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Poésie

Posts Tagged ‘appui’

Où que tu sois, je t’aime (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Où que tu sois, je t’aime

Pour te rejoindre
nul parcours sur la terre,
il y faut l’ascension
de la montagne immense
qui me déchire le coeur.

Là tout est vertical,
de l’abîme du sang
aux mille soleil de l’âme,
une épée de lumière
et pas un seul sentier.

Est-ce mon amour
au souffle fragile,
à la fougue patiente
et légère, qui va ouvrir
la septième voie ?

Amour sauvage que tu voulais
libre du chasseur et de la proie,
amour qu’inventait l’amour
sans un appui sans une corde,
amour absolu, tout à toi.

(André Velter)

 

 

 

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Le mot de Cambronne (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Le mot de Cambronne

On nous dit qu’il est de Cambronne.
C’est bien possible, mais voilà
Très sincèrement je m’étonne
Que notre humanité bougonne
Ait pu s’en passer jusque-là.

Souvenez-vous des temps d’Homère !
Homère d’alors, quel mordant
T’eût donné ce mot légendaire
Si tu avais, grand visionnaire,
Pu te le mettre sous la dent !

Que serait donc notre existence
Si nous devions nous en passer ?
N’est-il pas bon français de France,
Riche en couleurs, riche en nuances ?
Essayez de le remplacer,

Par exemple, sortant de table,
Quand, ayant abusé, hélas,
Par trop de nectars délectables,
Dans une obscurité du diable,
Vous tombez sur un bec de gaz !

Vous le lâchez, ça vous soulage,
Vous ne sentez plus la douleur.
Ah ! Messieurs, le bel avantage,
Quel secours, quel appui ! J’enrage
Quand je vois d’austères censeurs

Aux visages de funérailles
Vouloir nous ôter ce trésor,
Ce cri – jailli sous la mitraille –
Du fond des humaines entrailles
D’un héros marchant à la mort !

Il peut tout dire : ardent, lyrique,
Tendre ou sec, placide, enragé,
Plébéien, aristocratique,
Il est à nous, il est unique,
Ils ne l’ont pas à l’étranger !

Je le vois, rocher solitaire,
Car de tous les mots que l’on sait
Il est presque seul, sur la terre,
À ne pas avoir, ô mystère,
De rime dans les mots français.

Si, une seule, le mot : perde…
Là devant, je me sens perdu,
Car il faut une rime à perdre,
Maintenant, et je n’ai que…
Pardon…ce fut sous-entendu !

Pourtant cet illustre vocable,
Je voudrais que, par un décret,
Il fût, en ces temps misérables,
Dont la cruauté nous accable,
Mis en quelque sorte au secret,

Afin qu’au fond de ce silence,
Tendant lentement ses ressorts,
Accumulant force et puissance,
Se chargeant d’âpre violence,
Au nom des vivants et des morts,

Il puisse, un jour, jaillir, sublime,
Du cœur des peuples outragés,
Tendres moutons, pauvres victimes,
Rejetant dans les noires abîmes,
D’un seul coup, leurs mauvais bergers !

Cri vengeur, cri pur, cri superbe,
De l’éternelle humanité,
Que nous leur jetterons en gerbe,
Quand, enfin, nous leur dirons : MERDE !
En saluant la Liberté !

(Jean Villard–Gilles)

 

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C’est sans appui (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
C’est sans appui que l’on profère.
Tout vient par le ravissement.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Calme grise rouge clair (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Calme grise rouge clair elle vit,
yeux grands ouverts en attente,
elle va et vient
blanche comme l’aube.

Elle se donne à l’un et à l’autre —
inerte sans volonté
se promène ici et là
sa tête cherche un appui.

Ô rire, pleurer, pleurer —
Pleurer, pleurer.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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De joie et d’ombre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
De joie et d’ombre

Ange, car il fallut bien le langage
L’ordre exilé malgré la grâce
Ange d’ombre pour dire et l’épaule pour prendre
Appui sur le chemin de la chute à l’effroi

Es-tu jamais aimé, parfois tu te demandes
Si le Verbe repose au fond du geste d’homme

Sais-tu la joie quand l’espérance épuise
L’enfer léger de chaque jour
Le splendide soir de sang ainsi qu’une chaleur
Où la chair en marchant s’accroît de la substance

Ange, ma mort passée mon martyre témoigne
J’ai l’âge dangereux de la si vive absence
Ta beauté maintenant me regarde pourquoi

Ange de joie, pourquoi, tant d’ombre où je souffris?

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Mon Allégresse, mon Désiré (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

Heba Amin rabia_al-_adawiyya

Mon Allégresse, mon Désiré, mon Appui,
Mon Compagnon, ma Provende, mon Pôle !

Tu es de mon coeur le Souffle, Tu es ma Toute-Espérance
Ô mon Intime, le désir que j’ai de Toi est mon viatique

Sans Toi, qui es ma mienne Vie, sans Toi, qui es ma Garantie,
Je ne me serais hasardée dans l’immensité des terres

Tant de grâce à moi proposée ! Que d’offrandes,
Que d’avantages et de présents Tu m’as donnés !

Ton Amour — désormais mon destin, ma fortune —
Pour l’oeil de mon coeur altéré s’est révélé splendeur

Je n’ai d’autre que Toi, qui du désert fais fleur
Ô Fête en moi, fermement établie !

Tant que vivante je serai, de Toi je ne m’éloignerai
Tu es de ma nuit le seul Maître au sein de mon intimité

Et s’il advient qu’en moi Tu Te complaises
Alors, ô Désir de mon coeur, j’exploserai de joie !

(Râbi’a)

Illustration: Heba Amin

 

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Une image, en toi (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018




    
Une image, en toi, un lieu
cherche appui.

Tu plonges la main au fond de l’encrier.
Comme des galets le long de ta vie
quelques phrases immobiles
retiennent le filet du temps.

Tu vas, sans lieu
sans appui.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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DERRIERE LE SILENCE (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
DERRIERE LE SILENCE

Le soir, ses lentes paupières,
Comme un oiseau près de mourir.
Qui lui jeta la grave pierre
Par où coule déjà la nuit?

Les racines dans la terre
Sentent s’accroître le péril.
L’âme oublieuse de la chair
S’alarme et gagne son zénith.

Dans la noirceur qui nous entoure
La lune veut faire son nid
Mais les ténèbres qui la roulent
Lui font perdre appui sur appui.

On se regarde,on s’ignore,
On croit saisir une main:
C’est la blancheur du lendemain,
On se penche sur l’aurore.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vivante ou morte (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Vivante ou morte, Ô toi qui me connais si bien,
Laisse-moi t’approcher à la façon des hommes

Il fait nuit dans la pièce où tremble un oreiller
Comme un voilier qui sent venir la haute mer,
Et je ne comprends pas si je suis l’équipage
Ou l’adieu d’un bras nu resté sur le rivage.

Ah que j’arrête un jour ta chair à la dérive,
Toi qui vas éludant mon désir et le tien,
Au large de mes mains, qu’escortent des abîmes,
Quand mes pieds pour appui n’auront qu’un frêle bruit.

Un bruit de petit jour étouffé de ténèbres
Mais capable pourtant de toucher ta fenêtre
Et de la faire ouvrir.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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La forêt à quelques pas (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
la forêt
à quelques pas

où s’enfouir
profondément

chercher l’appui
des branches

leurs feuilles
duveteuses

lâcher les réticences

fils entre noués
formant un grillage

tout autour du corps
une seconde peau

(Valérie Canat de Chizy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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