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Posts Tagged ‘apprenti’

L’apprenti fantôme (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



L’apprenti fantôme

Une lumière qui avance lentement comme l’eau
Dans un morceau de sucre. Une lumière
Qui me découvre peu à peu. Ai-je une bouche
Comme les gens d’ici ? Des bras, des jambes ? Quel miroir

Me rendra soudain à moi-même ? Quelle baguette
Magique, me fera redevenir semblable
À ceux qui m’ont fermé leur porte ? Et je tournais
Autour de leur maison comme un vent fou de désespoir

Ah Est-il merveille plus grande que ces yeux
Qui relient la face à l’univers qui l’entoure ?
Ils savent percer le lointain mais aussi comme une feuille
Ô la pluie pénètre ils savent retenir d’énormes visions.

Et l’oreille qu’émeut la voix de l’ami ou le grondement
Du tonnerre ? Et les mains qui pétrissent le pain ?
Et les pieds qui, soumis, silencieux comme deux chiens,
Conduisent l’homme sur les traces de la lumière ?

Hommes et femmes qui êtes d’ici et qui savez
Reconnaître chaque pierre et qui vous appelez
Avec des noms pleins jusqu’au bord de souvenirs.
Puis-je apprendre vos jeux, puis-je vous dire,

Quelle joie est la vôtre: le matin au réveil
Vos doigts qui retrouvent comme un clavier le monde
Le soleil du parler rayonne dans vos bouches
Chaque mot est aimé par vos pères et vos enfants.

(Ilarie Voronca)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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POSTE RESTANTE (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



poste restante  -19

POSTE RESTANTE

On s’écrivait de tendres choses
Des mots pervers mais innocents
Et rouges comme notre sang
De les redire ici je n’ose

J’ai tenté de brûler ces pages
Rien à faire et je les relis
Tes arrondis les yeux remplis
De ces courbes à ton image

On s’écrivait poste restante
Au rendez-vous des apprentis
Au rendez-vous des sans-logis
Que sont les amours débutantes

Quand tu me griffais de ta plume
Je restais tout pâle interdit
Sous ta griffe encore aujourd’hui
Ma fièvre ancienne se rallume

Depuis lors sous d’autres couleurs
J’ai battu je me suis fait battre
Ta guerre seule est opiniâtre
Tu m’avais fait battre le coeur

Un jour ma lettre me revint
Tu n’allais plus jusqu’à la poste
Tu avais déserté le poste
Et mes lettres partaient en vain

Et revenaient me prendre ailleurs
Ici là je changeais d’adresse
Et m’atteignaient dans ma détresse
Tous ces retours à l’envoyeur

Que monte une flamme nouvelle
Sur cette cendre désormais
Si tu vois combien je t’aimais
Entre tes lignes se révèle

Ce qu’hier je n’ai pas su lire
Il faut du temps pour faire un coeur
N’as-tu pas détruit par rancoeur
Ce qu’hier je n’ai pas su dire

On s’écrivait poste restante
Au rendez-vous des apprentis
Au rendez-vous des sans-logis
Que sont les amours débutantes

(Guy Béart)

 

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Ebats de casse (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017


L’hiver peut bien bleuir
jusqu’au marbre
la chair des alphabets
l’apprentypographe n’a pas peur
l’apprentypographe n’a pas froid
il tient l’été
serré entre deux doigts

(Guy Goffette)

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En quel singulier espace doit-on se séparer de soi-même? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2016



Apprentis distants
du plus proche,
connaisseurs de la rose
qui ne peuvent la respirer,
vivants d’une vie
qui se consume en se vivant,
lanceurs d’un filet
qui se retourne et les capture,
voyageurs d’une distance qui n’existe pas.

Pourquoi commencer
si tout débute
où ils finissent ?
Pourquoi ouvrir la porte
ou pourquoi la fermer
s’il y a toujours à sa place quelque chose d’immobile,
une icône impénétrable
qui ne change pas dans l’ouvert et le fermé?

Est-il aussi des roues dont le destin est de ne pas tourner,
de l’eau dont le sens n’est pas de mouiller,
des vents dont l’objet n’est pas de souffler,
du feu dont la fonction n’est pas de brûler?

Si le plus haut consiste
à n’être pas ce qu’on est,
en quel singulier espace
doit-on se séparer de soi-même?

(Roberto Juarroz)


Illustration: Île Nancy

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Droit au soleil, à la musique, au vague à l’âme (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



« Je suis le Président-Directeur Général
de l’univers », dit Dieu,
« une entreprise
que je souhaite plus rentable.
Le moindre travailleur, coccinelle ou taureau,
y a droit au soleil,
à la musique, au vague à l’âme.
Je n’exclus pas les apprentis,
comme la source du ruisseau
ou le bourgeon de la pivoine.
Même les retraités,
l’étoile veuve et la très vieille lune
doivent connaître le bonheur.
Je leur rendrai visite, un de ces jours:
ensemble, soyons productifs. »

(Alain Bosquet)

 

 

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La flèche qui jaillit de l’arc (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016




La flèche qui jaillit de l’arc

La flèche a jailli de l’arc !
L’étape est longue
longue
très longue…
Pas trace du but !

L’étape fut longue
très longue
La flèche n’était pas maître de vol
mais apprenti.
Elle laissa dans les airs des brisures d’ailes ensanglantées…
À chaque instant
restées à l’arrière
de cet oiseau mince et long :
Les vastes vibrations d’un vol qui frappe l’air, que l’air frappe !

Ce vol
des années et des années
de longues années dura.
Quand enfin vint le jour où l’aube, de sang, écuma,
La flèche, de la cible le coeur rouge toucha…

La flèche devint maître de vol, et apprenti n’est plus
Cette lointaine étape
lointaine n’est plus…

(Nâzim Hikmet)

Illustration: William Bouguereau

 

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Je ne suis que l’apprenti (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


 

Je ne suis que l’apprenti
d’un paysage qui sait tout

(Jean Orizet)

Illustration

 

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Toute la semaine (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015


fontaine_Wallace

 

Voici: la fin de la demi-journée approche;
Et l’on travaille bien en attendant la cloche.
Onze heures. On déserte en foule l’atelier.
L’ouvrier va manger, et peut-être lier
Connaissance avec cette enfant, frêle ouvrière,
Chez le traiteur fumeux où l’on sert l’ordinaire.
Mais l’apprenti n’a pas de ces luxes. Avec
Une saucisse plate et deux sous de pain sec
Il déjeune; pourvu qu’il trouve sur la place
Votre eau limpide à boire, ô fontaines Wallace!

(Charles Cros)

 

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VISION (Jules Mougin)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2015



VISION

Les longs serpents de feu
Les dragons ressuscités
Le diable
L’enfer
Les cris des damnés
C’est l’usine.

L’odeur des cendres chaudes
De la suie
Du suif
De l’acide
De l’huile chaude,
L’odeur du cuir
Et du métal
Et celle de l’homme :
C’est l’usine.

Le feu qu’on étire
La meule émeri qui rage
La chanson des limes douces
Les sifflements électriques
Voilà l’usine.

Des compagnons en haillons
Des hommes noirs
Des apprentis pâlots
Des manoeuvres
Et puis ma mère
Entre les courroies

(Jules Mougin)

 

 

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