtra le poème

Mais j’aurais dû tout simplement vous dire
Copiez copiez
Religieusement
La Vérité que vous êtes
Et vous ferez un poème

À condition que vous soyez poète

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil:La Lune ou le livre des poèmes

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Que serais-je sans toi (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017


horloge_dali

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

(Louis Aragon)

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