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POÈMES DE PETERSBOURG (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022



POÈMES DE PETERSBOURG

1
Saint-Isaac à nouveau se couvre
D’une parure d’argent fondu.
Le cheval de Pierre le Grand
Se fige, impatient; il menace.

Un vent farouche, qui étouffe,
Emporte les fumées des cheminées…
Ah! le souverain est mécontent
De sa capitale nouvelle.

2
Mon coeur bat d’un rythme égal,
Que me font de longues années!
Nos ombres sont pour toujours
Rue des Galères, sous l’arc.

Sous mes paupières mi-closes
Je le vois, tu es avec moi,
Et ta main tient à jamais
Mon éventail encore fermé.

Parce que nous avons vécu
Ensemble un instant de miracle,
Lorsque sur le Jardin d’été
La lune a ressuscité, rose,
Je n’ai plus besoin d’attentes

Près de cette fenêtre lassante
Ni de rendez-vous ennuyeux.
Ah! L’amour est accompli.
Tu es libre, je suis libre,

Demain est meilleur qu’hier, —
Sur l’eau sombre de la Néva,
Devant le sourire glacé
De l’empereur Pierre le Grand.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Quel flamboiement inattendu (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2021



    
Quel flamboiement inattendu,
Que cet arc dans les hauteurs,
Qui s’élance à travers les nues
Dans son éphémère splendeur !

Un bout fiché dans les feuillages,
Il embrasse le ciel à demi,
Il se perd dans les nuages,
Et tout là-haut s’évanouit.

Oh, cette brève vision irisée,
Quel délice pour les yeux !
C’est un cadeau qui t’est donné,
Saisis-le, vite, saisis-le !

Regarde, il pâlit déjà,
Encore une minute — eh oui !
Il s’en est allé
comme s’en ira
Tout ce qui fait notre vie.

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

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On glisse dans la paix (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2021



 

Dai Ping Jun 3

On glisse dans la paix d’une chambre aussi bien
Que dans l’eau d’un étang, toutes deux sont sans fond.
Passé, futur, quel vent te prend soudain
Par les cheveux, te force à t’enfoncer plus loin ?
L’ombre du souvenir est un ciel étoilé
Reflété dans l’abîme. Attends au fond de l’eau
Que le matin revienne et comme le chasseur
D’un conte merveilleux prends ton arc à deux courbes.
Arrête avec ta flèche un rêve que le ciel
Du matin trop étroit ne pourrait contenir.

(Franz Hellens)

Illustration: Dai Ping Jun

 

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CE VISAGE (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021



Ce visage dans la brume,
Ce regard qui se dérobe
Pour retourner â la nuit,
Cette bouche du matin
Toute modelée de rêves
Comme un arc encor vibrant
De discours inentendus,
Ce visage fugitif
Qui flotte entre deux sommeils,
Je le promène avec moi
Dans les ruelles humaines.
Il est l’astre aux rayons noirs,
Il est mon soleil d’ébène,
Mon unique vérité
Quand je cherche ceux qui m’aiment
Et que je me perds moi-même
Sous tous les masques du jour.

(Louis Guillaume)

 

 

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LE MÊME ARC (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2021



Illustration
    
LE MÊME ARC

Je dirais que je ne vois rien et que je ne sais pas.
Quelque chose est en suspens. L’heure en repos.
Je veux être vivant comme une blessure, comme un signe,
pas davantage que la rumeur d’une chose nue.
En ce moment rien n’est confus ni opaque.
Les labyrinthes sont tremblants, transparents.
On dirait que je traverse un jardin et que la vie entière
repose parmi les forces de la cendre
et l’éclat des flammes. Et je m’endors
en sentant la beauté et le temps, le même arc de lumière.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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UNE PLANTE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021



Illustration
    
UNE PLANTE

Elle pressent que se dissipent les images
et qu’une plante naît dans un vase absent,
sur la joie simple d’une table blanche
où s’étiolent la délicatesse et la fraîcheur.
Avec de minuscules mains elle arrose le petit corps,
simple indice d’un printemps fragile.
Comme elle adore cette paupière de terre!
Elle a ceint le temps d’un arc de silence
et son chant rend la maison transparente.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Après la pluie (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2021



Après la pluie

La pluie glisse sur la vitre
Arrose des jours sans verdure
Des champs bavards
D’oiseaux et de moissons
Sous des arbres qui rêvent
Blottis dans le ciel
Qui secoue ses nuages
Au-dessus des toits
Le vent tord l’espace
Qui s’égoutte sur le feuillage
Sur la surface criblée du ruisseau
Sur tes paumes ouvertes à sa bénédiction
Sur ton visage heureux
Alors que l’arc décoche
La décomposition de la lumière.

(Jean-Baptiste Besnard)

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L’IMAGE VAGABONDE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021




    
L’IMAGE VAGABONDE

En quelle bouche boit la lumière, en quel lieu brille
le monde ? Il n’y a pas de portes dérobées
et le rêve est autant dehors que dedans, une image
évanescente qui laisse une ligne fine
sur la peau du temps. Comme si j’entendais
un arc très blanc tendu sur un feuillage rougeoyant.
Aimer cette lumière d’herbes, cette ombre de la terre ?
Mon doigt effleure une tige sous des cendres,
et ce n’est pas un oeil qui roule au centre d’un cratère,
mais le sang d’un bois, un incendie vagabond
de mots et de cris parmi les étoiles du vent.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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L’ARC (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2021




L’ARC

Ancre la pierre en Dieu
Ancre tes violences
A la courbe des yeux
Ouverte à l’évidence.

(Henry Bauchau)

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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