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Poésie

Posts Tagged ‘argent’

CLOUÉE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019




Illustration: Salvador Dali

    
CLOUÉE

Clouée au pilori de la honte
D’une conscience ancestrale,
Serpent au coeur et marque rouge au front,
Je dois crier mon innocence.

J’affirme que règne dans mon coeur
La paix sereine d’une communiante.
Et que, main tendue, sans pudeur
J’ai mendié sur les places le bonheur.

Fouillez vous-mêmes tous mes coffres
Suis-je devenue aveugle ? Dites,
Où est l’argent, où l’or ? Car dans ma main
Je tiens — quoi ? Une poignée de poussière.

C’est tout ce que j’ai su, mendiante flatteuse,
Reprendre à ceux qui tiennent le bonheur
Et que j’emporterai dans le creux de ma main,
Au pays des amours silencieuses.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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L’ARAIGNÉE (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



L’ARAIGNÉE

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Toile d’araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc !
Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil
Escalier de soie!

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise

Tremble dans le vent.

(Madeleine Ley)

Illustration

 

 

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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L’univers n’a pas de limites (Su Dongpo)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



L’univers n’a pas de limites
Virgule d’argent truite qui saute
sur les feuilles lisses des lotus
la rosée repose en silence…

(Su Dongpo)


Illustration

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Dans le silencieux automne (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration
    
Dans le silencieux automne
D’un jour mol et soyeux,
Je t’écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.

Ces gammes de tes doigts hardis,
C’était déjà des gammes
Quand n’étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis;

Et qu’aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d’or et d’argent
Mettaient l’aurore en fête.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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A chacun de tes retours (Paula Ludwig)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2019



Illustration
    
A chacun de tes retours
il me semble
que c’est la première fois que je te vois :

Une poussière d’argent s’envole de mon âme
semblable aux chatons de saule
lorsque le vent printanier
les émeut pour la première fois.

*

Quand le froid devient trop vif
eux aussi
les oiseaux résignés
poussent un dernier cri
avant que leur cœur ne s’arrête.

***

Immer wenn du zurückkommst
ist mirs
als sähe ich dich zum erstenmale;
Silbern stäubt es aus meiner Seele
wie aus den Weidenkätzchen
wenn der Frühlingswind
sie zum erstenmale berührt.

*

Wenn die Kälte zu groß wird
dann stoßen auch sie
die geduldigen Vögel
einen Schrei aus
eh das Herz ihnen still steht.

***

每次你回来
在我看来
就像我第一次见到你:
银色的它像柳絮一样
从我的灵魂飞出
当春风第一次
触摸它们的时候

*

当寒冷变得太严酷时
那么生病的鸟儿也
要在心脏
停跳之前大叫一声

***

Each time you come back
It seems to me
as if I see you for the first time:
Silvery it flies up from my soul
like willow catkins
when the spring breeze
touches them for the first time.

*

When the cold becomes too big
then the patient birds also
raise a cry
before the heart stops.

***

Cada vez que vuelvas
me parece
como si te viera por primera vez:
Plateado cae por mi alma.
como candelillas de sauce
cuando la brisa de primavera
las roza por primera vez.
***
Cuando el frío se hace demasiado grande
entonces también chillan
las aves pacientes
un grito
antes de que pare el corazón

***

Telkens als je terugkomt
lijkt het mij
alsof ik je voor de eerste keer zie:
Zilverig stuift het uit mijn ziel
zoals uit de wilgenkatjes
als de voorjaarswind
ze voor het eerst beroert.

*

Als de koude te groot wordt
dan stoten ook zij
de geduldige vogels
een kreet uit
alvorens hun hart stilstaat

***

Each time you come back
It seems to me
as if I see you for the first time:
Silvery it flies up from my soul
like willow catkins
when the spring breeze
touches them for the first time.

*

When the cold becomes too big
then the patient birds also
raise a cry
before the heart stops.

***

Ogni volta che torni
mi sembra
come ti vedessi per la prima volta:
Si libra d’argento dalla mia anima
come amenti
quando la brezza di primavera
li tocca per la prima volta.
***
Quando il freddo si fa insopportabile
allora anche gli uccelli pazienti
alzano un grido
prima che il cuore si fermi.

***

Cada vez que voltas
me parece a primeira vez:

Cor de prata cai na minha alma.
como lágrimas de salgueiro
quando a brisa da primavera
toca-as pela primeira vez.

*

Quando o frio se faz demasiado
também, então, chilreiam
as aves pacientes
um grito
antes que pare o coração.

(Paula Ludwig)

 

Recueil: ITHACA 589
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Chinois William Zhou / Français Germain Droogenbroodt / Espagnol Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Stanley Barkan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia
Editions: POINTS

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J’ai envie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019




    
J’ai envie

De tout faire
À l’envers

Manger des épinards
Au petit déjeuner

Offrir mes potions
Au poisson

Jeter l’argent à la porte

Siffler les femmes
Dans la rue

Enfourcher une hirondelle
En hiver

Et quoi d’autre

Croire que je suis belle
Quand même

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Las ! que me sert de voir ces belles plaines (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



 

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Las ! que me sert de voir ces belles plaines,
Pleines de fruits, d’arbrisseaux et de fleurs ;
De voir ces prés bigarrés de couleurs,
Et l’argent vif des bruyantes fontaines ?

C’est autant d’eau pour reverdir mes peines,
D’huile à ma braise, à mes larmes d’humeurs,
Ne voyant point celle pour qui je meurs,
Cent fois le jour, de cent morts inhumaines.

Las ! que me sert d’être loin de ses yeux
Pour mon salut, si je porte en tous lieux
De ses regards les sagettes meurtrières ?

Autre penser dans mon coeur ne se tient :
Comme celui qui la fièvre soutient,
Songe toujours des eaux et des rivières.

(Philippe Desportes)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LA MER (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



LA MER

La mer brille
Comme une coquille;
On a envie de la pêcher.
La mer est verte,
la mer est grise
elle est d’azur,
elle est d’argent et de dentelle.

(Paul Fort)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA LIBERTÉ (Jean Iglesis)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



 

LA LIBERTÉ

On m’a baptisé
Sans me demander mon avis.

On m’a mis à l’école
Sans me demander mon avis.

On m’a appris à utiliser l’argent
Sans me demander mon avis.

On m’a obligé à servir l’armée
Sans me demander mon avis.

On m’a obligé à travailler
Sans me demander mon avis.

Alors aujourd’hui, je souris
Quand on vient enfin me demander mon avis
Sur la liberté.

(Jean Iglesis)

Illustration

 

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