Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘apprivoiser’

L’OISEAU D’ENFER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

L’OISEAU D’ENFER

Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu’on n’attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux

Et cependant je n’ose le confier à personne
et je le vois disparaître avec regret
Il s’accroche à tous les sourires
se pose sur les mains tendues
et se nourrit du sucre des paroles
sans même pousser un cri de joie

Longtemps j’ai essayé de ne pas le voir
de ne plus l’écouter quand il croasse la nuit
et qu’il déchire de ses serres
les filets de la certitude
ll est le fils de l’insomnie
et du dégoût mélancolique

Mon oiseau noir mon fidèle
la haine n’est pas ta cousine
Je te donne trois jours et trois nuits

(Philippe Soupault)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je te rejoins (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Je te rejoins

Matin sur la campagne
Une herbe blafarde
Pousse sur le sommet
Du talus abrupt
Cris dans les buissons
Des oiseaux polissons
Un jour de douceur et de satiété
Me guide vers toi
Je me hâte
Sur des chemins d’impatience
Accompagné par un vol d’oiseaux

Tu t’abandonnes aux rayons
D’un soleil à la dérive
Et ton sein hérisse
La pointe des vagues
Tu t’ouvres au désir
Dans la luxure des couleurs
Et à travers le cristal
De l’onde
Tu apprivoises les images
Nous connaîtrons dans l’amour
Un immense silence déployé
Sur des astres qui se noient.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: George Elgar Hicks

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Oublier une lettre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
Oublier une lettre
en écrivant un mot,
c’est ouvrir une porte
où il n’y en avait pas.

Et même s’il est facile de la murer,
la place où il y avait une porte
ne sera plus jamais pareille
et une rafale de sens oublié
continuera à passer à l’intérieur du mot.

Une omission, l’erreur,
crée quelquefois une brèche
dans le mur déterminant
qui apprivoise le regard.

***

Olvidar una letra
al escribir un palabra
es abrir una puerta
donde no había ninguna.

Y aunque es fácil tapiarla,
el lugar donde bubo una puerta
ya nunca sera el mismo
y adentro de la palabra
seguirá pasando una ráfaga de sentido olvidado.

Una omisión , el error,
crea a veces una brecha
en el rotundo muro
que domestica a la mirada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’est ni Vie ni Mort (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



    

Il n’est ni Vie ni Mort

Il n’est ni Vie ni Mort
Seulement l’activité
Et dans l’absolu
Nulle déclivité.

Il n’est ni Amour ni Désir
Seulement la générosité
Qui voudrait posséder
Est nullité.

Il n’est ni Premier ni Dernier
Seulement l’égalité
Et qui voudrait régner
Rejoint la majorité.

Il n’est ni Espace ni Temps
Seulement l’intensité
Et les choses apprivoisées
N’ont nulle immensité.

(Mina Loy)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Il n’est ni vie ni mort, poésie complète
Traduction: Olivier Apert
Editions: Nous

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Dans la nuit de la langue (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



Scribe dans la nuit de la langue
quand la nuit parle la langue du néant
tu es sur cette terre
pour cultiver ton âme
apprivoiser ce qu’il y a d’humain
dans l’angoisse
habiter la parole de la parole
et conserver la promesse du poème

(Amina Saïd)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la nuit déchirée (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




Dans la nuit déchirée
avec les lucarnes et les murs inquiets
qui pénètre notre infirmité
A la boue aux lèvres tachées
opposer l’eau du ciel
les salives terrestres

D’une architecture de brindilles
et de poussière l’oiseau

Apprivoise ses saisons
prend appui sur le vent

Porte bienfaisance
dans le feu lucide
des os et des pierres

(Eric Brogniet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jeu de la mort de l’infidèle (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Jeu de la mort de l’infidèle

Une fleur de porcelaine
pour la fille pour ma haine.
Une fleur à fleur de peau
pour la fille au bord de l’eau.
Une rose d’épouvante
pour la fille mal aimante.
Une fleur de mandragore
pour apprivoiser sa mort.
Une langueur sans remède
pour qu’elle devienne laide
comme son coeur
une langueur
pour qu’elle meure
pour qu’elle en meure.
La nuit appelle en frémissant
les barons morts aux mains de sang.
La nuit appelle en frémissant
les hérons morts près de l’étang.
La nuit appelle en frémissant
les amants morts aux gants de vent.
La nuit appelle en frémissant
hérons barons morts tes amants.

(Armand Lanoux)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR

Nous mourrons sans avoir apprivoisé les choses
Qui nous cernent en attendant
De nous incorporer
Elles n’ont pas même un regard
Pour les moignons d’âme qui nous restent
Et laissent pourrir à leurs pieds
Nos humbles propositions de trêve.

Celles qui nous doivent la vie
Ne sont pas les moins odieuses
On peut mourir de l’indifférence d’un arrosoir
Aussi bien que du poids d’une avalanche.

(Jean Rousselot)

Illustration: Patrick Martin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON POUR RIRE A DEUX (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



    

CHANSON POUR RIRE A DEUX

Le rire est dans l’eau. Sais-tu ce qu’il fait?
Il fait rire l’eau.

Il tient à être propre pour humilier les rires malheureux
qui n’ont ni savon ni eau mais des poux dans les cheveux.

Le rire est tout blanc.
On dirait un crabe apprivoisé.

Il fait un signe de la tête
— cela signifie, je crois, «Bonjour ».

Il me fait signe de la main
— cela veut dire, je crois, «Adieu ».

Il essaie de me fermer les yeux parce qu’il est pudique.
Ce n’est pas moi qui contrarierai le rire.

Il a bien failli, une fois,
se noyer.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :