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VOYAGES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Vassily Kandinsky
    
VOYAGES
A Charles Bory.

Locomotives coquecigrues,
Vois les trains tonnant d’allégresse
Où les marchands de boeufs, les grues,
Se carrent, larges, à deux fesses;

Nous retrouverons la campagne
Et ses tétines de pain bis
A l’heure aromatique et douce
Où l’on pêche les écrevisses,

Les chemins des vieilles années
Dans les vergers de Vaucouleurs
Titubant, ruisselant d’abeilles
Eclatés de pommiers en fleurs.

Demoiselles du temps passé
Au visage usé de tristesse,
Le soleil de la vie s’abaisse,
L’herbe pousse entre les pavés…

Un grand coq noir ouvre ses ailes,
L’église chante, pleure au loin
Dans l’aube laiteuse et fidèle,
Dans le grand soir immaculé.

Les dieux de bois sur les étés
Sonnants, ouvrent des ailes mortes;
Dans les greniers lourds d’arentelles,
Les astres se sont endormis.

C’est là que mon enfance songe.
A l’écart des peines, des gens,
Sage, accoudée sur les bois sombres,
Sur le vide immense des champs.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUTOMNES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
AUTOMNES

Ciel gris, bas, bouché, minotaure.
L’odeur des fanes de l’automne
Fume dans les royaumes gris,
Sur les villages assoupis.

On entend des soupirs qui s’ont
Les testaments de la musique;
Un pêcheur mince et bagué d’or
Rit à son image sans yeux.

Sous le frais sourire des aulnes,
On chuchote dans les roseaux.

Le soleil barbu s’époumone
Dans ses carrosses, ses miroirs.
Il y faudrait un cor de chasse,
Une fée au bas des lavoirs,

Une douce pluie d’arentelles,
Un cercueil de verre filé
Et l’impossible odeur de l’ombre
Qui s’ouvre comme une anémone.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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GRENIERS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



grenier

GRENIERS
A Marcel Arland.

Greniers de nos années,
Greniers de nos enfances,
Tout bruissants de noix vides,
De robes surannées,
De papiers en guirlandes
Et de roses fanées ;
Tapissés d’arentelles
Dans un rais de soleil.
Mystère des grands mots,
Des syllabes d’abeilles,
Sorciers des vieux décembres,
Des matins de clarté,
Je voudrais respirer
Vos odeurs de poussière,
Chers greniers de jadis
Perchés sur les campagnes,
Ouverts sur les blés hauts
Les trèfles incarnats.
Greniers, soirs d’hirondelles,
Retentissants d’oiseaux.
Une souris grignote
Toujours l’éternité
Et sous sa bourguignotte
Le vieil hôte enchanté,
Le dur soldat des guerres
Qui, trop las d’être las,
Un soir se pendit là
Ayant dit ses prières,
S’en vient encore la nuit
Vêtu de son silence,
De velours et de ruse.
Greniers, je vous regrette
De l’un à l’autre été.
Greniers, vaisseaux des songes,
Voguant sur le ciel bleu
Un enfant à la proue
Et qui, content de peu
Vaisseaux, croyait en vous !

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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NOCTURNE VIF (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015



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NOCTURNE VIF

L’enclume soliloque et les frissons des seigles
Aux villages cernés par la douceur des soirs,

Nous ne regagnerons le conjugal pavois
Qu’à l’heure où les oiseaux flûtiotent dans les bois,

Où le crapaud s’éteint au bord des mares noires
Où l’ultime follet danse dans la mémoire.

La lune resplendine essaye son essor
Et sur les champs ses rets sont arentelles d’or.

Le loup-garou charge le passant comme hotte
Ainsi l’homme succombe : il en a plein ses bottes !

Mais dans ces nuits maléficiées je suis à l’aise :
C’est la nuit que l’on boit, c’est la nuit que l’on baise

C’est la nuit que l’on vit, c’est la nuit que l’on ment
Le miroir à la belle et la rose à l’amant,

C’est la nuit que le vent soupire sous les portes
Au sommeil dis adieu son fantôme l’emporte.

Mais le village est sourd et blanc comme un squelette
Aux cerisiers pleurant sur leurs escarpolettes.

(Maurice Fombeure)

 

 

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