Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘archipel’

Phantasma (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Dorina Costras 260-7

Phantasma

J’ai rêvé l’archipel parfumé, montagneux,
Perdu dans une mer inconnue et profonde
Où le naufrage nous a jetés tous les deux
Oubliés loin des lois qui régissent le monde.

Sur le sable étendue en l’or de tes cheveux,
Des cheveux qui te font comme une tombe blonde,
Je te ranime au son nouveau de mes aveux
Que ne répéteront ni la plage ni l’onde.

C’est un rêve. Ton âme est un oiseau qui fuit
Vers les horizons clairs de rubis, d’émeraudes,
Et mon âme abattue est un oiseau de nuit.

Pour te soumettre, proie exquise, à mon ennui
Et pour te dompter, blanche, en mes étreintes chaudes,
Tous les pays sont trop habités aujourd’hui.

(Charles Cros)

Illustration: Dorina Costras

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Enfant qui t’en allais rêvant (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Enfant qui t’en allais rêvant
De navires appareillant
Voiles au clair, vers le grand large,

Enfant qui t’en allais chantant
Avec le vent gai des dimanches
Parmi les cordages les ancres,
Sur le port joyeux de partances
Au beau soleil de tes quinze ans,

Vois pourrir, mornes épaves
Rongées de sel, mangées d’algues,
Parmi les brumes et les pluies,
Les derniers bricks au fond des rades.

Fini, le merveilleux voyage
Aux archipels miraculeux.
Sur les poupes le nom s’efface,
Le vent grince dans les carcasses,
La souille s’ouvre, noire et froide,
Fini, tu peux fermer les yeux !

Ceux que jadis le vent chantant des grandes voiles
Emporta sur les mers,
Navigateurs aux mains de cuir, aux yeux de rêve,
Ils dorment maintenant près du clocher natal
Ou roulent à jamais dans la nuit sans étoiles.
Mais toi, l’enfant des villes,
Fils aimé de la solitude, pauvre enfant,
Garde-les dans ton coeur, ces noms
Chauds comme un soir des mers australes
Et plus doux que le vent des Iles
Dans la fraîcheur verte des palmes.

Belles routes de la mer
Toutes chantantes de neige
Sous le torride azur d’août,
C’est moi qui reviens vers vous
Par ces plages et ces grèves
Et ces sentiers de falaises
Où frissonnent le fenouil,
L’oeillet sauvage et la menthe,
Mais le reconnaîtrez-vous
Après tant de jours d’absence,
Belles du jardin des vagues,
O sirènes du grand large,
Ce vieux coeur lourd maintenant
D’un bruit d’ancres s’enfonçant
Dans les eaux du dernier havre ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Notre parole (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018


fraises

Notre parole, en archipel,
vous offre, après la douleur et le désastre,
des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort,
ainsi que ses doigts chauds de les avoir cherchées.

(René Char)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

Vous soignez mal votre langage (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Vous soignez mal votre langage :
voilà pourquoi
vos framboisiers produisent des vipères,
vos archipels toussent le sang,
vos collines se brisent
comme des verres à liqueur,
vos soleils sont infirmes
et vont s’asseoir sur des lits défoncés.
Votre langage
vous soigne mal : vous serez morts
dès le premier accès de prose.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves.
Nulle frontière autour et le domaine est tel
qu’en face l’infini n’est qu’un simple archipel
dont la fine échancrure enfle d’un flot de sève.

Quelle semence d’or sur l’espace et le temps !
Déjà le grand pavot mystique nous embaume.
L’Eternité fleurit dans le coeur du royaume
et c’est toi le lotus lumineux de l’Etang.

Mais ton haut « ravenale » arborant sa verdure
déploie en éventail nos millions de désirs :
l’hivernage, trop long, a durci la nervure.

Quand donc retentiront, pour nos divins plaisirs,
et l’appel du printemps et le chant de la rose
et les cris d’abandon de ta nudité rose…

(Jacques Rabemananjara)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ARCHIPEL (René Purnal)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017


 


Paul Gauguin  te_arii_vahine

ARCHIPEL

Là-bas : et c’est la flore exsangue /
Lune verte / Monstres / Musiques /
Et tes seins durs taillés en cangue
O fille couleur de la figue /
Foin de la lampe casanière
Où des livres morts de poussière
M’attendent en rond !
(…)
Partir / tir / tir / Ah, vieux flonflon !

(René Purnal)

Illustration: Paul Gauguin 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La reine de tulipe (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



La reine de tulipe

à Florence
Sous le toit c’est le grenier
sous le grenier la maison.
Au-dessus le ciel ses oiseaux
et autour
le bourg
ses porches
ses cloches
ses colombiers la rivière ses roseaux
les fourches les huches
les sources les roches les ruches…
Et autour
du bourg
dort le Valois
qui est une île en France.
Et autour de la France
c’est la tête ronde
de la terre ses plateaux ses déserts
ses vallons ses volcans
ses savanes ses mers
ses roses des vents
ses archipels ses océans…
Mais sous le toit c’est le grenier
où la terre
demeure enfermée
dans le coeur les yeux les mains
les dix doigts merveilleux d’un gamin
où la terre gît enfermée
à côté des chapeaux des nacres des ors des nippes
des jais des Arlequins des illustrés des pipes

comme l’été dort entier
dans un oignon de tulipe
dans un oignon séché
de la Reine de Tulipe.

(Armand Lanoux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vieille fille (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017


illusion-vieille-dame--jeune-fille

Il était une vieille fille
Qui sur sa robe de papier
Transportait des oiseaux des îles
Et des archipels par milliers

Les flots agitant leurs mirages
D’un coeur qui pleure à se briser
Défont des roses d’un autre âge
Sur son sein criblé de baisers

(Joë Bousquet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur les hauts d’Esmoulières (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017




    
Sur les hauts d’Esmoulières

1
dans ce matin il n’y a rien
qu’herbes jaunies broussailles mauves
le ciel mouvant tourne
sur ma tête

et pourtant

2
le corps s’avance et se durcit
Sur cette route de janvier
qui m’ouvre ses portes bleues

3
une parole pauvre et qui dénude
dans le vent du pays
et qui éclaire loin
à travers le chaos du siècle
voilà ce que je cherche

4
et plus j’avance
plus je perçois
cet archipel d’étangs
fragments de la mer oubliée
de l’origine perdue
dans cette montagne

5
je la remonte
par des sentes broussailleuses
marche dans les veines
d’un corps nubile

sur le haut du plateau
bleu sombre, lumineux
je découvre son ventre herbeux
et la pointe neigeuse
d’un Sein

6
et tout est là
dans ce silence
ce vide génésique

un vrai visage
longtemps cherché

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La fuite (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
La fuite

Mon désir tout puissant, tendu comme une voile,
Entraînera la nef aux lointains archipels,
Je bercerai mon rêve à l’océan du ciel
Effleurant les soleils, abordant aux étoiles.

J’oublierai pour jamais les sentiers tortueux
De l’abrupte falaise où s’égarait mon âme,
Que sournoise fleurit dans l’ombre la jusquiame
Répandant jusqu’au flot son parfum vénéneux.

Je serai dédaigneux du port et de la rade
Dont la sécurité pèse comme un fardeau,
De la ville brutale alignée au cordeau,
Où l’humanité passe en mornes cascades.

J’oublierai le chardon, la ronce, les gramens,
Les sous-bois sans clarté et les chaumes arides;
Je cueillerai le soir au creux des flots humides
Des bouquets languissants de mauves cyclamens.

Mon amour chantera, debout dans quelque hune,
Savourant à plein coeur l’odeur de l’inconnu,
Grisé de l’idéal baiser des clairs de lune,
Au frisson de l’azur ouvrant ses deux bras nus.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :