Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘archet’

RHAPSODIES HONGROISES (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
RHAPSODIES HONGROISES

Penché sur son violon, et pâle,
comme si son archet jouait sur son coeur,
il débuta par un chant douloureux,
autant que lui semblait la vie.

Mais peu à peu ses yeux s’éclairèrent;
il regarda l’espace, le grand espace, plein de soleil,
et se mit à jeter plusieurs notes joyeuses.
Elles s’en allèrent, s’envolèrent, puis revinrent :

il semblait heureux avec elles;
elles s’en allèrent, s’envolèrent, puis revinrent,
et soudain se firent étincelantes et rapides,
et emportèrent son âme dans une ronde ardente,
au sein d’un éblouissant tourbillon,
d’amour sans doute et de lumière.

Et l’archet semblait devenu fou et ivre mordait les cordes,
comme l’amant mord l’amante.
Mais, tout à coup, le violon sanglota,
et reprit son chant monotone, et si triste,
qu’il rappelait l’horreur de la vie.

Le violon pleurait, en contant sa triste légende.
Il répandait des sanglots si pressés :
et Celle, aux pieds de laquelle tombait sa plainte,
aux pieds de laquelle venait mourir
le sombre désespoir de sa plainte,
était si royalement assise sur un trône d’ivoire,
dans les solitudes de sa beauté !

Et son regard superbe et sa pensée étaient si loin,
si loin de la terre et des hommes,
qui se sentaient pris de vertige devant l’abîme de ses yeux !

Et le chant cependant voulut s’élever jusqu’à elle;
et il monta en effet, grandit, et devint si fort,
qu’il emporta la Vierge royale par delà les prairies des étoiles,
dans un silencieux désert, où, solitaire et précieuse,
se dressant comme un lis magnifique, elle ne fleurissait que pour lui.

— Une corde cassa,
et l’âme du musicien retomba du ciel sur la terre.
Qu’ai-je besoin du monde des vivants,
de la terre, du ciel et des astres ?
De mon violon je fais jaillir un ciel bleu,
frissonnant d’étoiles,
et dans la grande nuit étoilée,
dans la nuit d’été de mon âme,
m’apparaît, sous ses lourds cheveux noirs,
avec son visage de morte,
la Reine en robe orientale,
que mes yeux attendent toujours !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA ROSE SÈCHE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LA ROSE SÈCHE

Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche,
Les écouterez-vous encor ces mots d’amour
Eperdu, qui battaient avec lui le tambour
Tout au long des beaux soirs ou des saisons revêches ?

Les écouterez-vous, Sylvie aux joues de pêche,
Marguerite au rouet, soeur Anne sur la tour
Et vous ma tendre amie aux yeux de brun velours,
Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche ?

Qu’importe! si je dors près de l’archet brisé,
Sourd à tout bruit, insoucieux de tout déboire,
Dans mon squelette à grands ajours fleurdelisé…

Ni chérir, ni souffrir, ni rêver ni vouloir,
Tel enfin sous la grille et le sombre rosier
Sera mon joyeux sort quand mon coeur sera noir.

(Tristan Klingsor)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE VIOLON (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



violon-_p-800x600

LE VIOLON

Mon cœur est un violon
Sur lequel ton archet joue,
Et qui vibre tout du long,
Appuyé contre ta joue.

Tantôt l’air est vif et gai
Comme un refrain de folie,
Tantôt le son fatigué
Traîne avec mélancolie.

C’est la chanson des baisers
Qui d’abord court, saute et danse
Puis en rythmes apaisés
S’endort sur une cadence.

C’est la chanson des seins blancs
Qui s’enflent comme des vagues,
Puis qui se calment, tremblants
Comme un lac aux frissons vagues.

C’est la chanson de ton corps
Qui fait chanter ses caresses,
Puis s’éteint dans des accords
De langoureuses paresses.

C’est la chanson qui rend fou.
Rends-moi fou, ça te regarde;
Mais si tu fais trop joujou
Sur le violon, prends garde!

Prends garde ! l’âme est debout;
Les quatre cordes, tordues
Sur les clefs tout près du tout.
Jusqu’à casser sont tendues.

Et pourtant, ô fol archet,
Sur ces cordes tu gambilles
Gomme ce clown qui marchait
En dansant sur des coquilles.

Ta vas, tu les prends d’assaut,
Et tu mords leur nerf qui vibre,
Et tu bondis, et d’un saut
Tu leur fais grincer la fibre;

Et pleurant à pleine voix,
Pour si peu que tu le veuilles,
Les cordes, l’âme et le bois,
Tremblent ainsi que des feuilles.

A force de t’amuser
En caprices trop agiles,
Tu finiras par user
Les pauvres cordes fragiles.

Rompu comme un vieux tremplin,
Déjà le bois perd sa force,
Et sur l’âme qui se plaint
Il se fend comme une écorce.

Un jour, sous un dernier coup,
La merveilleuse machine
Entre tes doigts et ton cou
Laissant craquer son échine,

Dans un tradéridéra
Ou quelque autre galipette
L’instrument éclatera
Comme une bulle qui pète.

Prends garde ! le bois méchant
Entrera dans ta main douce;
Les cordes en se lâchant
Te cingleront la frimousse.

Alors l’archet, mais en vain,
Regrettera ses folies;
Car du violon divin
Et des cordes abolies

Il ne te restera plus
Qu’un trait bleu sur ta peau mâle
Des repentirs superflus,
Et puis du sang sur la patte.

(Jean Richepin)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MUSIQUE ET LUMIÈRE (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2016



 

MUSIQUE ET LUMIÈRE

(Ram Narayan)

Le premier accord est une déchirure d’espace
D’un geste nous voilà si loin de ce temps
Avec l’immensité des déserts ouvrant sur une mer immense
Ô mémoire, enfance pleine de mirages
L’aridité scintille

C’est du crépuscule à l’inconnu un cortège de présences et
de souffles
Où toute chose prend un écho divin
C’est l’heure de l’univers comme harmonie de mystères

Un cavalier s’isole dans la poussière de l’horizon
Une femme porte l’ombre avec sa jarre sur l’épaule
Les derniers cerfs-volants glissent entre les étoiles
Le rythme du soir semble un frémissement sans cesse répété
Une approche un appel une plainte infinie menée jusqu’à
l’offrande extrême

Où l’écoute voit
Où la vue entend

L’archet de Ram Narayan s’évade
Puis renoue le simple secret du coeur
Il éveille entre la nuit et le noir
Un corps de lumière
Une mélodie d’éclairs sous un ciel sans nuage

L’âme du sarangi restitue le legs d’un oiseau migrateur aux
errances si vastes qu’il oubliait la terre

(André Velter)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

POÉSIE FUNAMBULE (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



POÉSIE FUNAMBULE

Je n’écris pas sur le motif en ce moment
Le paysage sort du bois
Au seul bruissement des branches et des feuilles
On dirait une vision sonore
Un raga de brume de poussière et de miel
Qui apparaît
Qui transparaît
Dans un réel plus vrai que nature

La mélodie crée ses images
Sans relever la pointe du crayon
Sans suspendre le geste qui découvre
Un fil de funambule
Tout un envol de partitions
Et un requiem ajourné
Qui se veut chorus ou chanson
Avec un aveu à la clé

Je vois comment il y a du noir du blanc du gris
Comment un corbeau étire un nuage
Comment c’est terriblement doux et sage
Terriblement là
Présent et enfui
Sous l’archet qui reprend ses errances
Qui égrène note à note une hanche un visage
Et tous les mots d’amour que j’aurai reconquis

(André Velter)

Illustration: Alain Gagnon

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ARCHET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2016



 

Andrey Belle 29 [1280x768] [1280x768]

L’ARCHET
A Mademoiselle Hjardemaal.

Elle avait de beaux cheveux, blonds
Comme une moisson d’août, si longs
Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

Elle avait une voix étrange,
Musicale, de fée ou d’ange,
Des yeux verts sous leur noire frange.

Lui, ne craignait pas de rival,
Quand il traversait mont ou val,
En l’emportant sur son cheval.

Car, pour tous ceux de la contrée,
Altière elle s’était montrée,
Jusqu’au jour qu’il l’eut rencontrée.

L’amour la prit si fort au coeur,
Que pour un sourire moqueur,
Il lui vint un mal de langueur.

Et dans ses dernières caresses :
« Fais un archet avec mes tresses.
Pour charmer tes autres maîtresses. »

Puis, dans un long baiser nerveux,
Elle mourut. Suivant ses voeux,
Il fit l’archet de ses cheveux.

Comme un aveugle qui marmonne,
Sur un violon de Crémone
Il jouait, demandant l’aumône.

Tous avaient d’enivrants frissons
A l’écouter. Car dans ces sons
Vivaient la morte et ses chansons.

Le roi, charmé, fit sa fortune.
Lui, sut plaire à la reine brune
Et l’enlever au clair de lune.

Mais, chaque fois qu’il y touchait
Pour plaire à la reine, l’archet
Tristement le lui reprochait.

Au son du funèbre langage,
Ils moururent à mi-voyage.
Et la morte reprit son gage.

Elle reprit ses cheveux, blonds
Comme une moisson d’août, si longs
Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

(Charles Cros)

Illustration: Andrey Belle

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE VIOLONEUX (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



LE VIOLONEUX

Le violoneux connait tout ce qui se trame
Dans la cadence de son astucieux lyrisme.
Le violoneux sait bien les regrets qui naîtront
Des sourires de cette nuitée !

Il voit des couples s’unir pour la danse
Et bientôt pour l’existence
Qui vont payer très cher leurs frairies
Par le gâchis des luttes conjugales.

Il nasille : « La musique appelle le diable,
Bien que louée comme venant du ciel.
Elle incite les gens à de grandes liesses
Qui multiplient par sept leurs péchés.

Tant de coeurs sont maintenant brisés
Et dans l’attente du départ,
Dont j’ai d’abord emmêlé les vrilles
Avec ma douce viole et mon archet ! »

***

THE FIDDLER

The fiddler knows what’s brewing
To the lilt of his lyric wiles :
The fiddler knows what rueing
Will come of this night’s smiles !

He sees couples join them for dancing,
And afterwards joining for life,
He sees them pay high for their prancing
By a welter of wedded strife.

He twangs : `Music hails from the devil,
Though vaunted to come from heaven,
For it makes people do at a revel
What multiplies sins by seven.

`There’s many a heart now mangled,
And waiting its time to go,
Whose tendrils were first entangled
By my sweet viol and bow !’

(Thomas Hardy)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sensualité (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2015



Sensualité

N’écoute plus l’archet plaintif qui se lamente
Comme un ramier mourant le long des boulingrins ;
Ne tente plus l’essor des rêves pérégrins
Traînant des ailes d’or dans l’argile infamante.
Viens par ici : voici les féeriques décors,
Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres,

Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres,
Et les divans profonds pour reposer ton corps.
Viens par ici : voici l’ardente érubescence
Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls,
Les étangs des yeux pers, et les roses avrils
Des croupes, et les lis des seins frottés d’essence
Viens humer le fumet-et mordre à pleines dents
A la banalité suave de la vie,
Et dormir le sommeil de la bête assouvie,
Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.

(Jean Moréas)

Illustration: Louis Courtat

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’OREILLE (Gabrielle Marquet)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2015



Anna Karin 7386

L’OREILLE

L’oreille aux poteaux télégraphiques écorchés
j’entends le ciel frire
Le vent se piège
à ma hanche qui tremble
Ce qui se module à mes genoux
n’a pas le goût de l’archet
nettoyé à ma tempe
ni celui de l’abeille
qui veut s’envoler de ma langue

Le soleil devient os
et la plaine goudron
Par les mots fouettée
je deviens nue
guitare.

(Gabrielle Marquet)

Illustration: Anna Karin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :