Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘apprivoiser’

Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Oublier une lettre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
Oublier une lettre
en écrivant un mot,
c’est ouvrir une porte
où il n’y en avait pas.

Et même s’il est facile de la murer,
la place où il y avait une porte
ne sera plus jamais pareille
et une rafale de sens oublié
continuera à passer à l’intérieur du mot.

Une omission, l’erreur,
crée quelquefois une brèche
dans le mur déterminant
qui apprivoise le regard.

***

Olvidar una letra
al escribir un palabra
es abrir una puerta
donde no había ninguna.

Y aunque es fácil tapiarla,
el lugar donde bubo una puerta
ya nunca sera el mismo
y adentro de la palabra
seguirá pasando una ráfaga de sentido olvidado.

Una omisión , el error,
crea a veces una brecha
en el rotundo muro
que domestica a la mirada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’est ni Vie ni Mort (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



    

Il n’est ni Vie ni Mort

Il n’est ni Vie ni Mort
Seulement l’activité
Et dans l’absolu
Nulle déclivité.

Il n’est ni Amour ni Désir
Seulement la générosité
Qui voudrait posséder
Est nullité.

Il n’est ni Premier ni Dernier
Seulement l’égalité
Et qui voudrait régner
Rejoint la majorité.

Il n’est ni Espace ni Temps
Seulement l’intensité
Et les choses apprivoisées
N’ont nulle immensité.

(Mina Loy)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Il n’est ni vie ni mort, poésie complète
Traduction: Olivier Apert
Editions: Nous

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Dans la nuit de la langue (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



Scribe dans la nuit de la langue
quand la nuit parle la langue du néant
tu es sur cette terre
pour cultiver ton âme
apprivoiser ce qu’il y a d’humain
dans l’angoisse
habiter la parole de la parole
et conserver la promesse du poème

(Amina Saïd)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la nuit déchirée (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




Dans la nuit déchirée
avec les lucarnes et les murs inquiets
qui pénètre notre infirmité
A la boue aux lèvres tachées
opposer l’eau du ciel
les salives terrestres

D’une architecture de brindilles
et de poussière l’oiseau

Apprivoise ses saisons
prend appui sur le vent

Porte bienfaisance
dans le feu lucide
des os et des pierres

(Eric Brogniet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jeu de la mort de l’infidèle (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Jeu de la mort de l’infidèle

Une fleur de porcelaine
pour la fille pour ma haine.
Une fleur à fleur de peau
pour la fille au bord de l’eau.
Une rose d’épouvante
pour la fille mal aimante.
Une fleur de mandragore
pour apprivoiser sa mort.
Une langueur sans remède
pour qu’elle devienne laide
comme son coeur
une langueur
pour qu’elle meure
pour qu’elle en meure.
La nuit appelle en frémissant
les barons morts aux mains de sang.
La nuit appelle en frémissant
les hérons morts près de l’étang.
La nuit appelle en frémissant
les amants morts aux gants de vent.
La nuit appelle en frémissant
hérons barons morts tes amants.

(Armand Lanoux)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR

Nous mourrons sans avoir apprivoisé les choses
Qui nous cernent en attendant
De nous incorporer
Elles n’ont pas même un regard
Pour les moignons d’âme qui nous restent
Et laissent pourrir à leurs pieds
Nos humbles propositions de trêve.

Celles qui nous doivent la vie
Ne sont pas les moins odieuses
On peut mourir de l’indifférence d’un arrosoir
Aussi bien que du poids d’une avalanche.

(Jean Rousselot)

Illustration: Patrick Martin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON POUR RIRE A DEUX (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



    

CHANSON POUR RIRE A DEUX

Le rire est dans l’eau. Sais-tu ce qu’il fait?
Il fait rire l’eau.

Il tient à être propre pour humilier les rires malheureux
qui n’ont ni savon ni eau mais des poux dans les cheveux.

Le rire est tout blanc.
On dirait un crabe apprivoisé.

Il fait un signe de la tête
— cela signifie, je crois, «Bonjour ».

Il me fait signe de la main
— cela veut dire, je crois, «Adieu ».

Il essaie de me fermer les yeux parce qu’il est pudique.
Ce n’est pas moi qui contrarierai le rire.

Il a bien failli, une fois,
se noyer.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La parole est aux arbres (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



La parole est aux arbres,
ils sont encore nos poumons
et partagent l’espace
où jardine l’oiseau.

La parole est aux sources,
elles sont encore notre peau,
un peu de ce murmure
où navigue l’enfance.

Et parole à la pierre
qui fut notre maison,
apprivoisant l’été
pour réchauffer sa nuit.

Ces trois nous gardent vie
et nous donnent pouvoir
de sauver nos racines.

(Christian Da Silva)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :